La police a-t-elle démantelé une usine à bots qui servait à manipuler les réseaux sociaux ?
Autrice : Maïwenn Furic, journaliste
Relectrice : Clara Robert-Motta, journaliste
Liens d’intérêts ou fonctions politiques déclarés des intervenants à l’article : aucun
Secrétariat de rédaction : Clara Robert-Motta, journaliste
Source : Compte X, le 7 avril 2026
Selon des publications virales, les serveurs d’une vaste organisation qui tentait de manipuler les réseaux sociaux ont été démantelés. En réalité, l’opération policière en question a été menée contre une entreprise criminelle spécialisée dans les arnaques en ligne, rapporte Europol.
Une « usine à bots massive » démantelée par la police ? Des vidéos d’une vaste opération de police sont largement partagées sur les réseaux sociaux ces derniers jours. On y voit des hommes lourdement équipés de casques et gilets pare-balles défoncer une porte avant d’entrer dans une pièce remplie de matériels informatiques.
« La police a raflé un bureau qui gérait une usine à bots massive : 1 200 boîtes SIM, 40 000 cartes SIM actives, liées à plus de 80 pays. Tout ça pour créer des millions de faux profils et manipuler les réseaux sociaux », affirment les internautes en partageant les images de l’opération. Les publications sur X et Facebook cumulent plusieurs dizaines de milliers de vues. « Qui se cache derrière ces fermes à bots », interrogent certains.
Dans les commentaires, des internautes dénoncent des comptes qui « tentent de manipuler la vie politique sur les réseaux sociaux ». « On sait d’où viennent tous les pro Macron sur X », ironise un autre. Mais qu’en est-il vraiment de cette opération de police ?
Phishing et smishing
Grâce à une recherche d’images inversée, on peut retrouver la vidéo qui a été publiée par l’agence européenne de police criminelle, Europol, qui a organisé une opération avec des services de plusieurs pays européens. La vidéo montre des actions menées pour cette opération en Lettonie le 10 octobre 2025 où « cinq cybercriminels de nationalité lettone » ont été arrêtés et des infrastructures ont été saisies. Celles-ci étaient « utilisées pour permettre des crimes contre des milliers de victimes à travers l’Europe », précise Europol sur son site.
« Le service en ligne créé par le réseau criminel offrait des numéros de téléphone enregistrés à des personnes de plus de 80 pays pour une utilisation dans des activités criminelles. Il a permis aux auteurs de créer de faux comptes pour les médias sociaux et les plateformes de communication, qui ont ensuite été utilisés dans la cybercriminalité tout en masquant la véritable identité et l’emplacement des auteurs », précise l’autorité.
Contrairement à ce qu’ont affirmé les publications, ces serveurs n’auraient pas été utilisés pour influer sur le débat politique de différents pays européens. Ils permettaient plutôt du « phishing » ainsi que du « smishing ». Concrètement, il s’agit d’arnaques par e-mail, SMS ou encore appels dans lesquels les malfaiteurs se font passer pour votre banque, ou même votre enfant en prétextant avoir besoin de vos coordonnées bancaires ou numéros de cartes de crédit.
Fausse famille, faux policiers… Plusieurs millions d’euros
Europol avance plusieurs scénarios récurrents. Par exemple ce qu’ils appellent « l’arnaque fille-fils » : « Le type d’auteurs contacte les victimes via WhatsApp, se faisant passer pour une fille ou un fils et prétendant avoir un nouveau numéro de téléphone. Citant des accidents ou des urgences spontanés présumés et évoquant la panique avec la victime, ils exigent des paiements urgents généralement de l’ordre de quatre chiffres. »
Ou encore celui des faux policiers : « Les auteurs ont utilisé les numéros de téléphone pour convaincre leurs victimes, principalement russophones, de leur légitimité. Ce crime avait un élément préoccupant supplémentaire, car les auteurs se faisaient passer pour des policiers avec des pièces d’identité falsifiées et collectaient personnellement des fonds auprès des victimes. »
Selon Europol, par le biais de cette organisation, les criminels ont fait des milliers de victimes dans toute l’Europe, escroquant plusieurs millions d’euros. La perte financière s’élève à environ 4,5 millions d’euros rien qu’en Autriche, ainsi que 420 000 euros en Lettonie.
Si les fermes à trolls existent – plusieurs États, comme la Russie, la Chine, l’Iran et la Turquie ont été pointés du doigt pour utiliser des bots pour amplifier certains débats sur les réseaux sociaux – cette vidéo n’est, selon ceux qui l’ont mis en ligne, pas du tout liée à ces pratiques.
