Les panneaux solaires font-ils vraiment monter la température ?
Auteur : Antoine Mauvy, journaliste
Relectrice : Clara Robert-Motta, journaliste
Liens d’intérêts ou fonctions politiques déclarés des intervenants à l’article : aucun
Secrétariat de rédaction : Antoine Mauvy, journaliste
Source : Compte X, le 2 août 2026
Présenté comme une hypocrisie de la lutte contre le réchauffement climatique, le photovoltaïque est pointé du doigt pour la chaleur qu’il diffuse localement. Si les panneaux solaires peuvent en effet modifier localement la température de l’air, à la hausse comme à la baisse selon les conditions, leur empreinte carbone reste, sur l’ensemble de leur cycle de vie, très inférieure à celle des énergies fossiles.
Alors que l’été caniculaire a été l’occasion de faire le point sur le réchauffement climatique et la façon dont nos sociétés s’y adaptent, le photovoltaïque, source d’énergie dite propre, est revenu sur le devant de la scène.
Promu dans un objectif de décarbonation, le photovoltaïque aurait aussi ses torts, selon ses détracteurs. Parmi les critiques avancées : les panneaux solaires réchaufferaient l’atmosphère.
Une publication japonaise vue 3,6 millions de fois dénonce ainsi une température locale importante. « Les panneaux solaires sont un véritable enfer de chaleur. Je pense qu’ils contribuent indéniablement au réchauffement climatique. », assure l’internaute, qui partage une image infrarouge de panneaux solaires pour illustrer cette supposée arnaque.
Sur Facebook, certains relaient cette idée et la mettent en parallèle avec une « hypocrisie » de l’Agenda 2030 – le programme de l’ONU visant à atteindre 17 objectifs de développement durable d’ici 2030, dont le recours à des énergies plus respectueuses de l’environnement. Selon eux, les panneaux solaires seraient une fausse solution contre le « réchauffement climatique ».
« Ces projets […] augmentent la température de l’air à proximité des installations », indique une internaute. Cette hausse pourrait atteindre « cinq degrés », précise-t-elle.
La communauté internationale, loin d’avoir trouvé la solution miracle, aurait-elle donc fait fausse route en misant sur le photovoltaïque pour produire une énergie moins polluante ?
Les Surligneurs se sont penchés sur la question. Les effets thermiques locaux des panneaux solaires – réels – ne peuvent être appréhendés sans analyser l’impact global de cette source d’énergie sur le climat, à l’aune de la consommation mondiale. Deux échelles indispensables pour mesurer la contribution réelle du photovoltaïque au dérèglement climatique.
8,7 % du mix électrique mondial
Le photovoltaïque fait partie des énergies renouvelables dans lesquelles les États sont encouragés par l’ONU à investir afin de « garantir l’accès à une énergie propre et d’un coût abordable ». Selon une étude du think tank Ember publiée en avril 2026, ayant analysé 93 % de la demande électrique mondiale, le photovoltaïque représente 8,7 % du mix électrique en 2026. Il est en passe de dépasser le nucléaire. Cette croissance est notamment portée par la Chine, qui concentre 47 % des capacités solaires installées dans le monde, selon l’Energy Institute.
Si le bilan carbone global du photovoltaïque reste bien inférieur à celui des énergies fossiles, son impact sur la température à l’échelle locale n’est pas encore défini de manière définitive par les travaux scientifiques.
Les surfaces sombres réchauffent l’atmosphère
Les panneaux photovoltaïques sont des objets qui peuvent concentrer, et donc diffuser, beaucoup de chaleur. Pour le comprendre, il faut s’intéresser à la notion d’albédo. Ce terme désigne la capacité d’une surface à réfléchir les rayonnements solaires. Les surfaces sombres en renvoient peu et en absorbent davantage. Les surfaces claires, au contraire, réfléchissent une plus grande part des rayons. Plus l’absorption est importante, plus l’albédo est faible.
« le réchauffement induit par les panneaux photovoltaïques annulait totalement les bénéfices de l’ombrage »
En absorbant ces rayonnements, les surfaces sombres chauffent et diffusent donc de la chaleur. Les panneaux photovoltaïques, sombres, ont ainsi un albédo faible et peuvent contribuer à une hausse locale des températures. Mais cet effet dépend de nombreux paramètres.
