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Photo : OldLion (CC BY-SA 4.0)

La Commission européenne a-t-elle affirmé que les éoliennes sont nocives pour la santé et l’environnement ?

Création : 29 septembre 2026

Autrice : Maylis Ygrand, journaliste

Relecteur : Nicolas Turcev, journaliste

Liens d’intérêts ou fonctions politiques déclarés des intervenants à l’article : aucun

Secrétariat de rédaction : Maylis Ygrand, journaliste

Source : Compte Facebook, le 21 septembre 2026

Des internautes soutiennent que la Commission européenne a confirmé la nocivité des éoliennes pour la santé et l’environnement. Mais si l’institution a en effet reconnu qu’elles libéraient des microplastiques, leur impact reste modéré.

Les éoliennes ne seraient-elles pas si vertes ? À en croire certains internautes, la Commission européenne l’aurait elle-même « confirmé ». Ils en veulent pour preuve l’intitulé d’une question écrite de l’eurodéputé d’extrême droite autrichien, Gerald Hauser, qui s’intitule : « La Commission européenne confirme que les éoliennes sont nocives pour la santé et l’environnement. »

Sauf que si l’exécutif bruxellois a bien été amené à se prononcer sur l’impact environnemental des éoliennes, il n’a pas affirmé que les éoliennes étaient dangereuses pour la santé et l’environnement, comme l’ont également conclu nos confrères de TF1 et de l’AFP. Explications.

Des polluants émergents

En juin 2026, l’eurodéputé Gerald Hauser, membre du Parti de la liberté d’Autriche (FPO, une formation d’extrême droite fondée par un ancien membre de la SS), transmet à la Commission européenne une question sur les « effets sur l’environnement et la santé des microplastiques rejetés par les éoliennes ».

Ces minuscules particules de plastique – qui mesurent entre cinq millimètres et un micromètre – sont des polluants émergents qu’on retrouve aussi bien dans les cours d’eau et les océans que dans les sols. Ils peuvent provenir de la dégradation d’objets en plastique de taille plus importante, comme les bouteilles en plastique, du lavage de vêtements synthétiques ou encore du frottement de pneus lors de la conduite.

Ces particules, d’après Gerald Hauser, seraient également libérées de manière importante par les éoliennes. Dans sa question adressée à la Commission européenne, il cite ainsi « une étude norvégienne [qui] a[urait] révélé qu’une éolienne peut rejeter jusqu’à 62 kg de microplastiques par an » et s’interroge sur un supposé silence de l’institution à propos de « la pollution de l’environnement causée par les microplastiques qui s’érodent au contact des éoliennes ».

Des émissions de plastique plus faibles

En réponse à ses accusations, Jessika Roswall, l’actuelle commissaire européenne à l’environnement, lui répond en août 2026 que « la Commission est pleinement consciente des problèmes environnementaux posés par les microplastiques », mais que « les recherches indiquent que les émissions de plastique provenant des éoliennes sont beaucoup plus faibles que celles d’autres sources ». Autrement dit, la Commission admet que les éoliennes peuvent libérer des microplastiques mais que ces émissions sont négligeables par rapport à d’autres sources.

C’est à la suite de cette réponse que Gerald Hauser a affirmé que « la Commission européenne confirme que les éoliennes sont nocives pour la santé et l’environnement » et qu’elle « ne réfute pas les études citées […], selon lesquelles une éolienne peut rejeter jusqu’à 62 kg de microplastiques par an ».

Cette supposée déclaration par l’institution repose donc sur une interprétation erronée de l’eurodéputé. De plus, si la Commission européenne n’a pas directement infirmé l’étude avancée par l’élu autrichien, elle en a par contre cité d’autres qui s’intéressent aux émissions de microplastiques des pales des éoliennes et dont les conclusions sont différentes.

Des chiffres inférieurs et une étude contestée

Publiée en 2024 dans la revue Energies, la première conclue à une « masse de plastique érodé [qui] varie de 30 à 540 g par an et par lame ». Plus globalement, l’ensemble du plastique rejeté par les éoliennes au Danemark serait d’ « environ 1,6 tonne par an, ce qui est un ordre de grandeur inférieur à celui des chaussures et du marquage routier et trois ordres de grandeur inférieur à celui des pneus ».

D’après les estimations de la deuxième étude, publiée en 2025 dans la revue Wind Energy Science, « les émissions de microplastiques d’une éolienne offshore […] sont d’environ 240 g par an ». Comme pour la première étude, ce résultat est donc loin des 62 kg par an avancés par Gerald Hauser.

De la même façon, les auteurs de l’étude évaluent que « les émissions actuelles des pales d’éoliennes offshore néerlandaises, s’élevant à 100 kg/an, sont environ 1 000 fois inférieures aux émissions totales de microplastiques en mer aux Pays-Bas, si l’on considère d’autres sources, tels que les peintures et les revêtements des navires ».

Ces deux études publiées dans des revues scientifiques parviennent donc à des conclusions très différentes de celle citée par Gerald Hauser qui, elle, n’a fait l’objet d’aucune validation par les pairs. Sa méthodologie a d’ailleurs été critiquée par des scientifiques interrogés par l’AFP. L’estimation de 62 kg de microplastiques par éolienne et par an reposerait sur une extrapolation erronée de données issues d’une précédente étude écossaise qui calculait le rythme d’érosion des pales soumises aux aléas climatiques.

En l’occurrence, l’étude litigieuse aurait utilisé un chiffre qui ne concernait que le bord de la pale de l’éolienne – où l’érosion est plus forte – à l’ensemble de celle-ci. Ce qui devrait conduire à « réviser significativement à la baisse » l’estimation de 62 kg, d’après un porte-parole de l’université qui a conduit l’étude de référence, interrogé par l’AFP.

Autrement dit, en plus d’interpréter faussement une réponse de la Commission européenne, l’eurodéputé Gerald Hauser s’est appuyé sur une étude bancale pour affirmer que les éoliennes étaient nocives pour la santé et pour l’environnement.