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Les chiffres de l'occupation des HLM par les immigrés sont manipulés avec peu de rigueur et de mise en contexte sur les réseaux sociaux. Photo : Thibaud Moritz / AFP

HLM : les logements sociaux sont-ils accaparés par les immigrés ?

Création : 9 octobre 2026

Auteur : Nicolas Kirilowits, journaliste

Relecteur : Nicolas Turcev, journaliste

Liens d’intérêts ou fonctions politiques déclarés des intervenants à l’article : aucun

Secrétariat de rédaction : Nicolas Turcev, journaliste

Source : Compte Facebook, le 19 août 2026

L’idée selon laquelle des personnes étrangères ou immigrées auraient plus facilement accès au parc social se répand à l’approche des échéances électorales. Une théorie qui ne résiste pourtant pas à l’analyse des chercheurs et spécialistes du sujet. Si les immigrés se tournent davantage vers le logement social, c’est avant tout à cause d’une vulnérabilité économique accrue.

Ce fut l’un des thèmes centraux de la rentrée politique de Marine Le Pen en septembre dernier. Pour régler la problématique du logement, et plus particulièrement pour « les familles françaises dans le besoin », la candidate du Rassemblement national promet de « donner la priorité d’accès au logement social aux Français ».

Pour soutenir sa proposition, la quadruple candidate à l’élection présidentielle avance une comparaison a priori éloquente : seuls 11 % des Français bénéficient de logements sociaux alors que 70 % d’entre eux sont potentiellement éligibles à y accéder.

Les Français seraient ainsi discriminés « au bénéfice prioritaire d’une immigration incessante et anarchique », explique Marine Le Pen. Un constat par ailleurs partagé par de nombreux internautes sur les réseaux sociaux. Mais qu’en est-il vraiment ?

Un chiffre trompeur

Premièrement, évoquons les chiffres avancés par Marine Le Pen. D’après un rapport publié l’an dernier par l’Agence nationale de contrôle du logement social (Ancols), 71 % des ménages résidant en France sont éligibles, du fait de leurs revenus, aux différentes offres du parc social : le PLAI (plafond de revenus entre 13 000 et 15 000 euros pour une personne seule), le PLUS (entre 23 500 et 27 000 euros) et le PLS (entre 30 500 et 35 000 euros).

Toutefois, nuance l’Ancols, « le parc social est très majoritairement composé de logements soumis aux plafonds de ressources PLUS (85 %) ». Or, « les ménages qui y sont éligibles représentent 54 % des résidents ». Autrement dit, si 71 % des ménages peuvent en effet prétendre à un logement social, dans les faits, l’essentiel de l’offre locative disponible concerne uniquement la moitié des foyers établis en France.

L’Ancols ne précise pas, en revanche, l’origine ou la nationalité des ménages concernés : son analyse porte sur l’ensemble des foyers résidant en France. Marine Le Pen fait donc un raccourci trompeur lorsqu’elle évoque l’éligibilité de 70 % des Français au parc social.

Immigré ne veut pas dire étranger

Ensuite, est-il vrai que seuls 11 % des Français bénéficient d’un logement social ? On retrouve ce chiffre dans un tableau de l’Insee recensant « le statut d’occupation du logement selon l’ascendance migratoire » en 2019-2020. L’institut indique, en effet, que 11 % des personnes françaises « sans ascendance migratoire ou ultramarine » sont locataires dans le secteur social ou bénéficient du dispositif 1 % patronal – une aide versée par les entreprises pour aider les salariés à se loger. Ce chiffre est souvent comparé à la proportion d’immigrés qui vivent en HLM, de 35 % en 2019-2020, selon ce même rapport de l’INSEE.

Mais comparaison n’est pas raison. En effet, il est trompeur d’opposer les immigrés et « les Français » comme s’il s’agissait de deux catégories mutuellement exclusives. Comme l’explique lui-même l’Insee dans sa note, « un immigré est une personne née étrangère à l’étranger et résidant en France. […] Certains immigrés ont pu devenir Français, les autres restant étrangers ». Autrement dit, une partie des immigrés bénéficiaires d’un logement social sont de nationalité française.

D’après l’institut, parmi les 8 millions d’immigrés vivant en France, 2,6 millions étaient Français en 2025, soit 33 % d’entre eux. L’année précédente, l’organisme avait calculé la répartition du statut d’occupation (locataire du privé, du parc social, ou propriétaire) de la résidence principale de la personne de référence du ménage en fonction de la nationalité, mais cette-fois-ci, en intégrant les immigrés devenus Français. Résultat : 15,1 % des ménages français occupaient un logement social en 2024, et non 11 %.

Enfin, opposer des pourcentages peut donner l’impression que le parc HLM est actuellement saturé de résidents immigrés – ce qui est faux. En croisant les données réactualisées de l’Insee avec celles de l’Institut national d’études démographiques (Ined), il est possible d’estimer qu’approximativement 2 millions d’immigrés et près de 6 millions de Français sans ascendance migratoire directe occupaient un logement social, respectivement en 2022 et en 2023.

Il y a donc environ trois fois plus de Français sans ascendance migratoire directe qui vivent en HLM que d’immigrés. Rajoutons que, d’après l’Insee, 82,5 % des ménages locataires du parc social avaient une personne de référence de nationalité française en 2024, contre 11,3 % dotés d’une nationalité étrangère. De quoi fortement relativiser certains récits laissant penser que les immigrés entrant en France s’accaparent massivement les logements sociaux.

