Jean-Luc Mélenchon possède-t-il un patrimoine de 2 465 000 euros ?
Auteur : Antoine Mauvy, journaliste
Relecteur : Nicolas Turcev, journaliste
Liens d’intérêts ou fonctions politiques déclarés des intervenants à l’article : aucun
Secrétariat de rédaction : Maylis Ygrand, journaliste
Source : Compte Facebook, le 9 octobre 2026
Depuis février 2015, une fausse information prétend que Jean-Luc Mélenchon aurait un patrimoine de 2 465 000 euros et toucherait 36 105 euros d’argent public chaque mois. À l’approche de l’élection présidentielle, cette infox repointe le bout de son nez.
En période de campagne électorale, mieux vaut y réfléchir à deux fois avant de partager des informations a priori sensationnelles. Sur Facebook, certains internautes ont manqué de prudence en (ré)affirmant que Jean-Luc Mélenchon, candidat à l’élection présidentielle de 2027, possèderait « un patrimoine de 2 465 000 euros » et toucherait « 36 105 euros par mois d’argent public ».
Cette affirmation est un serpent de mer des réseaux sociaux au moins depuis… 2015. Si elle a déjà été débunkée par nos confrères du Monde ou encore de l’AFP, il convient de la questionner à l’aune de la situation actuelle du candidat insoumis, alors qu’il n’exerce plus de mandat électif depuis juin 2022.
Une déclaration de patrimoine de mars 2022
Depuis la création de la Haute Autorité pour la transparence de la vie publique (HATVP) en décembre 2013, les élus et candidats à l’élection présidentielle doivent effectuer une déclaration patrimoniale en amont du scrutin. Depuis le 1er juillet 2022, cette déclaration est accompagnée d’une seconde, concernant les fonctions et intérêts des élus et candidats.
Candidat récurrent à l’élection présidentielle depuis le scrutin de 2012, Jean-Luc Mélenchon a effectué ses déclarations comme le dispose la loi. Celles-ci sont supprimées du site de la HATVP après l’élection présidentielle pour les candidats malheureux. Néanmoins, une recherche d’archives permet de remettre la main dessus, ici et ici.
Si elles ne font pas l’objet d’un contrôle de la part de la HATVP, ces déclarations permettent tout de même d’apprécier la situation d’un candidat. Ainsi, en mars 2022, Jean-Luc Mélenchon déclarait détenir un appartement d’une valeur de 1 200 000 euros et une maison estimée à 170 000 euros. Sur ses comptes en banque, un peu moins de 100 000 euros, et un emprunt en cours de remboursement pour lequel il devait encore s’acquitter de 99 145 euros.
Dès lors, aux dernières nouvelles et selon les seules informations publiques disponibles, Jean-Luc Mélenchon ne possédait pas un patrimoine de « 2 465 000 euros » comme l’affirment différents internautes sur Facebook. Lors de la prochaine déclaration patrimoniale qu’effectuera Jean-Luc Mélenchon, en amont du premier tour de la présidentielle le 18 avril 2027, ces chiffres pourront être mis à jour.
Plus de mandats en cours
Concernant l’argent public que le candidat insoumis touche chaque mois, il est plus difficile de répondre. En termes d’indemnités, cette somme est nulle. En effet, depuis le 21 juin 2022, Jean-Luc Mélenchon n’exerce plus de mandat électif. Mais l’ancien leader du Front de gauche a eu une longue carrière politique : député français, député européen, sénateur ou encore ministre délégué à l’Enseignement professionnel. Ces nombreux mandats ouvrent des droits à la retraite.
Encore faut-il en vouloir. « Je ne touche aucune retraite sur mes activités passées, quoi que j’en aie l’âge, car j’estime avoir un revenu suffisant et que je suis solidaire », pouvait-on lire, en avril 2013, sur le blog de Jean-Luc Mélenchon, semblant indiquer que l’insoumis avait renoncé, au moins temporairement, à ses droits.
