Les Surligneurs est un média indépendant qui lutte contre la désinformation politique

rubriques
Photo : Jean-Christophe Milhet - AFP

Canicule : des crédits destinés à l’achat de deux canadairs ont bien été annulés sous le gouvernement Attal

Création : 16 juillet 2025
Dernière modification : 13 juillet 2026

Auteur : Nicolas Turcev, journaliste

Relectrice : Clara Robert-Motta, journaliste

Liens d’intérêts ou fonctions politiques déclarés des intervenants à l’article : aucun

Secrétariat de rédaction : Fanny Velay, étudiante en journalisme à l’École W

Source : Compte Facebook, le 3 juillet 2026

Contrairement à ce qu’affirme un compte de soutien au candidat à la présidentielle, les coupes dans le budget de la sécurité civile par le gouvernement Attal, en février 2024, ont effectivement conduit à l’annulation de la commande de deux canadairs par la France.

 

Alors que les températures remontent dans toute la France et que les vigilances rougissent, les politiques préfèrent s’échanger bons et mauvais points en gestion de crise. Un compte de soutien à Gabriel Attal assure notamment qu’il a été le seul Premier ministre depuis 2007 à relancer la commande publique de canadairs, avec l’acquisition de deux bombardiers en 2024. 

Faux, selon la députée socialiste Sophie Pantel. Si les commandes ont bien été lancées sous son gouvernement, ce sont aussi ses coupes budgétaires prises en 2024 qui avaient conduit la France à renoncer à l’achat de ces deux canadairs. Des propos qualifiés d’« indignes » par le parti Renaissance, pour qui cette « polémique […] manque de respect aux sinistrés et à l’engagement exemplaire de nos forces de sécurité civile ».

Où sont les canadairs commandés ? 

Seul hic : les déclarations de Sophie Pantel sont factuellement exactes, comme l’ont déjà vérifié nos confrères de TF1. La députée est coautrice, avec son collègue insoumis Damien Maudet, d’un rapport d’information sur la flotte d’appareils de la sécurité civile, communiqué à la commission des finances le 2 juillet 2025. Un document essentiel pour étudier la capacité du pays à faire face aux incendies.

Le rapport indique que la direction générale de la sécurité civile et de la gestion des crises (DGSCGC) a renoncé, au moins temporairement, à l’achat de deux bombardiers à la suite du décret du 21 février 2024, qui a supprimé 52,8 millions d’euros du budget de la sécurité civile. Signé par Gabriel Attal, alors Premier ministre, ce texte visait à faire 10 milliards d’euros d’économies en sabrant dans la dépense publique.

Depuis la polémique, l’État a relancé les commandes de canadairs dans le projet de loi des finances 2026, « en finançant l’acquisition de deux Canadair CL-515 pour un montant de 193 millions d’euros (ndlr : 209 millions selon le PLF 2026), dont les livraisons sont prévues pour 2032 et 2033 », indique la DGSCGC aux Surligneurs. 

Deux autres bombardiers ont été contractualisés en 2024, mais financés par le programme européen RescUE. En contrepartie d’une participation de 83 millions d’euros, ces avions pourront être mobilisés pour contenir des incendies en France, mais aussi sur tout le territoire de l’Union. Leur livraison était attendue en 2027, mais ils seront finalement disponibles courant 2028, précise la DGSCGC.

Ce n’est pas la première fois qu’un lien est établi entre les coupes budgétaires et l’annulation des commandes de canadairs. Déjà en novembre 2024, la sénatrice Françoise Dumont (LR) indiquait, dans un avis portant sur le volet sécurité civile du projet de loi de finances 2025, que le décret d’annulation pris par Gabriel Attal « a contraint la DGSCGC à renoncer à la perspective de commande de deux canadairs, […] alors que le calendrier initial prévoyait l’acquisition, pour l’année 2024, de quatre canadairs ». Jointe par Les Surligneurs, la DGSCGC confirme ce scénario.

Changement de trajectoire

Trop peu, trop tard, selon Sophie Pantel, qui égraine dans ce document les renoncements en cascade du gouvernement en matière de moyens alloués à la maîtrise des feux. En 2022, alors que les organisations professionnelles de sapeurs-pompiers dénonçaient un « désengagement de l’État », Emmanuel Macron avait promis le renouvellement de douze canadairs vieillissants et l’achat de quatre bombardiers supplémentaires. Le tout à l’horizon 2027.

Depuis, les plans ont changé, note l’élue socialiste dans son rapport, qui s’est entretenue avec la DGSCGC. Il n’est plus question de renouveler la flotte entière, mais de rénover le parc actuel et de le compléter avec quatre nouveaux appareils : les deux commandés dans le cadre du programme RescUE ainsi que les deux bombardiers annulés par le décret de réduction des dépenses publiques. Autrement dit : sur 16 avions promis en 2022, quatre sont aujourd’hui garantis d’être livrés, dont deux dans le cadre du programme européen.

Mais sur le long terme, la DGSCGC ne renoncerait pas à l’objectif de renouvellement de la flotte. Celui-ci aurait lieu « à une date encore inconnue », probablement après 2033, notent les rapporteurs.

Les feux dégradent le bilan climatique de la France

Les moyens alloués à la lutte contre les incendies pourraient être déterminants dans l’adaptation de la France au réchauffement climatique. Les forêts sont des puits de carbone qui stockent chaque année l’équivalent d’environ 9% des émissions de CO2 du pays.

Mais cette capacité se dégrade : entre 2015 et 2023, les écosystèmes forestiers (sols et végétation) ont absorbé 39 millions de tonnes de CO2 en moyenne chaque année, contre 63 millions entre 2005 et 2013, d’après les chiffres de l’Institut national de l’information géographique et forestière. Soit une réduction de près de 40 % du volume de CO2 stocké.

Ce ralentissement est en partie causé par les maladies, mais aussi par les épisodes de canicule et de sécheresse qui favorisent l’apparition de grands feux de forêt. En brûlant, les arbres libèrent dans l’atmosphère le carbone qu’ils avaient accumulé. D’aspirateurs à CO2, les forêts peuvent ainsi devenir sources d’émissions. Les nombreux feux de 2025 ont, par exemple, émis l’équivalent de 12.9 millions de tonnes de CO2, selon l’institut européen Copernicus.

[Mise à jour : le 10 juillet 2026. L’article, initialement publié le 27 juillet 2025, a été intégralement mise à jour pour qu’il reflète l’actualité du moment.]