La précarité plus que l’origine

Cette réalité n’empêche toutefois pas de constater une surreprésentation des immigrés dans le parc locatif par rapport à leur place dans la population résidant en France, de 11,6 % en 2025. Comment l’expliquer ?

La cause principale est « leur niveau de ressource, plus faible que la moyenne des ménages sans ascendance migratoire [directe] », explique succinctement Patrick Simon, directeur de recherche à l’Ined et spécialiste reconnu du sujet.

« La fonction du parc social est d’accueillir essentiellement les ménages qui ne parviennent pas à accéder à la propriété ou au parc privé. Or, étrangers et immigrés ont moins de revenus et moins de patrimoine. Ils dépendent donc davantage du parc social, d’où leur surreprésentation parmi les demandeurs », abonde Manuel Domergue, directeur des études de la Fondation pour le logement des défavorisés.

« Cette surreprésentation en logement social est largement liée aux moindres revenus et à l’âge plus jeune des immigrés et descendants d’immigrés par rapport au reste de la population », précise encore l’Insee dans sa note consacrée au parc social.

En clair, plus pauvres que les autres ménages, les personnes immigrées se tournent, faute d’alternatives, davantage vers les logements sociaux. De telle sorte que, moins que l’origine, c’est bien le faible niveau de vie « des ménages les plus modestes » qui est le critère déterminant dans l’accès au logement social, comme l’indique l’Ancols dans son rapport de 2025.

Pas de traitement de faveur

Mais à revenus égaux, les immigrés ou les étrangers ne bénéficieraient-ils tout de même pas de certaines faveurs dans l’accès aux HLM par rapport aux Français sans ascendance migratoire directe, comme le supposent certains internautes ? Pas selon les experts interrogés par les Surligneurs.

D’après des données récoltées auprès de l’Union sociale pour l’habitat (USH), l’organisation représentative du secteur HLM, le taux d’attribution pour les ménages originaires d’un pays extra-européen est de 13 % contre 14 % pour les ménages français. « Ainsi, les taux d’attribution ne révèlent aucune situation préférentielle : ils sont même légèrement inférieurs pour les ménages étrangers », résume l’USH.

« Les attributions de logements sociaux sont strictement encadrées et l’arsenal législatif s’est renforcé depuis la réforme des attributions [la loi de 2017 relative à l’égalité et à la citoyenneté a renforcé les critères, ndlr] autour des principes de non-discrimination, de transparence et d’outils règlementaires pour prioriser les attributions », rappelle Pauline Auclair, doctorante à l’université polytechnique des Hauts-de-France, qui étudie les tensions sur le logement social dans le bassin minier du Nord-Pas-de-Calais.

D’après la loi, pour faire une demande de logement social, il faut être Français ou, pour les ressortissants non européens, fournir la copie d’un titre de séjour. Les personnes en situation irrégulière sont donc exclues de fait du processus.

Complexe, le processus d’attribution des logements sociaux s’articule autour d’une commission composée « de représentants du bailleur, un représentant de la mairie où se trouve le logement et un représentant de l’État », détaille le ministère de la Transition écologique, de la Ville et du Logement.

Cette commission « se réunit à intervalles réguliers et examine trois dossiers des candidats répondant aux critères pour chaque logement disponible », précise également le ministère, qui rappelle que l’État « peut proposer des candidats qui répondent aux critères des ménages prioritaires ». A savoir : « Les personnes mal logées, défavorisées ou rencontrant des difficultés particulières de logement. »

Les personnes étrangères et immigrées souffrent justement davantage « de discriminations massives face aux bailleurs privés, documentées régulièrement au cours de testings », qui les empêchent de fait de basculer dans le marché immobilier privé, explique Manuel Domergue de la Fondation pour le logement des défavorisés.

« Les études montrent qu’il est plus difficile de louer dans le privé selon l’origine de votre nom de famille », abonde Grégory Verdugo, professeur des universités en sciences économiques à CY Cergy Paris Université et chercheur associé à l’Observatoire français des conjonctures économiques.

En 2019, une étude de l’Insee a démontré qu’un candidat au patronyme à consonance maghrébine avait 26,7 % de chances de moins d’obtenir un logement dans le parc privé qu’un candidat de référence au patronyme à consonance française. D’autres testings compilés par le Défenseur des droits en 2026 montrent des écarts encore plus importants chez les jeunes, de l’ordre de 37 à 40 % de chances en moins.

Autant de faits qui contredisent l’idée que la tension sur le marché HLM serait causée par les traitements de faveur accordés aux immigrés. « Ce n’est pas la surreprésentation des immigrés dans le parc social qui produit des tensions sur le marché du logement, mais l’inverse », tacle Patrick Simon.

La crise de l’accès aux HLM serait effectivement plutôt due au désinvestissement de l’État et des collectivités, d’après la Confédération nationale du logement (CNL), qui représente les intérêts des locataires de HLM. Dans un récent communiqué, l’organisation fustige « la baisse de la production de logements sociaux et l’absence de contribution de l’État au Fonds national des aides à la pierre ». De 130 000 logements sociaux financés en 2016, ce chiffre a chuté à 85 000 en 2024.