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Image d'illustration. Photo : New York National Guard. CC BY ND 2.0

L’Allemagne n’aidera pas l’Ukraine à « capturer » des jeunes hommes mobilisables

Création : 28 avril 2026

Auteur : Nicolas Kirilowits, journaliste

Relectrice : Clara Robert-Motta, journaliste

Liens d’intérêts ou fonctions politiques déclarés des intervenants à l’article : aucun

Secrétariat de rédaction : Clara Robert-Motta, journaliste

Source : Compte Facebook, le 15 avril 2026

Le partenariat signé entre les deux pays le 14 avril 2026 évoque une collaboration pour réduire l’émigration de jeunes Ukrainiens en âge de combattre en Allemagne. Il n’est jamais fait en revanche mention de « capture » ou de contrainte comme affirmé sur les réseaux sociaux.  

L’Allemagne est de loin le pays européen le plus accueillant envers les Ukrainiens qui fuient la guerre depuis le début de l’offensive lancée par la Russie en 2022. Selon Eurostat, l’organisme européen des statistiques, plus de 1,2 million d’Ukrainiens résident en Allemagne grâce au mécanisme de protection temporaire mise en place par l’Union européenne au début du conflit.

Cette solidarité entre les deux pays pourrait-elle conduire l’Allemagne à aider l’Ukraine à recruter de nouveaux soldats pour soutenir son armée et faire face à l’invasion russe ? C’est ce qu’affirment plusieurs publications sur les réseaux sociaux.

« L’Allemagne aidera l’Ukraine à capturer les hommes en âge de combattre », assurent-elles en se basant sur des déclarations de Volodymyr Zelensky et Friedrich Merz lors de la conclusion d’un partenariat entre les deux pays le 14 avril. 

Le mot « capturer » interpelle et renvoie aux méthodes musclées et controversées des services de recrutement ukrainiens pour répondre à ses besoins d’hommes, maintes fois documentées  comme ici, ou encore

Si les accords signés entre les deux pays le 14 avril 2026 promeuvent une réduction de l’émigration des Ukrainiens en âge de combattre, ils n’engagent pas l’Allemagne à recourir à ces méthodes.

Des accords bilatéraux, mais pas de « captures » 

Ce 14 avril 2026, les deux pays ont donc signé une déclaration de partenariat stratégique, ainsi que neuf documents bilatéraux sur des domaines clés de coopération, à l’occasion du déplacement d’une délégation ukrainienne menée par Volodymyr Zelensky.

La déclaration conjointe disponible en anglais stipule bien à son point trois une coopération concernant « le retour des citoyens ukrainiens d’Allemagne vers l’Ukraine », mais « conformément au cadre légal », est-il précisé. 

Or, comme l’a confirmé aux Surligneurs, Kateryna Odarchenko, consultante internationale spécialiste de l’Ukraine pour le cabinet américain SIC Group, « d’un point de vue juridique et en matière de droits humains, toute coopération ciblant ces personnes soulèverait de sérieuses questions ».

« L’Allemagne accorde des permis de séjour aux réfugiés ukrainiens au titre de la directive européenne relative au régime de protection temporaire. Il est faux d’affirmer que l’Allemagne envisage d’arrêter ou d’expulser des hommes ukrainiens en âge de porter les armes », assure un porte-parole du gouvernement fédéral allemand aux Surligneurs.

Le sujet a été également abordé lors de la conférence de presse qui a suivi la rencontre entre les deux dirigeants. 

Selon la transcription proposée par le gouvernement fédéral allemand sur son site Internet, le Chancelier a notamment réaffirmé son « soutien aux efforts de l’Ukraine pour réduire le nombre de départs de jeunes hommes ukrainiens en âge de porter les armes.  Ceci est indispensable pour garantir la capacité de défense, la cohésion sociale et la reconstruction de l’Ukraine. Des progrès rapides et concrets sont nécessaires, dans l’intérêt des deux parties. »

Un sujet que Friedrich Merz avait déjà évoqué il y a quelques mois alors que depuis l’été dernier, les Ukrainiens âgés de 18 à 22 ans sont libres de voyager. 

Interrogé par un journaliste sur cette problématique, le président ukrainien a assuré que beaucoup de départs de jeunes hommes se sont réalisés ces dernières années “en violation du droit ukrainien”. Avant d’ajouter qu’il était important pour lui « de remédier à cette situation ».

« Bien entendu, nos forces armées souhaiteraient leur retour en Ukraine. C’est aussi une question d’équité. Il est indispensable de permettre la rotation des combattants au front. Ils sont courageux, certes, mais les soldats au front ont aussi une famille », a-t-il encore précisé avant de conclure que « ceux qui n’ont pas l’âge de servir ne sont pas légalement tenus de rentrer ». Pour rappel, en avril 2024, l’âge de la mobilisation a été abaissé de 27 à 25 ans en Ukraine. 

La lecture de ces déclarations confirme que l’usage du mot « capturer » comme le font les publications est abusif. « Le terme ‘capture’ ​​employé est erroné. Il n’a jamais été question de ‘capturer’ des personnes », soutient auprès des Surligneurs Yvonne Giesing, économiste pour l’Institut allemand ifo et auteure d’un rapport sur le retour des réfugiés ukrainiens. 

Les retours volontaires encouragés

Dès lors, comment les deux pays souhaitent-ils agir concrètement pour limiter le départ ou favoriser le retour des jeunes ukrainiens dans leur pays ? 

« Des programmes de retour volontaire sont proposés à tous afin d’accompagner ceux qui souhaitent rentrer. Il n’y a pas de départs forcés », nous indique Yvonne Giesing.

Lors de leurs rencontres le 14 avril, les deux parties ont notamment officialisé l’ouverture d’un nouveau centre de contact pour les réfugiés ukrainiens : The Unity Hub. 

L’une des principales fonctions de ce centre est de « renforcer les liens avec l’Ukraine et d’encourager le retour volontaire des personnes concernées », dévoile le ministère de la Défense allemand sur son site Internet. « Sur demande, le centre peut également fournir des conseils en matière de recherche d’emploi et d’intégration à la société allemande », est-il aussi indiqué. Des missions bien éloignées, on le comprend, d’une quelconque velléité de capture.