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Il n'existe aucune trace d'un appel d'offre pour 150 000 vestes militaires sur la plateforme ukrainienne de passation des marchés publics. Photo : Capture d'écran X

Attention à ces prétendues preuves de la mobilisation forcée de femmes en Ukraine

Création : 30 septembre 2026

Auteur : Jean-Baptiste Breen, journaliste

Relecteur : Nicolas Turcev, journaliste

Liens d’intérêts ou fonctions politiques déclarés des intervenants à l’article : aucun

Secrétariat de rédaction : Nicolas Turcev, journaliste

Source : Compte X, le 9 septembre 2026

La rumeur d’une mobilisation imminente des femmes ukrainiennes dans la guerre contre la Russie enfle. La preuve ? Une capture d’écran d’un appel d’offres pour des dizaines de milliers de vestes militaires taillées pour les femmes. Si aucune trace de cette commande n’existe, elle ne constitue pas, en elle-même, une preuve d’une conscription à venir.

C’est un sujet sensible en Ukraine. Les femmes du pays seront-elles prochainement conscrites dans la guerre contre la Russie ? La rumeur se fait insistante sur les réseaux sociaux depuis quelques semaines. Plusieurs internautes déduisent cette information d’une soi-disant commande par le ministère de la Défense de 150 000 vestes militaires adaptées à la physionomie féminine.

« C’est un indicateur clair d’un [ordre de] mobilisation », écrit le 9 septembre sur X le compte Military Summary, déjà épinglé chez nos confrères de TF1 pour avoir relayé de la désinformation relative au conflit ukrainien. L’internaute aux 47 000 abonnés joint à son message deux images : l’une est une capture d’écran de Prozorro, la plateforme ukrainienne de passation des marchés publics, l’autre est le scan d’un document notifiant l’appel à marché public, supposément, donc, pour 150 000 vestes d’hiver pour femme.

Absente des registres officiels disponibles en ligne, cette commande a été ouvertement démentie par Kiev. Qui plus est, elle ne suffirait pas, à elle seule, à attester d’un projet de conscription forcée des femmes ukrainiennes.

Un appel d’offres introuvable

De fait, le ministère de la Défense ukrainien n’a jamais caché sa production de matériel militaire conçu pour les femmes – dont l’engagement dans l’armée s’effectue uniquement sur la base du volontariat (§11, chapitre 1, article 1). En avril 2025, Kiev annonçait le développement de « vestes et pantalons d’hiver coupe-vent pour militaires [de sexe] féminin » classifiés comme « type 3 ». Les spécificités de ces équipements étaient ensuite précisées, deux mois plus tard, dans un document officiel de 36 pages.

Les captures d’écran publiées sur X par Military Summary évoquent, elles aussi, des équipements de « type 3 ». Il s’agirait donc bien de vêtements uniquement à destination des soldates ukrainiennes. Pour autant, il n’existe aucune trace dans les registres officiels du soi-disant appel d’offres relayé par l’internaute.

Que ce soit directement sur le site Prozorro, développé par la branche ukrainienne de l’ONG anticorruption Transparency International, ou sur son module d’analyse, bi.prozorro.org, qui recense et ordonne chronologiquement les données de la plateforme, la commande dont Military Summary affirme avancer la preuve est introuvable.

Du matériel militaire pensé spécifiquement pour les femmes, comme des gilets pare-balles, des vestes et des pantalons d’hiver, a bien été acheté par le gouvernement ukrainien au printemps 2026, selon la Ukrainska Pravda. Mais aucune source fiable ne fait état de commandes avoisinant les 150 000 exemplaires. Qui plus est, un tel achat ne permettrait en rien d’attester d’une conscription forcée à venir des femmes ukrainiennes.

Le gouvernement ukrainien a par ailleurs formellement démenti ces propos le 10 septembre, indiquant qu’il n’existait « aucune information concernant une telle acquisition par le ministère de la Défense ». « Il n’y a pas non plus d’initiatives législatives, de projets de loi ou de discussions internes en Ukraine concernant la mobilisation des femmes », a ajouté Kiev. Des exceptions bien spécifiques à cette règle semblent toutefois alimenter le doute sur les réseaux sociaux.

Pas d’ordre de mobilisation

En effet, depuis plusieurs jours, des internautes francophones reprennent les dires de Military Summary en les illustrant de photos de documents qui seraient des convocations dans des centres de recrutement militaires reçues par des Ukrainiennes. Un élément supplémentaire, selon les publications, de la mise en place de la conscription forcée des femmes.

Néanmoins, rien n’indique que ces documents soient des ordres de mobilisation. Les convocations ainsi partagées sur les réseaux sociaux – dont l’authenticité n’a pas pu être établie et dont la forme change en fonction des publications – présentent le même motif : vérification ou actualisation des données personnelles.

En Ukraine, la loi martiale en vigueur depuis le début de l’invasion à grande échelle du pays par la Russie le 24 février 2022, impose la mobilisation générale des hommes âgés de 25 à 60 ans. Les femmes en sont exclues.

La loi prévoit toutefois que « les femmes ayant obtenu une spécialité médicale ou pharmaceutique doivent s’inscrire au service militaire », précise SUD.UA, un média ukrainien consacré au traitement de l’actualité juridique. Une information déjà rapportée ces dernières années par différentes sources, comme le Kiev Independent et le cabinet d’avocats CMS.

« L’inscription en soi ne constitue pas un motif de mobilisation forcée », ajoute le site spécialisé. Autrement dit, l’enregistrement des soignantes auprès des instances militaires ne conditionne en aucun cas leur conscription. Concernant le reste de la population, l’Ukraine n’a annoncé aucune mesure en faveur d’un quelconque enrôlement obligatoire des femmes. Faute d’informations sur le contexte de ces convocations, leur motif reste, pour l’heure, difficile à déterminer…

Contacté pour obtenir plus de précisions, le ministère de la Défense ukrainien n’avait pas répondu à nos sollicitations au moment de la publication.