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Bally Bagayoko, maire de Saint-Denis, lors du conseil municipal du 24 septembre 2026. Photo : Capture Ecran Synople.tv

Abstention sur un vœu contre l’excision : ce que les attaques contre Bally Bagayoko occultent

Création : 20 octobre 2026

Autrice : Delphine Schiltz, journaliste

Relecteur : Maylis Ygrand, journaliste

Liens d’intérêts ou fonctions politiques déclarés des intervenants à l’article : aucun

Secrétariat de rédaction : Delphine Schiltz, journaliste

Source : Compte Facebook, le 10 octobre 2026

Le maire LFI de Saint-Denis, Bally Bagayoko, fait face à une vague d’attaques depuis son abstention sur un vœu municipal de lutte contre l’excision. Une polémique qui occulte le contexte du vote : la majorité municipale soutenait le volet local du texte, mais s’opposait à sa référence à la proposition de loi VSS encore en discussion à l’Assemblée. L’abstention de la majorité n’a d’ailleurs pas empêché l’adoption du vœu.

On le traite de « pervers », de « barbare », de « traître », on lui souhaite « la prison »… Depuis qu’il s’est abstenu de voter un vœu pour la protection des filles et des femmes contre l’excision lors d’un conseil municipal, Bally Bagayoko fait l’objet d’attaques et d’injures particulièrement virulentes.

Plusieurs publications circulant en ligne ont soufflé sur les braises de cette polémique alimentée par des médias d’extrême droite. Sur les réseaux sociaux, le maire La France insoumise (LFI) de Saint-Denis est accusé de clientélisme politique à l’égard de la communauté musulmane (comme ici, par exemple), voire de consentir intimement à cette pratique mutilante, dévastatrice pour la santé des femmes et des filles.

Bally Bagayoko serait « discrètement favorable à cette horreur qu’est l’excision » ; son abstention lors du vote équivaudrait à « l’acquiescement de cette pratique barbare et mutilante d’un autre temps », écrivent des internautes.

Or, ces accusations ignorent tout à la fois le contexte du vote, la portée du vote abstentionniste en démocratie locale et les prises de position publiques de l’édile insoumis.

L’analyse des débats révèle que le désaccord ayant conduit le maire à s’abstenir porte sur une loi nationale en cours d’adoption et non sur la lutte contre l’excision à Saint-Denis, comme le décryptent nos confrères de 20 minutes.

Un vœu à enjeu double

Reprenons depuis le début. Le 24 septembre 2026, le conseil municipal de Saint-Denis débat d’un vœu sur la lutte contre l’excision déposé par l’opposition. Pour rappel, un vœu consiste en l’expression d’une prise de position sur des sujets intéressant la vie locale, indique le Code général des collectivités territoriales. Il est dénué de portée juridique.

En France, les estimations officielles recensent près de 139 000 femmes vivant avec les séquelles d’une excision. « Cette réalité se constate à la maternité du centre hospitalier de Saint-Denis-de-la-Fontaine où 13% des femmes prêtes à accoucher sont excisées », a détaillé Marguerite Mboulé, conseillère municipale du groupe d’opposition Socialistes, Écologistes et Citoyens, à l’origine de la proposition.

Intitulé « Vœu pour la protection des filles et des femmes contre l’excision et les mutilations sexuelles féminines et pour l’adoption de la loi intégrale VSS « , le vœu soumis à délibération mêlait deux niveaux : l’un local, l’autre national. Il appelait également à soutenir la proposition de loi intégrale contre les violences sexistes et sexuelles faites aux femmes et aux enfants, alors examinée au Parlement.

« Il y a des articles spécifiquement dans cette loi qui portent sur le sujet de l’excision », a justifié l’élue socialiste d’opposition Katy Bontinck.

Une abstention sans incidence

Lors du conseil, la majorité a soutenu le volet du vœu consacré à la lutte contre l’excision. Ce n’est pas le maire, Bally Bagayoko, mais sa première adjointe, Cécile Gintrac, qui s’est d’abord exprimée : « Les groupes de la majorité vous remercient pour cette proposition de vœu et le soutient. »

En revanche, elle a demandé le retrait des mentions soutenant la proposition de loi VSS. Motif : le texte, encore appelé à de nombreux amendements à l’Assemblée nationale, n’était pas définitif et ne comportait pas, selon LFI, de garanties suffisantes sur le budget et l’accompagnement des victimes.

Bally Bagayoko est également intervenu pour soutenir cette reformulation : « La raison doit l’emporter. Je pense qu’il est sage de modifier le dernier point [du vœu] puisque cette loi est encore en discussion […] et qu’il y a un désaccord sur l’intégration des amendements. »

L’opposition a refusé de modifier l’intitulé du vœu. En l’absence de consensus, la majorité s’est abstenue. Huit voix pour, 44 abstentions, dont celle de Bally Bagayoko, ce qui a permis in fine son adoption.

Les règles fixées par l’article L. 2121-20 du code général des collectivités territoriales prévoient en effet que « seuls sont comptabilisés les suffrages « pour » ou « contre » qui permettent de dégager une majorité. […] Les abstentions ou refus de vote sont sans incidence sur l’adoption de la délibération, dès lors que le nombre de votants est suffisant pour que la majorité absolue des suffrages exprimés, soit plus de la moitié, puisse être acquise ».

“Je continue de m’opposer fermement à l’excision”

Pour éteindre la polémique, Bally Bagayoko s’est exprimé une première fois le 9 octobre sur son compte X : « Les élus de l’opposition encore présents (la plupart ayant quitté l’assemblée avant la fin du conseil) ont refusé de donner suite à ces légères modifications qui auraient pu permettre d’aboutir à un vœu voté à l’unanimité », a-t-il écrit.

Une seconde fois, lors d’un live sur les réseaux sociaux, le 14 octobre 2026 : « Je n’ai pas attendu le Parti socialiste pour m’opposer à l’excision et je continue de m’opposer fermement à l’excision […]. Notre majorité s’est abstenue justement pour laisser le soin au vœu, dans son volet lutte contre l’excision, d’exister », s’est défendu le maire insoumis.