Emmanuel Macron a-t-il vraiment classé « secret-défense » tous les documents liés au Covid ?
Auteur : Etienne Merle, journaliste
Relectrice : Clara Robert-Motta, journaliste
Liens d’intérêts ou fonctions politiques déclarés des intervenants à l’article : aucun
Secrétariat de rédaction : Etienne Merle, journaliste
Source : Compte Facebook, le 23 février 2026
Des internautes affirment que le président de la République a classé « secret-défense » l’ensemble des documents liés à la crise sanitaire. Si certaines réunions du Conseil de défense ont bien fait l’objet d’un tel classement, le généraliser à l’ensemble des documents est faux.
S’il est désormais établi que certains symptômes du Covid-19 peuvent persister pendant de longs mois, la défiance suscitée par la gestion de la crise sanitaire semble, elle aussi, s’inscrire dans le temps.
Six ans après, en février 2026, sur les réseaux sociaux, des internautes partagent un texte, publié initialement sur un compte X par un internaute accusant régulièrement et sans élément probant, les institutions de comploter contre les citoyens français.
« En 2020 Macron a décidé de classer en « Secret defense » toutes les réunions contre le COVID qu’il a organisées au ministère ! Le classement en SECRET DEFENSE est très rare et ne concerne que un état de guerre contre un ennemi. A quel ennemi Macron a décidé de cacher le contenu de ces réunions ? Aux virus ? Ou aux Français ? » dénonce-t-il, s’interrogeant sur le « silence » des députés d’oppositions.
D’autres internautes vont encore plus loin et accusent le président d’avoir classé « tous les documents » en lien avec la gestion du covid pour « interdire toute investigation ou enquête pendant plus d’une décennie », s’appuyant sur un article du Figaro publié en 2021.
En réalité, la gestion défaillante du gouvernement durant les premiers mois de la crise sanitaire est aujourd’hui documentée, et l’opacité entourant certaines décisions a fait l’objet de nombreuses critiques de la part de personnalités politiques, scientifiques et médiatiques. Mais généraliser le classement secret-défense à l’ensemble des documents n’en est pas moins factuellement faux. Reprenons.
Un conseil de défense pour gérer la crise sanitaire
Pendant la crise sanitaire, Emmanuel Macron a réuni à de nombreuses reprises le Conseil de défense et de sécurité nationale, dans une formation appelée Conseil de défense sanitaire.
Cette instance, présidée par le chef de l’État, est censée permettre d’organiser des arbitrages rapides entre ministres sur des sujets sensibles. C’est dans ce cadre qu’ont été discutées certaines grandes orientations de la gestion de la pandémie : confinement, couvre-feu, stratégie vaccinale, organisation hospitalière.
Les décisions, elles, ont ensuite été formalisées par des décrets ou des lois et ont parfois fait l’objet d’une communication publique.
En choisissant ce cadre, le président de la République a placé les délibérations de ces réunions sous le régime du secret de la défense nationale, ce qui en limite l’accès et la publicité.
Or, contrairement à ce qu’affirment certaines publications, le secret de la défense nationale n’est pas réservé aux seuls contextes de guerre : il peut également encadrer la gestion de crises majeures touchant la sécurité nationale, y compris une pandémie.
À l’époque, ce cadre a suscité des critiques, y compris au sein de l’opposition parlementaire, contrairement à ce qu’affirment certains internautes. Des juristes ont également questionné l’usage intensif du Conseil de défense pendant la crise sanitaire s’interrogeant sur la légalité de son fonctionnement, ainsi que sur ses effets possibles sur le contrôle parlementaire.
Non, tous les documents Covid ne sont pas classés secret-défense
Par ailleurs, et comme l’ont déjà écrit nos confrères de 20 Minutes en 2021, le Figaro n’a jamais écrit que « tous les documents » en lien avec la crise sanitaire étaient classifiés, comme le brandissent certains internautes pour prouver leurs dires.
L’article initial, publié le 10 septembre 2021, examinait uniquement les conséquences juridiques du secret entourant les Conseils de défense sanitaire, mais pas l’ensemble de la gestion de la crise.
Par ailleurs, l’affirmation d’un classement global en secret-défense est d’autant plus contestable que l’État a mis en ligne, sur la plateforme data.gouv.fr, un large ensemble de données ouvertes relatives au Covid-19 (hospitalisations, réanimations, dépistage, vaccination, mortalité, indicateurs épidémiologiques), librement consultables et téléchargeables.
D’autres outils sont également accessibles : un tableau de bord officiel présente l’évolution de l’épidémie, et l’agence Santé publique France met en ligne des bulletins épidémiologiques, des synthèses scientifiques et des études ou enquêtes sur la pandémie.
La gestion de la crise sanitaire a d’ailleurs fait l’objet d’enquêtes journalistiques et judiciaires. Dans un livre paru en janvier 2025, les journalistes du Monde, Fabrice Lhomme et Gérard Davet ont documenté, à partir de pièces d’instruction et d’auditions, les premières semaines de la pandémie et les défaillances de l’État sur la question des masques ou des tests.
Dans une enquête fouillée, Mediapart a confronté les déclarations gouvernementales sur les masques FFP2 aux documents disponibles, concluant à de graves incohérences et évoquant un « mensonge d’État ».
Une information judiciaire a été ouverte dès 2020 devant la Cour de justice de la République, donnant lieu à des perquisitions et à l’audition d’anciens ministres avant le rendu d’un non-lieu général.
Parallèlement, des rapports publics et notamment celui de la commission d’enquête sénatoriale, ont pointé des défaillances d’anticipation et de gestion. Autrement dit, loin d’un verrouillage généralisé, la gestion du Covid-19 a été examinée, critiquée et investiguée par la presse, la justice et le Parlement, ce qui ne doit pas empêcher de débattre, de manière rigoureuse et factuelle, des choix institutionnels opérés pendant la crise.
