Présidentielle : Glucksmann, Philippe et Attal visés par des campagnes d’ingérence russes
Auteur : Clément François, journaliste
Relectrice : Clara Robert-Motta, journaliste
Liens d’intérêts ou fonctions politiques déclarés des intervenants à l’article : aucun
Secrétariat de rédaction : Clément François, journaliste
Source : Compte X, 30 juillet 2026
Trois candidats, déclarés ou pressentis, à la présidentielle ont été visés ces derniers jours par des tentatives d’ingérence russes liées au mode opératoire Storm-1516. Des faux contenus publiés sont X usurpant l’identité visuelle de médias ont été repérés par Viginum.
Gabriel Attal atteint de la maladie de Parkinson et à la tête d’un « empire de la drogue » ? C’est ce qu’à tenté de faire croire une campagne de désinformation en ligne visant le candidat à la présidentielle ces derniers jours. Selon son entourage, interrogé par l’AFP, c’est le Secrétariat général à la défense et à la Sécurité nationale (SGDSN), et plus particulièrement la cellule spécialiste des ingérences étrangères, Viginum, qui a détecté, ces tentatives, dont la piste remonte jusqu’en Russie.
Ces attaques interviennent quelques jours après celles qui ont visé ses opposants politiques, Raphaël Glucksmann et Edouard Philippe. Ces campagnes lancées en grande majorité sur le réseau social, X, usurpent l’identité de médias français comme BFM TV, RFI ou Le Parisien pour faire passer des histoires embarrassantes… et fausses.
Une campagne peu crédible
Les candidats, déjà déclarés ou largement pressentis, à l’élection présidentielle de 2027 ont été touchés par plusieurs histoires différentes entre le 22 juillet et le 4 août, que Viginum confirme aux Surligneurs.
Pour les trois politiques, le procédé était le même : de faux reportages usurpant l’identité de plusieurs médias, dont BFM TV pour Edouard Philippe, Blast pour Raphaël Glucksmann, et plusieurs unes de journaux pour Gabriel Attal.
À chaque fois, un narratif différent a pour but de desservir le candidat à la présidentielle : Edouard Philippe serait atteint de démence, Léa Salamé tenterait de « soudoyer les médias » pour faire élire son compagnon Raphaël Glucksmann, et Gabriel Attal serait à la tête d’un empire de la drogue légué par son père.
Certains narratifs allant même jusqu’à usurper l’identité de personnalités médiatiques comme Edwy Plenel, fondateur de Mediapart, incarné par une grossière voix générée par intelligence artificielle, et qui assure avoir reçu un mail de Léa Salamé, qu’il accuse de « propagande rémunérée ». L’image de Salomé Saqué et Christophe David, journalistes de Blast, est aussi utilisée pour parfaire l’illusion.
Storm-1516, un mode opératoire russe
Viginum impute chacun de ces exemples au mode opératoire Storm-1516, faisant de la Russie la responsable probable de ces attaques.
Le principe est simple : ces contenus sont d’abord publiés sur des comptes « jetables », qui vont être rapidement repérés et supprimés par les services de modération. Les fausses informations vont être entre-temps reprises par des sites d’actualité tiers, peu fiables, mais dont les articles vont être cités sur les réseaux sociaux par des internautes malhonnêtes ou simplement inattentifs.
Les Surligneurs ont eu affaire à ce mode opératoire à de multiples reprises. Très récemment, Viginum l’avait identifié derrière une vidéo où trois hommes se présentant comme des soldats du Hezbollah menaçaient de commettre des actes terroristes à Paris le 14 juillet. Quelques mois plus tôt, un faux site de la même galaxie avait tenté de lier Emmanuel Macron aux révélations de l’affaire Epstein.
Soutien politique unanime
En réponse à ces dernières attaques, Jean-Luc Mélenchon, autre candidat à la présidentielle, a appelé à la création d’un « Front Commun des candidats contre les ingérences déstabilisant la campagne présidentielle ». Il a notamment rappelé que la France insoumise avait été visée lors des dernières municipales par une ingérence étrangère visant plusieurs de ses candidats, dont Sébastien Delogu et François Piquemal.
Libération, en partenariat avec le quotidien israélien Haaretz, était parvenu à remonter à la source de cette campagne de désinformation : l’entité israélienne BlackCore, spécialiste des campagnes d’influence en ligne.
À huit mois de l’élection présidentielle et face à la multiplication de ces attaques, le Premier ministre Sébastien Lecornu se félicite de la mise en place d’un « dispositif de détection » et de transmission automatique de ces cas d’ingérence en ligne, ayant permis de repérer facilement les trois dernières campagnes. Il assure qu’un projet de loi a déjà été présenté en Conseil des ministres pour endiguer ce phénomène, et que Matignon relancera dès la rentrée ce travail « avec l’ensemble des formations politiques ».
