70 % des étudiants étrangers ne valident pas leur licence en trois ans ? C’est autant que pour l’ensemble des étudiants
Auteur : Nicolas Kirilowits, journaliste
Relecteur : Nicolas Turcev, journaliste
Liens d’intérêts ou fonctions politiques déclarés des intervenants à l’article : aucun
Secrétariat de rédaction : Nicolas Turcev, journaliste
Source : Compte Facebook, le 23 septembre 2026
Reprenant des informations publiées dans un rapport sénatorial, des publications soulignent le taux d’échec élevé des étudiants étrangers en parcours de licence. Elles omettent néanmoins de préciser que ce taux est comparable au reste des étudiants.
Alors que la rentrée universitaire n’est pas encore totalement achevée en cette fin septembre, voilà une donnée qui ne devrait rassurer personne, et surtout pas les plus de 300 000 étudiants de l’enseignement supérieur.
En effet, des utilisateurs des réseaux sociaux indiquent que 72 % d’entre eux ne valident pas leur licence en trois ans. Un chiffre élevé tiré d’une infographie publiée sur Facebook par l’Observatoire de l’immigration et de la démographie (OID), financé par le millionnaire d’extrême droite Pierre-Edouard Stérin, favorable à une « remigration » de certains étrangers.
L’infographie de l’OID est elle-même basée, est-il précisé, sur les données d’un rapport sénatorial, dévoilé début septembre, issu d’une commission d’enquête « sur la capacité des universités françaises à garantir l’excellence académique du service public de l’enseignement supérieur ».
Or, page 120 de ce rapport, on retrouve bel et bien les données relayées par l’OID sur Facebook. A savoir, notamment, celle du taux de réussite en trois ans des étudiants étrangers en mobilité internationale inscrits en première année de licence à la rentrée universitaire 2020-2021.
Toutefois, l’Observatoire n’a pas repris dans sa publication une autre donnée, pourtant affichée dans le même tableau du rapport du Sénat, concernant le taux de réussite en licence en trois ans de l’ensemble des étudiants – c’est-à-dire des étudiants français, étudiants étrangers en France et étudiants en mobilité internationale.
D’après le Sénat, ce taux s’élève à 29 %. Soit un point seulement au-dessus des seuls étudiants étrangers (28 %). « Les données relatives à la performance des étudiants internationaux à l’université produites par le Service de l’information et des études statistiques (SIES) font apparaître des taux de réussite comparables, voire supérieurs à ceux des autres catégories d’étudiants, avec toutefois d’importantes disparités », résume à cet égard le Sénat.
Une donnée isolée
Contacté, Nicolas Pouvreau-Monti, le directeur général et cofondateur de l’OID explique s’être intéressé plus précisément aux seuls étudiants étrangers en mobilité internationale, car « l’Observatoire se borne à analyser les résultats des politiques migratoires, non pas de toutes les politiques publiques à destination générale – comme celle de l’enseignement supérieur dans son ensemble. Dans ce cas précis, la politique d’accueil des étudiants étrangers en mobilité apparaît renforcer les constats d’échec d’une massification universitaire mal pensée. »
Aussi, détaille-t-il, « le taux pour l’ensemble des étudiants inclut aussi les étrangers en mobilité, ce qui réduit sa valeur comparative ». Un argument friable si l’on considère, d’après de récentes données du SIES, le service sur lequel s’est appuyé le Sénat pour son rapport, que la part d’étudiants en mobilité internationale à l’université est seulement de 12,9 % parmi l’ensemble des étudiants.
Autrement dit, leur poids n’est pas suffisamment significatif pour expliquer pourquoi le taux de réussite en licence de l’ensemble des étudiants – qui comprend les étudiants français, étudiants étrangers résidant en France et étudiants étrangers en mobilité internationale – est égal au taux des étudiants en mobilité internationale.
En clair, et contrairement à ce que laissent à penser les publications reprenant l’infographie de l’OID, les étudiants étrangers en mobilité en France échouent autant à valider leur licence en trois ans que les autres étudiants.
