Le suspect de l’attentat raciste de Trappes est-il un militant propalestinien ?
Autrice : Delphine Schiltz, journaliste
Relectrice : Maylis Ygrand, journaliste
Liens d’intérêts ou fonctions politiques déclarés des intervenants à l’article : aucun
Secrétariat de rédaction : Delphine Schiltz, journaliste
Source : Compte Facebook, le 26 octobre 2026
Si la présence de Kévin T. à une réunion publique de l’Association France Palestine Solidarité en 2018 est attestée, la photo datée de l’événement ne suffit pas à caractériser l’auteur présumé de la tuerie de Trappes de « militant propalestinien ». Des écrits plus récents attestent en revanche du basculement idéologique de l’assaillant vers l’extrême droite.
Depuis son interpellation, vendredi 23 octobre 2026, à Coignières (Yvelines), le profil de Kévin T. fait l’objet de toutes les spéculations sur les réseaux sociaux. L’homme de 39 ans, identifié par le Parquet national antiterroriste (Pnat), est soupçonné d’avoir ouvert le feu, dans les communes de Trappes et La Verrière (Yvelines), avec un pistolet mitrailleur sur des personnes racisées, tuant un homme noir et blessant grièvement cinq autres individus, dont une fillette de onze ans.
Quelques heures à peine après son arrestation, un autre individu, Kevin T., qui n’avait aucun lien avec la tuerie, mais qui malheureusement vivait dans la même ville que le principal suspect, est devenu la cible d’un lynchage sur les réseaux sociaux, comme l’ont rapporté Le Parisien et CheckNews.
D’autres rumeurs ont circulé depuis sur le profil du suspect. Des internautes affirment notamment que le mis en cause est un militant propalestinien : « Kévin T, principal suspect de l’attaque meurtrière de Trappes, a un bien étrange profil : Il est militant pro-palestinien, il a participé à l’événement de l’AFPS [Association France Palestine Solidarité, ndlr] organisé à Guyancourt en 2018 […] », écrit cet internaute.
Mais ce récit s’appuie sur un cliché daté, vieux de huit ans, et fait l’impasse sur le soutien beaucoup plus récent de l’assaillant aux idées de l’extrême droite française.
Une photographie datée
Pour affirmer que le suspect à l’origine de la tuerie de Trappes est un militant propalestinien, des internautes ont repris à leur compte une information relayée par le compte X d’un activiste pro-Israël. Ils partagent un cliché montrant un homme identifié comme Kévin T., présentant une ressemblance physique avec l’auteur des tirs, dont la photo de l’arrestation a fuité.
Sur l’image, un zoom sur Kévin T. le montre au milieu d’une réunion publique de l’Association France Palestine Solidarité, qui s’est tenue dans le département des Yvelines. Cette photo est authentique, indique aux Surligneurs Olivier Pareja, membre du bureau national de l’association, présent sur l’image. Mais elle n’est pas récente : elle a été prise le 19 février 2018 lors d’un rassemblement à l’université de Saint-Quentin-en-Yvelines (USQV), dont on retrouve la trace ici.
Par ailleurs, Kévin T. « n’a jamais été adhérent de l’association et ne lui a jamais versé un seul centime », précise aux Surligneurs l’ancien conseiller municipal écologiste de Guyancourt. Il a été vu « une ou deux fois » à des réunions publiques, qui sont par principe « ouvertes à toutes et tous ». Il a aussi participé à quelques actions antipubs dans les Yvelines, se souvient l’élu, comme en atteste un article du Parisien datant du 3 février 2018.
« Pas vraiment militant, ce jeune homme cherchait surtout à rencontrer du monde, à se faire des contacts à la fac. [Mais], nous ne l’avons vu dans aucune action depuis au moins six ou sept ans ! », affirme Olivier Pareja. « Il a ensuite viré extrême droite ».
Obsession de l’immigration
Quitte à exhumer de vieux documents, Mediapart en a trouvé et authentifié de plus récents. Dans une enquête publiée mardi 27 octobre 2026, le média d’investigation révèle des échanges Facebook Messenger publiés par Kévin T. dans un vieux groupe d’amis de Guyancourt. Dans ces messages, rédigés en 2022 et 2023, « Kevin T. […] déverse sans complexe sa haine des étrangers, de l’islam ou des “gauchistes”», écrit Mediapart.
« Je supporte plus d’être envahi et de rien faire contre ça », « Le problème n’est pas que le pouvoir d’achat, c’est aussi l’émigration [sic] massive et malheureusement la gauche est contente d’être envahi [sic] », « L’extrême gauche est complètement hors système et anarchiste. C’est le vrai danger pour la démocratie », peut-on lire dans ces échanges.
Kévin T. y fait aussi part de son soutien à l’extrême droite française : « Reviens à la raison, Marine [Le Pen] est ton amie », « Le RN n’est pas ton ennemi », prêche-t-il auprès de ses amis. L’un d’eux, déplorant une rhétorique raciste alimentée, selon lui, par les « chaînes d’info », témoigne : « Tous ses problèmes à lui, c’était à cause des Noirs et des Arabes ».
Appartenance ethnique, raciale ou religieuse : une circonstance aggravante retenue
À l’occasion d’un point presse, lundi 26 octobre, le procureur de la République antiterroriste Olivier Christen avait annoncé la reprise de la garde à vue du suspect, un temps levée en raison de son état psychiatrique.
Le magistrat avait rappelé avoir ouvert une enquête de flagrance des chefs d’« assassinat et tentative d’assassinat en relation avec une entreprise terroriste ». « Le profil de la majorité des victimes [ des personnes noires ou d’origine maghrébine, ndlr] et les propos qui auraient été tenus par le mis en cause nous ont conduit à retenir la circonstance aggravante de faits commis en raison de l’appartenance vraie ou supposée à une prétendue race, une ethnie, une nation ou une religion déterminée », avait-il indiqué.
En début de semaine, Olivier Christen avait aussi précisé que Kévin T. « ne contest[ait] pas la matérialité des faits », mais « le caractère raciste de ses crimes ». Lors d’une restitution à la presse jeudi 29 octobre, le parquet spécialisé a indiqué que le suspect avait finalement admis en garde à vue la préméditation de son geste et le ciblage spécifique de personne de confession musulmane et d’origine africaine.
Il a aussi précisé que les enquêteurs avaient découvert au domicile du suspect une centaine d’« autocollants », dont 30 supportant la mention « Vive la France, RN, fier d’être français ».
