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Les transactions de cartes à collectionner ne sont taxées qu'à partir de 5 000 euros. Photo : Martin Lelièvre / AFP

Les cartes Pokémon sont-elles vraiment taxées par l’État ?

Création : 12 mai 2026

Auteur : Nicolas Turcev, journaliste

Relectrice et relecteur : Clara Robert-Motta, journaliste

Yannis Vassiliadis, doctorant en droit fiscal, université Toulouse Capitole 

Liens d’intérêts ou fonctions politiques déclarés des intervenants à l’article : aucun

Secrétariat de rédaction : Nicolas Turcev, journaliste

Source : Compte Facebook, le 3 mai 2026

En pleine période de déclaration des revenus, plusieurs publications alertent sur une supposée nouvelle taxation visant les cartes à collectionner. Mais en réalité, le régime fiscal reste inchangé et ne concerne qu’un nombre infinitésimal de transactions.

Le fisc va-t-il tous les attraper ? D’après plusieurs publications parues au début du mois de mai, en pleine période de déclaration des revenus, les fans de cartes Pokémon qui pratiquent la revente seraient cette année dans le viseur de Bercy. « Et ça va [leur] coûter très cher », assènent les posts.

Mais leurs auteurs répandent de l’angoisse pour rien : non seulement le régime fiscal applicable à la revente de cartes à collectionner par des particuliers n’a pas bougé en 2026, mais il ne concerne en plus qu’une part infime des transactions.

Des cartes inspirées de la pop culture

De quoi parle-t-on au juste ? Depuis les années 1990, alléchés par le succès des cartes de sport à collectionner, plusieurs éditeurs de jeux de société commercialisent leurs propres cartes inspirées d’univers de la pop culture.

À la différence de leurs ancêtres en maillot, ces cartes sont accompagnées d’un système de règles : plusieurs joueurs peuvent s’affronter en utilisant les pièces de leur collection. Le premier « Trading Card Game » de ce genre et actuel leader du marché, Magic : L’Assemblée, est né en 1993 en reprenant l’esthétique des univers d’heroic fantasy. Les cartes Pokémon sont apparues trois ans plus tard en s’appuyant sur la licence de jeux vidéo éponyme.

Depuis la création de ces jeux de cartes il y a plus de 30 ans, certaines pièces en rupture d’impression, ou bien des tirages exceptionnels par leur rareté, se revendent pour de coquettes sommes sur le marché de l’occasion. De quoi aiguiser l’appétit du fisc donc, selon certains internautes, qui affirment qu’en 2026, Bercy va « s’attaquer » à cette manne qui lui aurait prétendument échappé jusqu’alors.

Mais comme le rappelle lui-même le ministère de l’Économie sur son site, si certaines transactions de cartes à collectionner sont bien soumises à des taxes, aucun changement de fiscalité n’est prévu en 2026.

Rien en dessous de 5 000 euros

L’immense majorité des collectionneurs de cartes Pokémon peut déjà se rassurer : l’État n’effectue aucun prélèvement pour des reventes ponctuelles entre particuliers d’un montant inférieur à 5 000 euros.

De fait, la quasi-intégralité des transactions recensées sur les plateformes d’achat en ligne ne dépasse pas ce montant. Le prix de la plupart des cartes vendues à l’unité est compris dans une fourchette située entre quelques centimes d’euros et 100 euros. Les pièces cotées à plus de 5 000 euros existent, mais elles font figure d’anomalie.

Dans ces très rares cas, explique Bercy, « dès lors qu’une carte Pokémon présente les caractéristiques d’un objet de collection, sa revente donne lieu […] à l’application de la taxe forfaitaire sur les métaux précieux, les bijoux, les objets d’art, de collection et d’antiquité (TFOP) », égale à 6 % du montant de la transaction.

Ce prélèvement s’applique « par défaut » sur la revente par un particulier d’une carte Pokémon pour plus de 5 000 euros, explique Yannis Vassiliadis, doctorant en droit fiscal. En cas de litige, un contrôle a posteriori est réalisé par le juge, qui apprécie au cas par cas la qualité d’objet de collection pour une carte donnée, précise le Bulletin officiel des finances publiques (BOFiP).

La carte sera reconnue comme objet de collection en fonction d’un ou plusieurs critères parmi les suivants : « l’ancienneté ; la rareté ; l’importance de son prix, lequel doit être sensiblement supérieur à la valeur d’un bien similaire destiné à un usage courant ; l’arrêt de la fabrication du bien ; la provenance ou la destination ; l’intérêt historique qu’il présente ; le fait qu’il ait appartenu à un personnage célèbre ».

Cependant, il est possible « sur option et à condition d’avoir la date et la valeur d’achat, […] d’opter pour le régime de la plus-value [pour la revente de biens de consommation] qui n’impose qu’à hauteur de celle-ci et pas sur toute la vente », précise le juriste. Là encore, cela ne concerne que les transactions supérieures à 5 000 euros.

Ce régime, qui suppose donc de disposer des informations d’achat, prévoit un double prélèvement sur la seule assiette du bénéfice réalisé lors de la transaction : 19 % au titre de l’impôt sur le revenu et 17,2 % de prélèvements sociaux (CSG, CRDS et prélèvement de solidarité), pour une taxation totale de 36,2 % de la plus-value. À noter que cette fiscalité est réduite de 6 % par an à partir de la sixième année de détention du bien. Ce qui revient à une défiscalisation totale de la plus-value 22 ans après son acquisition.

Un qui pro quo fiscal

Ni la taxe sur les objets de collection ni le prélèvement sur la plus-value des biens de consommation ne sont de nouvelles mesures fiscales entrant en vigueur en 2026. Alors comment expliquer les récentes inquiétudes des internautes ? Par un probable qui pro quo fiscal.

En 2024, l’administration fiscale a modifié la définition des objets de collection assujettis à la TVA pour s’aligner sur la classification européenne. Au titre de cette imposition, « les cartes à collectionner […] ne constituent pas des objets de collection », a conclu Bercy, dans un article retiré depuis (archivé ici).

En s’appuyant sur ce changement de fiscalité, le ministère en avait déduit que c’était le régime de la plus-value qui s’appliquait par défaut aux reventes de cartes entre particuliers, et non celui des objets de collection. À tort. Cette lecture a par la suite été reprise dans la presse, contribuant à la confusion.

Le ministère avait en effet mal interprété ses propres textes : la modification de la doctrine fiscale pour la TVA des objets de collection « n’est pas mobilisable pour les autres impositions », explique Yannis Vassiliadis. En d’autres termes, les transactions de cartes entre particuliers n’étant pas soumises à la TVA, mais à la TFOP, la définition – plus restrictive – du bien de collection telle qu’amendée par l’administration en 2024 ne s’applique pas.

Contrairement à ce qu’indiquait alors Bercy, les cartes à collectionner vendues pour plus de 5 000 euros sont donc bien soumises, par défaut, à une taxe sur les objets de collection, tel que l’affirme aujourd’hui le ministère sur son site. Lequel confirme aux Surligneurs que cette interprétation « fait foi ».