Hantavirus : attention à cette vidéo de politiques se prenant en photo devant un bus de passagers masqués
Auteur : Nicolas Kirilowits, journaliste
Relectrice : Clara Robert-Motta, journaliste
Liens d’intérêts ou fonctions politiques déclarés des intervenants à l’article : aucun
Secrétariat de rédaction : Clara Robert-Motta, journaliste
Source : Compte X, le 11 mai 2026
Le débarquement, réalisé aux Îles Canaries, des passagers du bateau de croisière touché par un foyer d’infection à hantavirus s’est déroulé selon un protocole strict. Le personnel chargé de l’évacuation et de l’acheminement des passagers n’a jamais été en contact direct avec les autres personnes présentes sur le port.
Comme le coronavirus il y a six ans, la soudaine notoriété du hantavirus charrie avec elle son lot de fausses informations. L’opération visant à désembarquer les passagers du bateau touché par un foyer de hantavirus sur un port de l’île de Tenerife, aux Îles Canaries, n’a pas échappé à cette tendance.
Certains internautes se sont notamment étonnés d’observer, au travers d’une courte vidéo, que des « politiciens et forces de l’ordre sans protection, tout sourire, en pleine séance selfies » se seraient tenus à proximité de l’un des bus qui évacuait des passagers. Et ce, alors que « des sauveteurs équipés de combinaisons de protection contre les risques biologiques d’un virus « mortel' ». Un commentaire qui remet en cause la supposée dangerosité du virus et insinue une mise en scène de la part des autorités. « On nous prendrait pas un peu pour des jambons ? », conclut l’un des posts.
La séquence longue de 24 secondes sur les réseaux sociaux est peu claire. Si l’impression d’une certaine proximité entre un bus rouge de l’Unité militaire d’urgence espagnole (UME) qui évacue des passagers équipés de protections sanitaires et des officiels habillés de manière ordinaire est bien réelle, elle n’en reste pas moins trompeuse. En effet, par la perspective et l’angle de vue choisi, celle-ci efface la notion de distance.
Des zones bien définies
Des images publiées sur la chaîne Youtube de la Guardia Civil permettent de mieux visualiser l’agencement du port de Granadilla, dans le Sud de Tenerife, pour l’évacuation des passagers du bateau et leur acheminement direct vers l’aéroport de Tenerife Sud.
À partir de 2’40, une vue aérienne révèle notamment la réelle distance qui séparait le poste de suivi des opérations des véhicules de l’UME. S’il est impossible de connaître la distance exacte, celle-ci est incontestablement de plusieurs mètres comme a pu par ailleurs le certifier le journaliste, auteur de cet article, présent sur place tout le long du processus d’évacuation qui aura duré près de 48 heures.
Sur les images publiées sur les réseaux sociaux, comme celles de la Guardia Civil, on peut apercevoir des barrières de séparations rouges entre la zone affectée pour le transport des passagers et celle pour le suivi de l’opération. Une autre séquence partagée sur le compte X de Javier Padilla, le secrétaire d’État à la Santé espagnol, à la fin du désembarquement des passagers, permet de vérifier que les personnes présentes derrière ces barrières étaient tenues à bonne distance des bus.
De plus, les masques et combinaisons portées par les passagers doivent limiter les risques possibles de propagation, car ils ont, eux, été en contact avec des personnes porteuses du virus, contrairement aux personnes à l’extérieur se pressant à côté des barrières. Il n’est donc pas incohérent que ces dernières ne portent pas d’équipements de protection.
Des éléments qui contredisent factuellement l’assertion relayée sur les réseaux sociaux et qui repose sur une proximité physique entre passagers et autorités.
Concernant la supposée non dangerosité du hantavirus sous-entendue dans les publications, l’Organisation mondiale de la santé (OMS) indique sur son site Internet que « cette maladie peut présenter un taux de létalité élevé, pouvant atteindre 40 à 50 %, en particulier chez les personnes âgées et celles présentant des comorbidités ». Or, précise l’OMS, « l’âge moyen des passagers à bord du navire est de 65 ans. »
