Non, cette vidéo ne montre pas un adolescent prénommé Maël, blessé au cours des mobilisations lycéennes de la rentrée 2026
Autrice : Delphine Schiltz, journaliste
Relecteur : Nicolas Turcev, journaliste
Liens d’intérêts ou fonctions politiques déclarés des intervenants à l’article : aucun
Secrétariat de rédaction : Delphine Schiltz, journaliste
Source : Compte Facebook, le 5 octobre 2026
La vidéo en question est une vidéo datée, remontant à juillet 2025 et aux mobilisations déclenchées par la mort de Nahel Merzouk, 17 ans, tué lors d’un contrôle de police.
Il a été retrouvé assis, les pieds dans une flaque de sang. Le 30 septembre dernier, Maël, 16 ans, a été gravement blessé à l’œil à Tours, au cours des mobilisations lycéennes de cette rentrée 2026, lancées pour réclamer de meilleures conditions d’études.
Selon toute vraisemblance, l’adolescent a été éborgné, lors du blocus de son lycée, par une balle de LBD utilisée par les forces de l’ordre, a indiqué la procureure de Tours, sur X .
Au même moment, sur les réseaux sociaux, une vidéo circule dans laquelle on voit un adolescent, présenté comme se prénommant Maël, décrire face caméra, bandage sur l’œil droit, sa cécité partielle et son calvaire post-hospitalisation. « Il s’était mobilisé pour pouvoir étudier dans de bonnes conditions avec des profs en nombre ! Les flics l’ont éborgné », peut-on lire dans la description qui accompagne cette publication. « Justice pour Maël », revendique plus sobrement un autre internaute dans un post publié le 5 octobre 2026.
Ces publications laissent donc entendre que le jeune homme témoignant face caméra est celui blessé à Tours, le 30 septembre 2026. Or, cette vidéo est datée et recycle un ancien témoignage.
Une vidéo datant de 2025
Le témoignage publié par les internautes est en fait celui de Jalil, 15 ans à l’époque, éborgné par un tir de LBD dans la nuit du 1er au 2 juillet 2025, à Chilly-Mazarin, en Essonne, lors des violences urbaines déclenchées par la mort du jeune Nahel, comme le montre cet article de StreetPress. Le média indépendant avait pu rencontrer le jeune homme et recueillir son vécu. La vidéo avait ensuite été publiée, le 31 juillet 2025, sur le compte Youtube de StreetPress.
Le clip posté par les internautes à la rentrée 2026 est donc une reprise, hors contexte, de l’entretien entre Jalil et StreetPress et ne montre pas un adolescent prénommé Maël, éborgné au cours des mobilisations lycéennes de la rentrée 2026.
Mobilisation lycéenne : le bilan s’alourdit
Au total, ce sont 215 élèves qui ont été blessés lors des mobilisations lycéennes qui ont débuté fin septembre 2026, a indiqué le Premier ministre, Sébastien Lecornu, le 6 octobre. Dont plusieurs très grièvement.
Mâchoire fracturée, main arrachée, œil gravement atteint,… La presse relaie à Lens (Pas-de-Calais), Argenteuil (Val-d’Oise) ou Saint-Ouen-l’Aumône (Val d’Oise) des cas de jeunes hospitalisés en urgence, à la suite de l’utilisation par les forces de l’ordre d’armes potentiellement incapacitantes, notamment des grenades de désencerclement et tirs de LBD.
Dix-huit enquêtes de l’Inspection générale de la police nationale (IGPN) ont été ouvertes, a annoncé le ministre de l’Intérieur, Laurent Nuñez, le 7 octobre, dont plusieurs pour évaluer les circonstances des interventions de police ayant causé des mutilations ou des infirmités permanentes à des adolescents.
« Dans la quasi-totalité des cas, l’intervention policière est proportionnée », a toutefois assuré Laurent Nuñez sur France Inter. Le 6 octobre au soir, le ministère de l’Intérieur comptabilisait 6 547 interpellations depuis le début du mouvement lycéen, le 28 septembre – probablement le bilan le plus lourd pour un mouvement social depuis mai 1968. L’opposition de gauche et de nombreuses associations dénoncent, elles, la « répression » et le « manque de retenue » des forces de l’ordre face à un public composé essentiellement de mineurs.
