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Photo : capture d'écran X, issue du média FaroTV

Ceuta : rien ne prouve que les cris que l’on entend dans cette vidéo sont liés à un viol

Création : 17 septembre 2026

Auteur : Nicolas Kirilowits, journaliste

Relectrice : Clara Robert-Motta, journaliste

Liens d’intérêts ou fonctions politiques déclarés des intervenants à l’article : aucun

Secrétariat de rédaction : Clara Robert-Motta, journaliste

Source : Compte X, le 13 septembre 2026

Aussi troublants soient-ils, les cris audibles dans une vidéo ne peuvent être associés sans preuve à « des femmes en train de se faire violer ». Le média local, à l’origine de la publication, évoque « des cris et des insultes ».

Si les images de la séquence diffusée sur les réseaux sociaux sont confuses et sombres, les cris, eux, sont clairs et laissent deviner une scène inquiétante. En espagnol ou en français, des internautes assurent que la séquence a été captée par « des habitants » de Ceuta et que les hurlements sont ceux « de femmes en train de se faire violer en pleine nuit ».

Sur X, l’activiste et influenceuse identitaire Alice Cordier exprime son dégoût face à la séquence : « À Ceuta, des habitants filment des cris de femmes en train de se faire violer en pleine nuit. C’est ignoble ce qu’il s’y passe », écrit-elle dans un post qui a fait plus d’1 million de vues et a été repris plus de 6 000 fois. 

Pour rappel, l’enclave espagnole de Ceuta est confrontée à une crise migratoire inédite depuis la fin du mois de juillet et l’entrée irrégulière de plus de 70 000 personnes sur son territoire. D’après le gouvernement local, près de 13 000 migrants seraient encore présents sur place. Une situation qui génère de nombreuses tensions, la preuve ici et , et entraîne de la désinformation comme l’ont déjà rapporté à plusieurs reprises, ici et , Les Surligneurs.  

Un fait qui semble encore se répéter, puisque contrairement à ce que suggèrent les publications mentionnées ci-dessus, il est impossible de confirmer que les cris audibles sur la vidéo sont liés à un viol. 

En effet, El Faro de Ceuta, le média local à l’origine de la diffusion de la vidéo, ne mentionne jamais, ni sur ses réseaux sociaux (Facebook, Youtube, X), ni sur son site Internet, le mot « viol » pour évoquer le sujet. 

Pas d’éléments appuyant la thèse de l’agression sexuelle

Dans un article, comme sur l’ensemble de ses publications, le média rapporte « des cris et des insultes », venus d’une école dans laquelle ont été logées des mineures non accompagnées durant le mois d’août. 

« Cela fait des jours que nous subissons des cris, des insultes et des manques de respect quasi quotidiens. Souvent, elles commencent à crier à 4 h 30 ou 5 h du matin, nous empêchant de nous reposer et nuisant gravement à la tranquillité du voisinage », précisait encore El Faro de Ceuta en citant le voisinage de l’établissement. 

Contactés, ni la police ni le ministère de l’Intérieur ni le média ni la Fédération régionale des associations de voisins n’ont répondu à nos questions. Toutefois, eu égard aux informations connues, il est impossible, si ce n’est à émettre une interprétation, d’évoquer « des cris de femmes en train de se faire violer en pleine nuit ».

Sollicitée également, Alice Cordier ne nous a pas précisé non plus si elle disposait d’éléments pouvant appuyer cette thèse. 

Par ailleurs, notons que si la vidéo a été massivement reprise ces derniers jours sur les réseaux sociaux, la séquence a été en réalité publiée par El Faro de Ceuta, le 16 août. Aussi, bien que les publications ont relayé une séquence d’une trentaine de secondes, l’originale diffusée par El Faro de Ceuta, dure près d’une minute trente.

Le collège qui accueillait les jeunes filles mineures a depuis la rentrée scolaire, le 8 septembre, rouvert pour remplir sa mission initiale, comme le prouve cette interview de la directrice de l’école. Cette dernière y indique que les personnes accueillies ont quitté définitivement les lieux le 25 août (à partir de 2’50), soit près de trois semaines avant la reprise de la vidéo par les réseaux sociaux. 

Les mineures migrantes face au risque de violences sexuelles

Ces accusations de viols à Ceuta s’inscrivent dans un contexte de tensions importantes. Depuis le début de la crise migratoire, plusieurs médias ont rapporté des témoignages selon lesquels des agressions sexuelles auraient été commises à l’encontre des personnes arrivées à la fin juillet dans l’enclave espagnole. 

S’il n’est pas possible de les relier à la vidéo, plusieurs plaintes pour des agressions sexuelles ont été déposées pendant le mois d’août à Ceuta. Le 31 août, le bureau du procureur général de l’État a déclaré que 23 agressions sexuelles sur des personnes migrantes  ont été enregistrées depuis le début de la crise migratoire. 

« Neuf des victimes sont mineures, âgées de 14 à 17 ans, cinq des agressions étaient des viols (agressions avec pénétration) et huit auteurs présumés ont été identifiés : quatre sont marocains, trois sont espagnols et un est belge », a indiqué une source du parquet à Europa Press.

Le 1er septembre, la police nationale a arrêté un jeune homme migrant pour des agressions sexuelles sur trois mineures migrantes également, rapporte le média ABC. Les faits se seraient déroulés prétendument dans un centre d’accueil de la ville, Piniers, mais n’ont donc aucun rapport avec la vidéo partagée par les internautes.

Si plusieurs associations ont alerté sur la précarité des mineures isolées à Ceuta, il n’y a aucune preuve que les cris dans cette vidéo ont quoi que ce soit à voir avec des viols.