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Capture d'écran Facebook

Non, cette vidéo ne montre pas des élus finlandais réaliser une danse « pour apprendre aux migrants à ne pas violer les femmes »

Création : 22 septembre 2026

Autrice : Maylis Ygrand, journaliste

Relecteur : Nicolas Turcev, journaliste

Liens d’intérêts ou fonctions politiques déclarés des intervenants à l’article : aucun

Secrétariat de rédaction : Maylis Ygrand, journaliste

Source : Compte Facebook, le 14 septembre 2026

Des internautes relaient une vidéo réalisée prétendument par des élus finlandais « pour apprendre aux migrants à ne pas violer les femmes ». C’est faux, ces images ont été prises dans le cadre d’un projet pour lutter contre les violences sexuelles dont le public cible était les personnes mineures et non étrangères.

Quelques pas de danse suffisent parfois à provoquer une polémique. Dans une vidéo relayée dernièrement sur les réseaux sociaux, cinq personnes exécutent une chorégraphie au son de « Stop, don’t touch me there, this is my no-no square ! [Arrête, ne me touche pas là, c’est ma zone interdite !, en français] ».

En légende, certains internautes affirment que ces images montreraient des politiciens finlandais « réalis[er] une vidéo de danse pour apprendre aux migrants à ne pas violer les femmes ».

Mais, si cette vidéo est authentique, elle a été réalisée pour sensibiliser les mineurs et non dans le but d’apprendre aux personnes migrantes à ne pas commettre d’infractions sexuelles.

Une vidéo destinée aux personnes mineures

Grâce à une recherche d’image inversée, Les Surligneurs ont retrouvé plusieurs occurrences de cette vidéo… qui date de 2020. À l’époque, les images avaient également fait le buzz.

Comme le relate un article de presse de l’époque, cette vidéo a été réalisée par des travailleurs sociaux dans le cadre du projet « Safe Oulu », à Oulu, en Finlande. « L’objectif de la vidéo était d’expliquer aux jeunes comment fixer leurs propres limites en matière de sexualité », et non de pointer du doigt les migrants, expliquait la directrice du projet, Kati Kaarlejärven, au média Yle. Le clip s’inscrivait dans une tendance musicale sur TikTok dont le but était de sensibiliser les jeunes au respect de leur intimité et de leur consentement par le biais de chorégraphies réalisées sur une mélodie entêtante, comme l’a déjà vérifié le média de fact-checking croatien Faktograf.

Prévenir les crimes sexuels

Plus largement, le projet « Safe Oulu », qui s’est déroulé de 2019 à 2022, avait pour objectif principal de « prévenir les crimes sexuels contre les mineurs à Oulu », selon un document officiel. Loin de se limiter à cette vidéo comme certains internautes ont pu l’insinuer, le programme prévoyait plusieurs dispositifs, dont « une équipe de soutien psychosocial pour les enfants et les jeunes » visant à les assister en cas de traumatisme, de danger, ou s’ils sont victimes de crimes, détaillait Kati Kaarlejärven auprès d’Yle.

Il était aussi prévu de « renforcer le rôle des enfants et des jeunes en tant que membres actifs de la communauté » ou encore de « soutenir et améliorer les connaissances des familles afin de prévenir les délits sexuels ».

Le projet « Safe Oulu » devait enfin « renforcer l’intégration des immigrés au sein de la communauté ». Pour autant, il n’était pas question d’ « apprendre aux migrants à ne pas violer les femmes » mais plutôt, par exemple, de traduire les supports pédagogiques du projet pour les principaux groupes linguistiques minoritaires d’Oulu.

Une affaire d’infractions sexuelles sur des filles mineures

Le lien erroné entre les migrants et la vidéo de danse trouve ses origines dans le contexte dans lequel le projet « Safe Oulu » a été créé.

Fin 2018, la ville est secouée par plusieurs affaires d’infractions sexuelles sur des filles mineures. Selon le média Kaleva, la police recensait 29 accusations, dont la majorité à l’encontre de personnes d’origines étrangères, pour des faits qui auraient été commis entre 2017 et 2018. Les forces de l’ordre s’étaient même fendues d’un communiqué pour prévenir la population, et la couverture médiatique de l’affaire avait été particulièrement importante.

Après coup, le blog « Migrant tales », qui se présente comme antiraciste, avait critiqué une surmédiatisation de ces affaires de violences sexuelles par rapport à celles impliquant des individus finlandais.

L’auteur de la chronique avait notamment comparé la couverture médiatique de cette affaire avec celle, jugée plus laconique, de la découverte d’un réseau pédophile responsable de l’abus sexuel de jeunes garçons. D’après des informations du média Yle, la police s’était elle aussi demandé si « la communication n’était pas allée trop loin ».

Si le projet « Safe Oulu » est né en réaction aux affaires d’agressions sexuelles qui ont touché la ville en 2018, ce contexte ne permet pas pour autant d’affirmer que la vidéo de danse partagée sur les réseaux sociaux avait pour but d’« apprendre aux migrants à ne pas violer les femmes ». Elle était en réalité destinée aux personnes mineures afin de les sensibiliser au respect de leur intimité et de leur consentement.