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Photo : Bastian Riccardi (Pexels)

Frappes sur des data centers en Russie : le soutien à l’AfD sur les réseaux sociaux a-t-il baissé de 56 % ?

Création : 20 octobre 2026

Autrice : Maylis Ygrand, journaliste

Relecteur : Nicolas Turcev, journaliste

Liens d’intérêts ou fonctions politiques déclarés des intervenants à l’article : aucun

Secrétariat de rédaction : Maylis Ygrand, journaliste

Source : Compte Facebook, le 12 octobre 2026

À la suite de frappes contre des centres de données en Russie, début octobre, des internautes affirment, graphique à l’appui, que le soutien au parti d’extrême droite allemand sur les réseaux sociaux aurait baissé de 56 %. Selon eux, cela s’expliquerait par la baisse d’activité des « bots russes ». Mais ce graphique n’est, en réalité, pas fiable.

Les bots russes seraient-ils le plus fervent soutien de l’AfD, parti d’extrême droite allemand ? Entre les jeudi 8 et dimanche 11 octobre, trois centres de données de Yandex – l’entreprise russe qui édite le moteur de recherche éponyme – ont été touchés par des frappes ukrainiennes. Depuis, de nombreux internautes affirment que l’activité des bots de désinformation du Kremlin – des robots sur Internet qui se font passer pour des humains dans le but de désinformer – aurait chuté et qu’on en observerait déjà les effets.

« Le soutien à l’AfD [le parti d’extrême droite allemand Alternative pour l’Allemagne, ndlr] sur les réseaux sociaux a baissé de 56 % », soutient un internaute. D’autres en fournissent la prétendue preuve : un graphique, intitulé « activité quotidienne sur 3 mois [du soutien à l’AfD sur les réseaux sociaux] », sur lequel une courbe linéaire chute brutalement. Au point le plus bas, un encart affiche « -56 % ».

Partagé par l’eurodéputé tchèque Tomáš Zdechovský, ce graphique est devenu viral sur les réseaux sociaux. Il est utilisé comme la preuve d’une supposée diminution des contenus en soutien à l’AfD après les frappes sur les infrastructures de Yandex. Y compris par les médias reconnus. Un article du Parisien, publié le 12 octobre dernier, se réfère toujours au post X de l’eurodéputé pour affirmer que les activités de bots qui soutenaient l’AfD ont chuté. Et ce, alors même que l’élu tchèque avait indiqué que les indications contenues dans le graphique devaient être « confirmées ».

Et pour cause. Le graphique ainsi que la rumeur qui l’accompagne ont depuis fait l’objet de nombreux débunks de la part de médias français (ici ou là) comme étrangers (ici ou là). Et tous arrivent à une même conclusion : le schéma n’est pas fiable et ne permet pas de prouver une quelconque baisse des contenus soutenant l’AfD sur les réseaux sociaux à la suite des frappes sur les data centers russes.

Incohérences et absence de source

Le graphique présente de nombreuses anomalies, comme ont pu le constater plusieurs médias avant Les Surligneurs (comme ici ou là).

Tout d’abord, grâce à une recherche d’image inversée, Les Surligneurs ont pu constater qu’il circulait au moins depuis le 11 octobre. Or, sur celui-ci, la courbe se prolonge jusqu’au 15 octobre, soit au moins quatre jours après sa diffusion. Autrement dit : le graphique se baserait sur de futures données, qui n’existaient pas lorsqu’il a été publié.

Autre incohérence constatée : sur l’axe des abscisses – celui qui est horizontal –, les distances entre les gradations de temps sont inégales.

En outre, hormis les dires des internautes, il n’est précisé nulle part que cette « activité quotidienne sur 3 mois » représentée sur le graphique ait un quelconque lien avec le soutien sur les réseaux sociaux de l’AfD - elle est seulement inférée par les commentaires qui accompagnent le schéma.

Une possible origine artificielle

Aucune indication ne permet d’identifier la source de ce tableau ni les données et la méthodologie sur lesquelles il s’appuie. Et pour cause, il a certainement été généré au moyen d’une intelligence artificielle.

Nos confrères de Libération et TF1 en sont arrivés à cette conclusion après être remontés jusqu’aux premières occurrences présumées du graphique. Dans ces publications – depuis supprimées –, il était précisé que le tableau était d’origine artificielle.

Or, hormis ce graphique, Les Surligneurs n’ont trouvé aucun élément qui permettrait d’affirmer que le soutien à l’AfD sur les réseaux sociaux aurait baissé de 56 %.

Cette infox a pu surfer sur la mécompréhension d’un autre graphique qui a circulé sur les réseaux sociaux au moment des frappes ukrainiennes. Celui-ci, issu des données de Cloudflare Radar, montre un effondrement de l’activité des bots du réseau Yandex. Or, comme l’ont expliqué de nombreux experts à nos confrères (comme ici ou là), les « bots » ne désignent pas forcément les robots de propagande mais peuvent également faire référence à ceux qui sillonnent le web afin d’indexer le contenu publié sur la toile et ainsi alimenter le moteur.

Il n’existe pour l’heure aucun élément qui permette de prouver une chute de l’activité des bots de désinformation du Kremlin à la suite des frappes ukrainiennes.