La hausse de température pouvant atteindre 5 °C à proximité de panneaux installés sur des toitures urbaines, évoquée par l’internaute, a été observée dans une étude publiée en août 2025, dans laquelle les chercheurs ont quantifié « l’impact du photovoltaïque en toiture sur le microclimat lors de conditions de chaleur extrême ». Ils indiquent que les installations mesurées avaient « augmenté la température de l’air jusqu’à 5,2 °C » à proximité des panneaux, tout en réduisant la température du toit grâce à l’ombrage produit.
Au regard de la balance entre ces deux effets, les chercheurs concluent : « Des simulations énergétiques des espaces situés aux derniers étages [des immeubles] ont révélé que le réchauffement induit par les panneaux photovoltaïques annulait totalement les bénéfices de l’ombrage, entraînant une augmentation nette de 1,5 % [dans des bureaux] de la demande en énergie de refroidissement. »
Ainsi, « si les systèmes photovoltaïques en toiture améliorent la durabilité énergétique, ils peuvent compromettre la sécurité thermique lors de vagues de chaleur extrêmes ». C’est donc bien dans un contexte particulier – une vague de chaleur extrême – que les scientifiques ont effectué ces calculs et, malgré cette augmentation locale des températures, ils ne remettent pas en cause la « durabilité énergétique » de l’énergie photovoltaïque.
Des variations de température contrastées
Une autre étude, portant sur des installations au sol, conclut elle aussi à une hausse locale des températures. « Nos résultats montrent que les températures au-dessus d’une centrale PV [photovoltaïque, ndlr] étaient régulièrement supérieures de 3 à 4 °C à celles des zones naturelles la nuit », peut-on lire dans le résumé.
Malgré ces résultats concordants, une autre étude, publiée en septembre 2024 et menée à Calcutta, en Inde, aboutit à des résultats plus nuancés. À l’échelle de la ville, les chercheurs estiment que les panneaux solaires en toiture pourraient faire monter la température diurne « jusqu’à 1,5 °C » et, en parallèle, faire baisser la température nocturne « jusqu’à 0,6 °C ». Cette baisse de la température s’expliquerait notamment par la minceur des panneaux et leur faible inertie thermique. La chaleur accumulée pendant la journée est ainsi plus rapidement relâchée dans l’air qu’elle ne le serait par un toit nu, dépourvu de panneaux.
De la même façon, une étude plus ancienne, datant de 2013, suggère que des panneaux installés au niveau du sol peuvent réduire l’effet d’îlot de chaleur urbain. En effet, lorsqu’ils remplacent des surfaces sombres, comme le bitume, qui possèdent déjà un albédo faible, les panneaux solaires peuvent participer à la diminution de la chaleur.
Tous les panneaux ne se valent pas
Ainsi, des panneaux solaires performants, avec un rendement – la part de l’énergie solaire reçue qu’ils transforment en électricité – supérieur à 20 %, peuvent avoir un effet rafraîchissant. « Les panneaux photovoltaïques peuvent refroidir l’air », expliquent les chercheurs dans cette même étude. En effet, plus le rendement d’un panneau solaire est élevé, moins il reste théoriquement d’énergie à dissiper localement sous forme de chaleur. À l’inverse, les chercheurs soulignent que des panneaux avec un rendement très faible, inférieur à 20 %, peuvent contribuer au réchauffement de la ville.
Au-delà de la question de l’effet thermique des panneaux solaires à l’échelle locale – difficile à mesurer, car dépendant de multiples critères – , il convient de mettre ce phénomène en perspective avec les émissions de gaz à effet de serre évitées grâce à la production d’une électricité moins carbonée que celle issue des énergies fossiles.
Un bilan carbone largement positif
Selon l’ADEME, « le bilan environnemental du photovoltaïque est largement positif ». L’Agence estime le bilan carbone des modules récents entre 23 et 25 grammes d’équivalent CO2 par kilowattheure produit. De son côté, la Commission économique pour l’Europe des Nations unies (UNECE) avance une fourchette allant de 8 à 83 grammes.
