Francis André, impliqué de la mort de Marc Bloch, était-il communiste, comme l’affirment certains internautes ?
Auteur : Clément François, journaliste
Relecteur : Etienne Merle, journaliste
Liens d’intérêts ou fonctions politiques déclarés des intervenants à l’article : aucun
Secrétariat de rédaction : Clément François, journaliste
Source : Compte Facebook, le 24 juin 2026
Selon certains internautes, le responsable de la mort de l’historien Marc Bloch, tout juste panthéonisé, était communiste. Une affirmation également relayée par Jean-Philippe Tanguy, porte-parole du Rassemblement national. Si Francis André adhère au Parti communiste au début des années 30, il le quitte dès 1936 pour rejoindre un parti nationaliste et collaborationniste.
Ce mardi 23 juin avait lieu à Paris la panthéonisation de Marc Bloch, historien et résistant fusillé par la Gestapo en 1944. Parmi les personnalités politiques présentes pour assister à l’hommage, aucun membre du Rassemblement national n’était présent.
C’est la famille du résistant qui en avait fait la demande. Interrogée sur France Inter, sa petite-fille Suzette Bloch évoque une mise à l’écart « naturelle », le RN étant les « héritiers des Waffen-SS » qui ont assassiné son grand-père. Elle fait notamment référence à Pierre Bousquet et Léon Gaultier, cofondateurs du parti et anciens SS. « Marc Bloch était antifasciste, ajoute-t-elle, […] un démocrate et un homme de gauche. »
Sans doute fâché par ces propos, Jean-Philippe Tanguy, le député RN de la Somme, lui a répondu le lendemain sur la même antenne, expliquant que « le chef de la milice de la Gestapo lyonnaise qui a arrêté son grand-père, Francis André, venait du Parti communiste français ».
Les propos du député RN ont été repris en masse sur les réseaux sociaux. « Suzanne Bloch devrait prendre des cours d’Histoire » s’agace même l’un deux. Alors, Francis André était-il un communiste ?
Pas présent le jour de l’arrestation
Tout d’abord, et contrairement à ce qui a pu être avancé ces derniers jours, rien n’indique que Francis André ait été présent à l’arrestation de Marc Bloch, le 8 mars 1944. C’est en tout cas ce qu’assure Stéphane Nivet, historien spécialiste de la Résistance : « Toutes les sources historiques à notre disposition nous indiquent qu’il n’était pas présent le jour de l’arrestation de Marc Bloch. »
La confusion vient peut-être du titre d’un article du journal Le Monde présentant Francis André comme un « chef de bande à l’origine de l’arrestation » de Marc Bloch. Mais l’article précise que sa présence n’est pas attestée ce jour-là, même si sa bande a bien participé à l’opération.
Comme l’explique Stéphane Nivet, l’arrestation de Marc Bloch est menée par un commando franco-allemand dont les membres français appartiennent à différents groupes de collaborateurs lyonnais placés sous l’autorité de Francis André, dit « Gueule Tordue ». Après son arrestation, l’historien est torturé par plusieurs proches de Francis André, dont Gabriel Gailloud, qui lui aurait notamment infligé le supplice de la baignoire.
Un « communiste » antisémite et antibolchevique ?
Quant à l’étiquette de « communiste » accolée au collaborateur, Stéphane Nivet en conteste la pertinence. Si Francis André a milité quelques années au Parti communiste au début des années 30, au côté de Jacques Doriot, il le suit dès 1936 dans la création du Parti populaire français (PPF), un parti d’extrême droite fasciste et collaborationniste.
« Contrairement à d’autres collaborateurs motivés par l’enrichissement, Francis André est un idéologue, dont le moteur de l’engagement est l’antisémitisme. Il va adhérer pleinement aux thèses du nazisme », détaille Stéphane Nivet.
Un engagement qu’il va poursuivre pendant la guerre. Il adhère à la Légion des volontaires français contre le bolchevisme (LVF), créée le 6 juillet 1941 pour recruter des volontaires français combattant aux côtés de l’armée allemande sur le front de l’Est.
Soutenu par le PPF et les SS, il fonde le Mouvement national antiterroriste (MNAT) en 1943, s’attaquant majoritairement aux juifs, aux résistants, et à de nombreux politiques locaux.
Le fait d’armes le plus célèbre de ce groupe est le massacre à Grenoble en 1943 d’une dizaine de résistants, auxquels il faut ajouter treize déportations.
Autrement dit, au moment de la collaboration, Francis André n’est plus communiste depuis plusieurs années et son engagement en faveur de l’Allemagne nazie ne fait aucun doute.
Un parcours du communisme vers le fascisme qui n’a rien d’exceptionnel à l’époque. « Ce n’est pas une nouveauté, explique l’historien, on sait que certains communistes ont nourri les rangs de la collaboration. »
En effet, comme Les Surligneurs l’ont déjà montré, une partie des collaborationnistes a d’abord milité dans les rangs de la gauche française avant d’adhérer à des mouvements fascistes et collaborationnistes.
Ne pas regarder le passé avec les yeux du présent
En d’autres termes, dire que Francis André était communiste n’a pas beaucoup de sens historique. Pour l’historien Tal Bruttmann, une telle affirmation reviendrait à pouvoir dire « qu’Hitler était socialiste, parce que son parti se nommait ‘national-socialiste’ ou que Mussolini était socialiste parce qu’il a été au Parti socialiste italien avant la Première Guerre mondiale. »
Une confusion chronologique qui ne résiste pas à la réalité des faits historiques : « Ils se sont positionnés à l’extrême droite, leur programme, c’est l’extrême droite, Francis André, c’est l’extrême droite », tranche l’historien.
Selon l’historien, la lecture qui est faite de l’engagement de Francis André doit se garder « d’écraser la chronologie ».
Si Francis André milite d’abord au Parti communiste, cet engagement est rapidement suivi d’un basculement idéologique. Il devient un anticommuniste convaincu et rejoint notamment la Légion des volontaires français contre le bolchevisme (LVF), une unité créée sous Vichy pour combattre, aux côtés de l’armée allemande, sur le front de l’Est.
