Est-ce qu’un internaute a prédit en 2022 une pandémie de hantavirus en 2026 ?
Autrice : Maylis Ygrand, journaliste
Relectrice : Clara Robert-Motta, journaliste
Liens d’intérêts ou fonctions politiques déclarés des intervenants à l’article : aucun
Secrétariat de rédaction : Maylis Ygrand, journaliste
Source : Compte Facebook, le 7 mai 2026
Des internautes relaient une publication X de 2022 insinuant qu’une pandémie de hantavirus aura lieu en 2026. Si des cas ont récemment été détectés, aucun élément ne prouve qu’il existe un lien entre ces derniers et le post en question.
Une chèvre aux talents divinatoires sortie tout droit de Kung Fu Panda. C’est derrière ce personnage qu’un compte X aurait, en 2022, « prédit » les récents cas de hantavirus, et même une prochaine « pandémie », ont assuré certains internautes.
Depuis la mi-avril, trois personnes qui voyageaient sur le bateau de croisière MV Hondius sont décédées à la suite d’une contamination à un hantavirus. Depuis, les cas contacts se sont multipliés à travers le monde. Les gouvernements de nombreux pays ont pris des mesures d’isolement pour les personnes soupçonnées d’être infectées ou cas contacts afin de prévenir d’éventuelles contaminations.
Alors que la population mondiale est encore traumatisée par la récente pandémie de Covid-19, cet hantavirus fait craindre un nouvel épisode de la sorte. Malgré les mots de l’OMS qui assurait, dès le début des cas recensés, qu’il ne s’agissait ni du « début d’une épidémie » ni celui « d’une pandémie », de nombreux internautes ont donc pris au mot cette supposée prédiction du compte X de 2022.
Comme l’a déjà débunké Numerama, rien ne prouve pour autant qu’il existe un lien entre cette publication X et les récents cas de hantavirus.
Devenir devin sur les réseaux sociaux
Pour mieux comprendre, reprenons depuis le début. En 2022, un compte X prénommé « soothsayer » — « devin », en français —, qui affirme dans sa biographie « li[re] le futur » publie le post suivant : « 2023: Corona a pris fin 2026: Hantavirus ». Sous-entendu : après la pandémie de Covid-19, une nouvelle liée à un hantavirus lui succédera en 2026.
D’après des vérifications effectuées par le média Snopes, ce post X a bien été publié tel quel en 2022. Il n’a donc pas été changé récemment en réaction à l’actualité.
S’il est authentique et qu’on peut y voir une coïncidence au moins partielle, il existe en réalité des techniques bien rodées pour faire croire en des pseudos dons divinatoires.
La technique, selon David Puente, fact-checker pour le média Open, consiste à ce qu’un internaute crée un compte privé sur lequel il masque les publications. Ensuite, celui-ci écrit de nombreux contenus assez vagues pour être compris comme des prédictions dans le futur. Finalement, si l’un des contenus tombe juste et se produit, l’internaute supprime les autres publications, et passe le profil de privé à public. La publication peut devenir alors virale et le tour est joué.
Une transmission interhumaine connue
En l’occurrence, le journaliste était intervenu sur X à ce propos à la suite de la viralité d’un autre post. Il s’agissait alors d’une supposée prédiction concernant le nom du suspect des tirs lors du dîner des correspondants de la Maison Blanche survenu le 25 avril 2026. Les réseaux sociaux s’étaient alors enflammés au sujet de présumés « voyageurs temporels ».
À cette image, d’autres prédictions ont déjà fait le tour de la toile, comme la grossesse de Beyoncé en 2017. Lors de la Coupe du monde de football de 2022, un compte s’était également enorgueilli d’avoir trouvé en avance les résultats des matchs. Le créateur avait ensuite expliqué la supercherie derrière ce sans faute et indiqué que le compte avait pour but de « sensibiliser à un nouveau type de fraude », comme l’ont relayé nos confrères de BFMTV.
Tout comme des résultats de match de football, l’auteur du post derrière cette pseudo prédiction d’une pandémie a certainement misé sur une base de virus existants. Or, la possible transmission interhumaine du hantavirus de souche Andes, qui a été détecté chez plusieurs passagers de la croisière, est connue depuis plusieurs décennies. Une première transmission interhumaine avait ainsi été observée en 1996. Plus de vingt ans plus tard, en 2018, un cluster en Argentine avait conduit à la contamination de 34 personnes, dont 11 sont décédées.
Aucune preuve d’une mise en scène
S’il était donc prévisible que des cas de hantavirus de souche Andes puissent survenir, certains internautes affirment que cette coïncidence n’en est pas une et prouverait qu’il s’agit ici d’un « script ». Autrement dit : ces cas de hantavirus relèveraient d’une vaste mise en scène.
Les Surligneurs se sont intéressés à plusieurs publications à ce propos et toutes se basent sur des vidéos ou images détournées de leur contexte. De plus, cette seule publication ne peut prouver une quelconque prédiction de la part de l’auteur et ne peut pas plus servir de preuve à la théorie d’une pièce de théâtre organisée à grande échelle.
D’après les dernières informations délivrées par le chef de l’Organisation mondiale de la Santé, Tedros Adhanom Ghebreyesus, le 27 mai 2026, « aucun nouveau décès n’a été signalé depuis le 2 mai. Le nombre total de décès reste à trois sur les 13 cas signalés jusqu’à présent ».
En France, le Premier ministre, Sébastien Lecornu, a indiqué sur X, le 26 mai dernier, que « certains cas contacts ont contesté devant la justice les mesures d’isolement préventif imposées » mais que « la justice a validé la légalité de ces décisions ». Face à une maladie à incubation longue, le gouvernement se veut rassurant mais déclare prôner « le principe de précaution plutôt que le risque de propagation ».
En attendant que la situation évolue, prudence donc concernant les désinformations circulant à propos de cet hantavirus. Les Surligneurs ont déjà pu en débunker de nombreuses (comme ici, ici ou là).