Mais quelques années plus tard, un autre son de cloche se faisait entendre. « Moi, je ne peux pas me passer de ma retraite », déclarait le candidat insoumis, en décembre 2022, sur le plateau de BFM TV, alors qu’il était questionné sur le cumul des droits à la retraite auxquels il pouvait prétendre.
Sur ce point, difficile de vérifier ce que l’homme politique perçoit réellement chaque mois. Les déclarations fiscales comportent des informations relevant de la vie privée, elles sont donc gardées secrètes par les autorités compétentes. Dès lors, toute estimation globale serait trompeuse, voire mensongère : les régimes de cotisations des différents corps d’élus ne suivent pas les mêmes règles et des régimes spéciaux peuvent s’appliquer.
Contactée, la France insoumise n’avait pas donné suite à nos sollicitations au moment de la publication.
661 euros nets de retraite pour un mandat de député
Il est néanmoins possible d’estimer la retraite du candidat insoumis au titre de son mandat de député des Bouches-du-Rhône, qu’il a exercé du 21 juin 2017 au 21 juin 2022. La Fondation Ifrap avait estimé qu’en 2021, à la suite de la réforme du régime de retraite des députés, « le montant net de la pension d’un député au bout de 5 ans de mandat s’établit (…) à 661 euros nets ». Une retraite qui figure parmi celles auxquelles Jean-Luc Mélenchon peut prétendre, au même titre que celles de sénateur et d’eurodéputé, comme le remarquent plusieurs internautes.
En 2025, la Caisse de retraite des anciens sénateurs a versé 42 millions d’euros de prestations à 746 pensionnés, soit une moyenne de 4 692 euros par mois par pensionné. Ce chiffre doit être pris avec des pincettes, puisqu’il ne précise pas la répartition entre la pension de base, la retraite complémentaire et les pensions de réversion. Par ailleurs, la pension de chaque sénateur dépend de la durée de mandat. Il donne néanmoins un ordre de grandeur : même s’il touchait le double de ce montant, Jean-Luc Mélenchon serait toujours bien loin de gagner 36 105 euros par mois.
Et ce n’est pas sa retraite d’eurodéputé qui lui permettrait d’atteindre ce montant. Les anciens députés européens ont droit à une pension qui correspond à 3,5 % de leur rémunération pour chaque année de mandat complète, plus un douzième de cette somme pour chaque mois complet supplémentaire, sans pouvoir dépasser 70 %. Jean-Luc Mélenchon a été eurodéputé pendant huit ans, de 2009 à 2017. Autrement dit, ses droits d’eurodéputé à la retraite s’élèvent à 28 % de la rémunération perçue chaque mois au cours de ses mandats.
Les Surligneurs ne sont pas parvenus à reconstituer l’entièreté du barème des indemnités parlementaires statutaires du Parlement européen de 2009 à 2017. Mais à titre indicatif, celle-ci était de 7 956 euros en 2011, deux ans après le début du premier mandat de Jean-Luc Mélenchon au Parlement européen, et de 8 484 euros en 2017, année où le leader insoumis quitte Bruxelles pour rejoindre le palais Bourbon. Même en calculant à partir de l’indemnité la plus haute, celle de 2017, ses droits à la retraite d’eurodéputé ne pourraient excéder 2 375 euros – et ils sont en réalité moins élevés, du fait d’une indemnité parlementaire plus faible sur les premières années de ses mandats.
Autrement dit, affirmer que l’ancien député toucherait « 36 105 euros d’argent public » par mois est disproportionné et faux. Et au-delà du calcul périlleux de ses pensions de retraite, il convient de s’interroger sur les termes utilisés par les internautes. « Toucher de l’argent public » relève déjà du contresens : une pension de retraite n’est pas une largesse de l’État, mais la contrepartie de cotisations versées tout au long d’une carrière.
