Les Surligneurs est un média indépendant qui lutte contre la désinformation politique

rubriques
Deux rames de métro se croisent à la station Gare de l’Est, sur la ligne 7 du métro parisien, le 17 septembre 2020. © Mohamed SY / Wikimedia Commons – CC BY-SA 4.0

87 % des mis en cause pour vols dans les transports franciliens sont-ils vraiment étrangers ?

Création : 16 septembre 2026

Etienne Merle, journaliste

Relectrice : Clara Robert-Motta, journaliste

Liens d’intérêts ou fonctions politiques déclarés des intervenants à l’article : aucun

Secrétariat de rédaction : Etienne Merle, journaliste

Source : Compte Facebook, le 12 septembre 2026

Le chiffre de 87 % est authentique, mais il ne concerne que les mis en cause pour vols sans violence dans les transports franciliens. Pour l’ensemble des vols, la proportion est d’environ 80 %. Et ces données recensent des personnes mises en cause par la police, pas l’ensemble des auteurs de vols commis dans les transports.

Nouvelle statistique, nouvelle confusion. Depuis la publication, en septembre dernier, du rapport du Service statistique ministériel de la sécurité intérieure consacré à la délinquance enregistrée dans les transports en commun, un même chiffre circule largement sur les réseaux sociaux. Mais souvent sans les précisions qui permettent d’en comprendre la portée.

« En 2025, les étrangers représentent 87 % des personnes mises en cause pour des vols dans les transports en commun d’Île-de-France. Ils représentent également 60 % des mis en cause pour vols violents, 38 % pour violences physiques et 61 % pour violences sexuelles », reprennent en chœur de nombreux internautes, s’appuyant sur l’article du journal d’extrême-droite Valeurs Actuelles.

Dans son étude, le ministère recense 104 880 victimes de vols, violences, escroqueries ou fraudes aux moyens de paiement, soit 2 % de moins qu’en 2024. En Île-de-France, il dénombre 13 victimes enregistrées pour un million de voyages, contre 14 en 2024. Les chiffres repris par les internautes figurent bien dans le rapport du SSMSI.

Mais répéter des chiffres ne suffit pas à décrire ce qu’ils mesurent. En les présentant sans définition de leur périmètre ou sans exposer les limites des statistiques policières, on peut alimenter des interprétations beaucoup plus larges que ce que les données permettent d’affirmer.

87 %, oui, mais pour les vols sans violence

Première correction : 87 % ne concerne pas tous les vols. Dans les données détaillées « série longue septembre 2026 » accompagnant l’étude du SSMSI, les étrangers représentent en Île-de-France 87,1 % des mis en cause pour vols sans violence et 60 % pour vols avec violence. Leur part est d’environ 80 % pour l’ensemble de ces vols. Elle atteint 38 % pour les violences physiques et 61 % pour les violences sexuelles.

Cette surreprésentation n’est pas nouvelle. Dans son étude sur l’année 2022, le ministère relevait déjà que 55 % des personnes mises en cause pour vols ou violences dans les transports étaient étrangères, contre 19 % hors transports.

Il reliait – comme il le fait à nouveau en 2026 – la forte présence d’étrangers et de mineurs parmi les mis en cause pour certains vols à « l’existence de filières de criminalité organisée exploitant notamment des mineurs isolés ». Cela signifie que certains mineurs mis en cause peuvent aussi se trouver dans une situation d’exploitation – et donc de victimes – sans que l’étude n’en mesure la proportion.

Par ailleurs, la mise en cause n’est pas synonyme de commission des faits. Ces chiffres donnent à voir les seules personnes identifiées par la police, et non l’ensemble des personnes qui ont commis des infractions.

« Mis en cause » ne veut pas dire « reconnu coupable »

Le SSMSI définit une personne mise en cause comme une personne entendue par la police ou la gendarmerie contre laquelle sont réunis, dans la procédure transmise au parquet, des éléments graves et concordants attestant qu’elle a commis ou tenté de commettre une ou plusieurs infractions.

Par ailleurs, le ministère précise que « toutes les personnes mises en cause ne seront pas reconnues coupables ». Ces données ne sont donc pas une statistique des condamnations.

Les chiffres dépendent aussi de l’activité policière

Le ministère le rappelle lui-même dans sa méthodologie sur la mesure de la délinquance : les statistiques enregistrées portent sur les infractions connues et consignées par les forces de sécurité.

Leur niveau dépend notamment du dépôt de plainte, des priorités policières et de la capacité des services à détecter et enregistrer les faits.

Le SSMSI en donnait une illustration en 2024 : les mises en cause pour usage ou trafic de stupéfiants dans les transports avaient bondi de 53 %, une progression que le ministère reliait à « la présence accrue des forces de sécurité lors des Jeux olympiques et paralympiques ».

Il est possible que l’augmentation du nombre de policiers et gendarmes durant la période des JO de Paris ait conduit à une augmentation des contrôles et donc du nombre de mises en cause. Cela ne signifie pas pour autant que le phénomène a augmenté.

C’est justement la raison qui pousse le SSMSI à compléter les données policières par des enquêtes de victimation, qui interrogent directement la population sur les infractions subies, y compris lorsqu’aucune plainte n’a été déposée. Ces enquêtes permettent de mieux mesurer l’ampleur du phénomène de délinquance.

Dans les transports, par exemple, seules 34 % des victimes de vols aboutis déclarent avoir déposé plainte en 2023. Elles ne permettent en revanche pas de déterminer la nationalité de l’ensemble des auteurs.

87 % ne constitue pas un « taux de délinquance des étrangers »

Autre comparaison trompeuse : rapprocher directement les 87 % de la part des étrangers dans la population.

Selon l’Insee, les étrangers représentaient 9,1 % de la population résidant en France en 2025. Mais cette proportion n’est pas comparable aux 87 %, qui concernent les mis en cause pour une infraction précise dans les transports franciliens et peuvent également inclure des personnes ne résidant pas en France.

Pour calculer un taux réellement comparable selon la nationalité, il faudrait notamment disposer du nombre et du profil des Français et étrangers effectivement exposés dans ces transports (y compris les non-résidents), de leur fréquence d’usage, de leur âge et de leur sexe, tout en tenant compte du fait que les données de mise en cause ne portent que sur les faits élucidés.

Si une telle donnée n’existe pas, le ministère rappelle d’ailleurs que les personnes mises en cause sont très majoritairement des hommes et sont particulièrement jeunes. Le rapport montre aussi que les étrangers sont surreprésentés parmi les victimes : pour les vols sans violence, ils représentent 27 % des victimes dans les transports, contre 13 % hors transports.

Mais là encore, attention à ne pas surinterpréter ces données. S’agit-il principalement de touristes étrangers ou d’étrangers résidant en France ? Les touristes signalent-ils davantage les faits dont ils sont victimes que les résidents ? Et dans quelles proportions ? Le rapport du SSMSI ne permet pas de répondre à ces questions et il est donc impossible d’en tirer des conclusions générales sur les étrangers en tant que catégorie de population.

Une confusion déjà relevée en 2022

La même confusion avait eu lieu durant la présidentielle de 2022. À l’époque, c’est Éric Zemmour qui avait alors affirmé que « 75 % des agressions sexuelles dans les transports en commun sont le fait d’étrangers ».

TF1 Info avait rappelé que les données disponibles concernaient des personnes mises en cause, et non l’ensemble des agressions commises. Nos confrères de l’AFP Factuel avaient également souligné les limites d’une utilisation de ces chiffres pour tirer des conclusions générales sur l’immigration et les violences sexuelles. Quatre ans plus tard, le problème méthodologique reste le même.