Mouvement social : plusieurs églises ont-elles été incendiées depuis le 17 octobre ?
Auteur : Nicolas Kirilowitz, journaliste
Relecteur : Nicolas Turcev, journaliste
Liens d’intérêts ou fonctions politiques déclarés des intervenants à l’article : aucun
Secrétariat de rédaction : Nicolas Turcev, journaliste
Source : Compte Facebook, le 25 octobre
L’information selon laquelle plusieurs églises auraient été incendiées en l’espace d’une journée en France à été démentie par plusieurs sources auprès des Surligneurs. Une vidéo censée étayer ces affirmations montre un feu de poubelles, et non l’incendie d’une église.
Des flammes et de la fumée noire. Les images d’incendies inondent les médias et Internet depuis les tensions survenues lors des manifestations du 17 octobre dernier. De la mairie de Limoges au mobilier urbain, les séquences ne manquent pas.
D’après certains internautes, même les églises seraient concernées. Au moins « cinq » d’entre elles auraient été visées par des incendiaires depuis le 17 octobre et ce, en une seule journée, peut-on lire sur les réseaux sociaux, notamment sur le compte X du podcasteur états-unien islamophobe Alex Jones.
Les auteurs de ces publications diffusent, à l’appui de leur propos, une vidéo dans laquelle on aperçoit plusieurs personnes réunies à proximité d’un brasier, dans une rue non identifiée. Une altercation verbale se déroule entre une femme et des jeunes présents sur les lieux. Les publications indiquent que cette séquence montrerait des « gauchistes » suppliant « les musulmans » de stopper le feu, car « il y a des gens dans le bâtiment » – supposément une église, à en croire la description.
Des images qui ont suscité de vives réactions en commentaire. « Guerre civile en France bientôt », prédit un internaute. « Ils nous déclarent la guerre », affirme un autre. Des messages à la tonalité inquiétante qui ne sont pourtant pas justifiés par les faits.
Une ou plusieurs poubelles en feu
Grâce à une recherche par image inversée, Les Surligneurs ont pu retrouver l’origine de cette séquence. Elle a été publiée par un compte Instagram, medavprod, et a été relayée notamment par le compte de création de contenus Legend.
« Une femme a grondé des jeunes manifestants, ce samedi à Lyon, qui avaient incendié une poubelle près d’un immeuble », peut-on lire en description de la publication.
CNews a diffusé pour sa part la même scène, mais sous un angle différent. On y voit la même personne alpaguer les possibles auteurs de l’incendie. « Une passante interpelle des casseurs ayant mis le feu à des poubelles près d’un immeuble », décrit CNews.
La rédaction de France 24 a réussi quant à elle, grâce au service Google Street View, à géolocaliser les lieux de la scène : 21 rue d’Anvers, à Lyon. Comme sur la vidéo diffusée sur les réseaux sociaux, un panneau bleu avec le numéro 21 est visible derrière la personne en train de s’adresser aux autres protagonistes de la scène.
Or, aucune église ne se trouve à proximité de cette adresse. Et aucun élément ne permet, à ce jour, d’affirmer que des lieux de culte chrétiens ont été visés par des incendiaires depuis le 17 octobre.
Des dégradations d’églises constatées
« Si cinq églises avaient été incendiées le même jour, nous en aurions été informés », nous assure Mathieu Lours, le président du comité scientifique de l’Observatoire du patrimoine religieux (OPR), une association qui, d’après ses statuts, « a pour but de réunir tous les éléments d’information sur le patrimoine religieux interconfessionnel, public ou privé, situé en France, et de le faire connaître pour contribuer à sa mise en valeur et à sa conservation ».
De fait, malgré nos recherches, nous n’avons pas été en mesure de trouver un article de presse évoquant des faits dans le même ordre de grandeur que ceux avancés par les internautes.
« Cette allégation qui circule, est à ma connaissance, totalement erronée et ce n’est malheureusement pas la première fois que des conspirationnistes anti-immigration, ou islamophobes se manifestent ainsi », commente Jeanne Villeneuve, rédactrice en chef de la revue Narthex, éditée par la Conférence des évêques de France et spécialisée dans le patrimoine religieux.
« Cependant, précise la journaliste, l’église Saint Médard à Fenouillet a brulé pendant la période des tumultes [le 20 octobre, soit trois jours après le pic du mouvement de contestation, ndlr] mais on ne connait pas la cause de l’incendie ». Un fait également rapporté par l’OPR auprès de nos confrères de France 24.
Dans un communiqué de presse publié sur Facebook, le 21 octobre, la mairie de Fenouillet indiquait qu’« à ce stade, la municipalité ne dispose d’aucun élément permettant de se prononcer sur l’origine de l’incendie. » Depuis, aucune communication n’a été faite sur le même canal par la collectivité.
Le 21 octobre également, l’OPR exprimait dans un autre communiqué son inquiétude « sur la recrudescence des dégradations et des vols » qui affectaient les édifices cultuels. L’association rapportait une série de faits liés, dit-elle, aux « récents épisodes de violences urbaines », sans jamais évoquer un incendie ni attribuer une quelconque appartenance religieuse aux responsables de ces actes.