« Il ne s’agit pas de considérer qu’une étude est correcte et l’autre incorrecte. Les différences entre leurs résultats découlent simplement des hypothèses retenues et des méthodes de calcul utilisées », explique Paula Pérez-López, enseignante-chercheuse au centre Observation, Impacts, Énergie de Mines Paris – Université PSL.
En effet, au-delà du bilan carbone, l’analyse du cycle de vie (ACV) – méthode utilisée par l’UNECE – permet d’avoir une approche plus globale en matière d’impact environnemental.
« Le bilan carbone est une méthode spécifiquement destinée à évaluer les émissions de gaz à effet de serre. L’analyse du cycle de vie couvre un périmètre plus large : elle mesure également les effets liés au changement climatique, mais aussi différentes formes de toxicité – marine, terrestre et humaine – ainsi que l’épuisement des ressources, entre autres », explique Paula Pérez-López.
« Installer un panneau à Paris, à Nice ou dans le sud de l’Espagne ne produit pas les mêmes résultats », illustre Paula Pérez-López
L’ACV d’un panneau solaire dépend ainsi des matières premières nécessaires à la technologie employée, mais aussi du lieu d’extraction, du transport, de l’installation ou encore de la durée d’utilisation des panneaux photovoltaïques.
« Un système photovoltaïque ne se limite pas toujours au panneau : il comprend parfois également un onduleur, qui convertit le courant continu en courant alternatif, des câbles et différents autres équipements. La fabrication de chacun de ces éléments nécessite des ressources et génère des émissions », ajoute la chercheuse. Tous ces facteurs sont intégrés au calcul via la méthode ACV.
Des énergies fossiles bien plus nocives
Par ailleurs, dans une région très ensoleillée, l’analyse du cycle de vie sera plus positive, car le panneau y produira davantage d’électricité. « Installer un panneau à Paris, à Nice ou dans le sud de l’Espagne ne produit pas les mêmes résultats », illustre Paula Pérez-López. Enfin, remplacer une forêt a davantage de conséquences environnementales qu’installer des panneaux en ville ou dans le désert. Le recyclage complète également le calcul de la méthode ACV.
Un outil interactif a d’ailleurs été développé par MINES-Paritech avec le soutien de l’ADEME afin de calculer l’impact carbone du photovoltaïque à partir de la méthode ACV.
À titre de comparaison, l’UNECE estime que le charbon émet au minimum 751 grammes d’équivalent CO2 par kilowattheure. Ainsi, quelle que soit l’estimation de l’impact carbone retenue, le photovoltaïque affiche un bilan carbone nettement plus favorable que les énergies fossiles.

Répondant à une demande en électricité en augmentation, le photovoltaïque participe donc à limiter la hausse des émissions de gaz à effet de serre dans le monde.
Une réduction de la température au niveau mondial
Une étude publiée en mars 2025 a estimé qu’un déploiement massif de panneaux photovoltaïques sur les toits pourrait éviter de 0,05 à 0,13 °C de réchauffement mondial d’ici 2050 grâce aux émissions de CO2 évitées – dans l’hypothèse où 30 % de la surface mondiale des toitures serait exploitée avec des panneaux d’un rendement de 20 %.
Cette estimation a toutefois été contestée en partie par une analyse publiée en octobre 2025. Les auteurs estiment que leurs confrères surestiment les émissions évitées, notamment parce qu’un déploiement massif du solaire en toiture peut se substituer à d’autres capacités renouvelables, et pas uniquement aux énergies fossiles. Dans leur étude, la prise en compte de ces effets réduit de 41 à 98 % les bénéfices climatiques estimés par la méthode de la première étude.
Malgré des études aux résultats encore contradictoires, la littérature scientifique admet donc globalement que, même si les panneaux solaires peuvent réchauffer localement l’air, leur effet sur le climat reste bénéfique à l’échelle planétaire, à l’aune de la consommation mondiale d’énergie. Si les panneaux solaires font monter la chaleur, c’est donc avec parcimonie.
