Contraceptifs au désogestrel : quel est le risque de développer un méningiome ?
Autrice : Maylis Ygrand, journaliste
Relectrice : Clara Robert-Motta, journaliste
Liens d’intérêts ou fonctions politiques déclarés des intervenants à l’article : aucun
Secrétariat de rédaction : Maylis Ygrand, journaliste
Source : Compte TikTok, le 14 septembre 2026
Depuis l’annonce de l’ANSM d’une augmentation du risque de méningiome chez les femmes utilisant des contraceptifs au désogestrel, des internautes s’inquiètent de développer « une tumeur au cerveau » à cause de leur contraception. Ce risque est, en réalité, jugé « très faible » et les méningiomes sont le plus souvent bénins.
De quoi s’inquiéter ? Le 10 septembre, l’agence nationale de sécurité du médicament et de produits de santé (ANSM) a annoncé que 1,6 million de femmes allaient recevoir un courrier nominatif pour les prévenir de l’augmentation d’un risque de méningiome en raison de l’utilisation de leur contraceptif au désogestrel.
Depuis, de nombreuses internautes s’inquiètent sur les réseaux sociaux de leur contraception. Certaines appellent même à l’arrêter immédiatement. « Ne la prends plus, vraiment ! », s’exclame une internaute.
S’il existe un risque de développer un méningiome à cause de ces contraceptifs, celui-ci est jugé par l’ANSM comme « très faible » et les méningiomes sont le plus souvent bénins.
Des tumeurs hormonosensibles
Pour mieux comprendre, reprenons quelques bases. Un méningiome est une tumeur qui se développe à partir des méninges – soit des tissus corporels qui ont augmenté de volume sur la partie qui enveloppe le cerveau. Dans la population générale, neuf à dix cas de méningiomes pour 100 000 patients sont observés chaque année, comme le précise l’ANSM.
Ces tumeurs sont ce qu’on appelle « hormonosensibles ». Concrètement, « certaines hormones peuvent les stimuler et donc favoriser leur croissance », explique Anna Gosset, gynécologue médicale au CHU de Toulouse. La progestérone, une des hormones qui régule le cycle menstruel et qui est naturellement présente dans le corps, est l’une de ces hormones qui peuvent avoir un impact important sur ce type de tumeur. Jusqu’à « 80 % des méningiomes seraient sensibles à la progestérone », détaille Sophie Gaudu, gynécologue-obstétricienne à l’hôpital Bicêtre.
Or, le désogestrel qui est aujourd’hui mis en lumière pour sa présence dans certaines pilules contraceptives est une « progestérone de synthèse ».
Un risque qui régresse à l’arrêt du traitement
En s’appuyant sur une étude de 2024 menée par EPI-PHARE, l’ANSM indique qu’avec l’utilisation de contraceptifs à base de désogestrel (utilisé dans certaines pilules) ou d’étonogestrel (utilisé dans des implants contraceptifs et des anneaux vaginaux), « un cas supplémentaire de méningiome surviendrait pour un peu plus de 67 000 femmes qui utilisent ces médicaments ». Dans l’organisme, le désogestrel est transformé en étonogestrel.
Ce risque de développer un méningiome évolue ensuite en fonction de la durée d’utilisation de ces contraceptions et de l’âge de la patiente. Il est ainsi multiplié par 1,7 à partir de cinq ans d’utilisation et de 2 au-delà de sept ans, pour les femmes de moins de 45 ans. Passé cet âge, le risque apparaît dès la première année d’utilisation.
Néanmoins, ce risque est loin d’être définitif et « régresse à l’arrêt du traitement », rassure Sophie Gaudu. Un an après l’arrêt du contraceptif en question, ce risque supplémentaire s’annule, précise l’ANSM.
Des tumeurs le plus souvent bénignes
Au vu de ces chiffres, l’agence juge donc le risque de développer un méningiome en raison de cette contraception comme « très faible ».
De plus, ces tumeurs sont dans la très grande majorité des cas « bénignes », précisent les différentes gynécologues contactées par Les Surligneurs. Concrètement, selon le site de l’Assurance maladie, les méningiomes sont classés en trois grades. Dans 90 % des cas, les méningiomes sont considérés comme « bénins ». 9 % des méningiomes sont notés comme « agressifs » car ils ont tendance à récidiver. Enfin, dans moins de 1 % des cas, ces tumeurs sont malignes, soit cancéreuses. Ainsi, « on peut potentiellement avoir un méningiome dans le cerveau et ça ne cause aucun problème (il peut rester stable sans aucune conséquence clinique) », indique Anna Gosset.
Néanmoins, certaines tumeurs même bénignes peuvent nécessiter une opération chirurgicale. En effet, « les méningiomes peuvent être de gros volume et appuyer sur certaines zones du cerveau », explique Céline Chauleur, cheffe de service de gynécologie-obstétrique au CHU de Saint-Étienne.
Une balance bénéfice-risque
Certains symptômes neurologiques sont donc à surveiller pour prévenir que ce type de méningiome n’ait trop de conséquences sur la santé, comme « des maux de tête inhabituels qui persistent » ou encore « des troubles visuels », précise Céline Chauleur. Les méningiomes pouvant appuyer sur des zones diverses du cerveau, les symptômes – que l’ANSM a en partie listé ici – peuvent être différents en fonction de la zone dans laquelle ils se situent.
Mais, sans ces signaux, « ce n’est pas forcément la peine de voir son médecin en urgence », prévient Anna Gosset, avant de conseiller d’attendre le prochain rendez-vous pour faire le point sur son contraceptif.
Lors de celui-ci, ce sera l’occasion d’échanger à nouveau sur la balance bénéfice-risque de sa contraception. En l’occurrence, « les molécules [présentes dans les contraceptions hormonales] sont indispensables pour gérer des règles abondantes ou douloureuses », expose Anne Gosset. Et, à la différence des pilules à l’œstrogène, celles à base de désogestrel n’entraînent aucun risque cardiovasculaire. Elles sont donc souvent prescrites à des femmes présentant des facteurs de risques en la matière, comme les personnes ayant du « diabète » ou « qui approchent des 40-50 ans », cite Anna Gosset.
Ainsi, une même contraception ne va pas forcément convenir à une femme toute sa vie. En attendant le prochain rendez-vous médical pour échanger sur la question, les différentes gynécologues contactées par Les Surligneurs alertent sur le fait qu’un arrêt brutal de sa contraception pourrait entraîner une grossesse non désirée.
