Candace Owens a-t-elle gagné son procès contre Brigitte Macron ?
Autrice : Mathilde Lafargue, journaliste
Relecteur : Nicolas Turcev, journaliste
Liens d’intérêts ou fonctions politiques déclarés des intervenants à l’article : aucun
Secrétariat de rédaction : Nicolas Turcev, journaliste
Source : Compte Facebook, le 29 mai 2026
Derrière un titre ambigu de La Tribune Dimanche et de nombreuses réactions erronées, deux affaires judiciaires différentes ont été mélangées.
Le procès opposant le couple Macron à l’influenceuse états-unienne Candace Owens a-t-il atteint sa conclusion ? En juillet 2025, le président de la République et sa femme ont déposé plainte aux États-Unis pour diffamation contre Candace Owens, autrice du podcast Becoming Brigitte, qui relaie l’infox transphobe selon laquelle Brigitte Macron serait en réalité un homme.
Ces derniers jours sur les réseaux sociaux, certaines publications affirment que l’influenceuse aurait gagné le procès qui l’oppose à la Première dame. D’autres internautes, dont la députée Renaissance Natalia Pouzyreff, prétendent au contraire que les juges états-uniens ont donné raison à Brigitte Macron.
En vérité, la procédure suit toujours son cours et se trouve bien loin de sa conclusion. La confusion provient d’un article de presse au titre trompeur, qui a déclenché l’ire de certains internautes. Les Surligneurs font le point.
Deux affaires distinctes
Le 24 mai 2026, La Tribune Dimanche titre « Brigitte Macron a gagné son procès, Candace Owens perd son avocat… Nos informations confidentielles ».
Une lecture rapide de l’accroche laisse penser que le procès « gagné » par Brigitte Macron est celui qui l’oppose à Candace Owens. Mais le contenu de l’article révèle qu’elle juxtapose deux actualités juridiques distinctes liées à l’infox transphobe sur la Première dame française, comme le confirme aux Surligneurs Jean Ennochi, l’avocat français de Brigitte Macron : « Le premier procès [s’est déroulé] en correctionnelle [en France], où il y a eu des condamnations, et [puis il y a] la procédure aux États-Unis, qui est autre chose. »
L’article de La Tribune Dimanche traite en effet des actualités de ces deux procédures qui impliquent la Première dame.
L’action en France a été intentée par Brigitte Macron contre un couple résidant en Haute-Corse. Dans la rubrique des personnes « invalides à charge » de leur déclaration de revenus en ligne, le couple avait ajouté « M. dit Brigitte Trogneux Jean-Michel » et « Mme Macron Jean-Michel dit Brigitte ». Des faits qui ont entraîné un changement de sexe et une correction de prénom dans l’espace personnel de Brigitte Macron sur le site de la direction générale des Finances publiques.
Le 7 mai 2026, la cour d’appel de Paris a infirmé la relaxe prononcée en première instance et a condamné le couple corse à quatre et trois mois d’emprisonnement avec sursis pour « usurpation de l’identité d’un tiers permettant de l’identifier en vue de troubler sa tranquillité ou celle d’autrui ou de porter atteinte à son honneur ou à sa considération », comme l’ont constaté Les Surligneurs qui ont eu accès à l’arrêt. Le couple est également privé du droit de voter pendant deux ans.
« Nous avons définitivement gagné ce procès, car ils ne vont pas se pourvoir en cassation », précise Jean Ennochi. C’est cette victoire définitive que révèle La Tribune Dimanche dans son article. Mais outre-Atlantique, la procédure judiciaire contre Candace Owens n’en est encore qu’à ses débuts.
La plainte pour diffamation déposée en juillet 2025 devant la cour supérieure du Delaware n’a pas encore franchi toutes les étapes préliminaires, comme il est possible de le constater sur le registre judiciaire public de l’État. Une audience d’examen de la requête en irrecevabilité communiquée par la défense devait avoir lieu le 28 avril. Elle a été reportée au 22 juin, possiblement en raison du retrait de l’avocat représentant Candace Owens, comme le relève La Tribune Dimanche dans son article.
Riposte par infox
Reste une question : si le titre de La Tribune Dimanche peut laisser penser, à tort, que Brigitte Macron a gagné son procès aux États-Unis, comment expliquer que certaines publications affirment, à l’inverse, que Candace Owens l’a emporté ?
Le point de départ de cette infox est une vidéo publiée le 25 mai 2026 sur la chaîne Kentra Actu (130 000 abonnés) par le youtubeur Thomas Paillet. Face caméra, l’influenceur d’extrême droite critique le titre choisi par La Tribune Dimanche qu’il qualifie de « propagande médiatique » et de « sémantique journalistique de bas étage ». Il prend alors la décision, « pour s’amuser », de « faire comme [La Tribune Dimanche] », en annonçant que « Candace Owens a gagné son procès face à Brigitte ».
Une fausse information qui est aussi affichée en vignette de la vidéo, relayée par plusieurs utilisateurs sur Facebook et Instagram. En légende, ils publient ce message : « Alerte manipulation médiatique ! Un journal français vient d’être pris en flagrant délit de mensonge concernant l’affaire Brigitte Macron et Candace Owens. Le système médiatique s’emballe-t-il pour protéger le palais de l’Élysée ? Plongez dans les coulisses de cette désinformation scandaleuse et découvrez la vérité qu’on essaie de vous cacher ! »
Puis les internautes invitent à lire leur « enquête exclusive » via un lien transmis en commentaires. Dans cet article (signé sous pseudo), la fausse information sur le prétendu procès gagné par Candace Owens a disparu et il est même précisé que la procédure judiciaire est encore en cours. En revanche, les fausses rumeurs transphobes qui ciblent Brigitte Macron y font une énième apparition. Les Surligneurs ont déjà débunké à de nombreuses reprises les infox liées à ces rumeurs (ici, ici et ici).
