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Un sapin de Noël géant a été installé sur la place Kléber, à Strasbourg, le 26 octobre 2026. Photo : ROMEO BOETZLE / AFP

LFI veut-elle mettre le feu au sapin de Noël de Strasbourg ?

Création : 5 novembre 2026

Autrice : Delphine Schiltz, journaliste

Relectrice : Maylis Ygrand, journaliste

Liens d’intérêts ou fonctions politiques déclarés des intervenants à l’article : aucun

Secrétariat de rédaction : Delphine Schiltz, journaliste

Source : Compte Facebook, le 1er novembre 2026

Des internautes accusent une prétendue militante de La France insoumise, « Alison Dumas », de vouloir brûler l’arbre géant installé place Kléber. Cette rumeur infondée s’appuie sur un photomontage diffusé dans des groupes d’extrême droite, dans le contexte des mobilisations sociales de cette fin d’année.

Une épineuse rumeur ! Des internautes affirment qu’une menace d’incendie plane sur l’emblématique sapin du marché de Noël de Strasbourg. Image à l’appui, ils accusent une certaine Alison Dumas, « militante LFI d’extrême gauche », de vouloir brûler le colosse de 30 mètres, installé place Kléber depuis le 26 octobre 2026.

L’image publiée contient le visage d’une femme présentée dans un bandeau comme militante La France insoumise (LFI). Le fond violet imite l’identité visuelle du mouvement. En bas de l’image, cette déclaration : « La militante LFI d’extrême gauche souhaite brûler le sapin de Noël de Strasbourg, ce qui va à l’encontre de la laïcité. »

Or, cette rumeur ne repose sur aucune déclaration officielle ni aucun fait vérifié, mais sur un photomontage et une identité a priori fabriquée.

Un fantôme et un photomontage 

Nous n’avons pas trouvé de trace en ligne d’une « militante LFI » nommée Alison Dumas : la recherche par mots-clés n’est pas concluante. Des profils homonymiques ressortent, sans aucun lien apparent avec le mouvement politique du leader insoumis, Jean-Luc Mélenchon. Les Surligneurs n’ont pas eu plus de succès avec l’onglet « Actualités » du moteur de recherche qui sonde, lui, les archives de la presse. Aucun titre local ou national ne documente l’existence d’une militante LFI prénommée Alison Dumas.

Échec également de la recherche d’image inversée sur Internet : elle ne débouche sur aucune correspondance avec un visage existant. Du côté du site militant Action populaire, réseau social qui répertorie les groupes d’action du mouvement de Jean-Luc Mélenchon, Les Surligneurs n’ont trouvé aucun « match » passé ou récent avec Alison Dumas.

Cette militante n’apparaît pas non plus sur Candidator, application qui aide les électeurs à choisir leur candidat ou leur liste lors des élections en France.

Aucune déclaration enfin ne permet d’étayer la thèse selon laquelle une quelconque personnalité La France insoumise souhaiterait incendier le sapin de Strasbourg. Il existe pourtant des traces de prises de position publiques d’Insoumis sur la thématique de Noël : le débat sur la gratuité des marchés de Noël alsaciens en 2025, par exemple. Rien sur une volonté incendiaire.

La figure d’Alison Dumas, et les propos qui lui sont prêtés, semblent avoir été créés de toutes pièces à des fins polémiques ou satiriques. Le format du post va dans ce sens. Un photomontage aux couleurs criardes – violet, orange, rouge – rassemblant dans une même image le logo de la France insoumise, un sapin barré d’une croix rouge, doublé d’un pictogramme représentant un arbre en proie aux flammes.

« Combattre LFI »

Difficile de retracer la première occurrence de cette image, qui apparaît sur plusieurs comptes d’extrême droite à quelques heures d’intervalle. Les Surligneurs ont repéré une première apparition du photomontage dans le groupe Facebook « Sarah Knafo présidente 2027 », puis dans un autre nommé « Combattre LFI ».

La rumeur, elle, survient dans le contexte du mouvement social de cette rentrée et des violences urbaines qui ont eu lieu à sa marge. Le 17 octobre, à Strasbourg, près de 15 000 personnes s’étaient rassemblées place Kléber, à l’endroit où trône désormais le sapin, avant de s’élancer dans les rues de Strasbourg. Les manifestants avaient défilé dans le calme. Ce n’est qu’en fin de journée que des débordements avaient éclaté. Des vitrines avaient été brisées et des magasins pillés à proximité immédiate de la place.

L’installation de l’arbre de Noël le 26 octobre 2026 a coïncidé avec la tenue d’une nouvelle manifestation, le 31 octobre, ce qui a pu alimenter la rumeur.

Des reportages mentionnant des craintes d’incendie

Des citoyens interrogés par des médias ont exprimé des craintes de potentielles dégradations. Dans un reportage du 26 octobre 2026, les Dernières Nouvelles d’Alsace donnent la parole à un quinquagénaire qui craint que « dans le contexte actuel, le sapin reste une cible potentielle. [Des manifestants] pourraient l’asperger d’essence ».

« J’espère qu’ils ne mettront pas le feu au sapin », a déclaré Anne, une retraitée venue admirer l’installation du sapin, interrogée par l’AFP. Cette unique citation figure dans un article de CNews et un autre du Figaro dont les titres évoquent une « menace » pouvant peser sur le célèbre sapin de Noël de la place Kléber. Pourtant, les articles n’étayent pas ce prétendu risque : aucune source n’atteste d’un tel danger.

Se voulant rassurant, Mathieu Cahn, premier adjoint à la mairie de Strasbourg, a au contraire déclaré à l’AFP : « On sait qu’on est dans une période de mouvements sociaux. Mais je crois que le grand sapin de Noël à Strasbourg, c’est d’abord un emblème de joie et de bonheur. Je ne vois pas très bien pourquoi il serait une cible ». Avant d’ajouter : « Comme tous les bâtiments et équipements publics, dans la période qui s’ouvre, on le protègera et on y sera attentif ». 

Contactées sur le dispositif de sécurité autour du sapin et sur l’existence de menaces avérées le concernant, la Ville de Strasbourg et la préfecture du Bas-Rhin n’ont pas répondu aux sollicitations des Surligneurs, au moment où paraît notre article.

Notons que la sécurisation du marché de Noël de Strasbourg fait l’objet d’un dispositif annuel. Celui de l’édition 2026 sera dévoilé à la mi-novembre, indique le service presse de la municipalité. À ce stade, il est impossible d’affirmer que la sécurité a été renforcée aux abords de l’arbre cette année en raison du contexte social.

L’imposant conifère a cependant déjà été ciblé pour porter des revendications. En 2023, des militants du collectif écologiste Dernière Rénovation l’avaient aspergé de peinture orange, au premier jour de la COP 28, faisant « peu de dégâts », rapportait à l’époque BFM Alsace.