Les Surligneurs est un média indépendant qui lutte contre la désinformation politique

rubriques
Illustration. Vue du lac du Col de la Vanoise (Savoie) lors de l’été caniculaire de 2022, dont le niveau a baissé. Photo : Florian Pépellin, 1er août 2022, CC BY-SA 4.0

Oui, les continents se réchauffent plus vite que les océans et, non, ça ne remet pas en cause le changement climatique

Création : 5 mai 2026

Autrice : Clara Robert-Motta, journaliste

Relecteur : Etienne Merle, journaliste

Liens d’intérêts ou fonctions politiques déclarés des intervenants à l’article : aucun

Secrétariat de rédaction : Etienne Merle, journaliste

Source : Compte Facebook, le 29 avril 2026

À l’occasion de la sortie d’un rapport annuel sur l’état du climat en Europe, d’anciens titres d’articles de presse assurant que plusieurs régions du globe se réchauffent plus vite que le reste du monde sont utilisés par des internautes pour remettre en question le réchauffement climatique. Mais, il n’y a rien d’anormal : les continents se réchauffent, de fait, plus vite que les océans et sont donc au-dessus de la hausse moyenne de température sur la planète.

À chaque publication de rapport sur le climat, le même narratif se met en route. C’est à qui trouvera les meilleures failles pour prouver que le réchauffement climatique serait une illusion, un « mensonge », une « escrologie », etc.

Ce 29 avril 2026, le Centre européen pour les prévisions météorologiques à moyen terme et l’Organisation météorologique mondiale, un organe de l’ONU, ont publié le rapport 2025 sur l’état européen du climat.

Pour titrer leurs articles, la majorité des médias ont choisi de traiter la particularité du continent européen : « L’Europe se réchauffe deux fois plus vite que la moyenne mondiale, alerte l’Institut Copernicus » écrit France info, « Climat : pourquoi l’Europe se réchauffe deux fois plus vite que le reste de la planète«  publie RFI.

Il faut dire que c’est l’un des chiffres les plus forts rapportés dans le document. Mais pour certains internautes, ce serait plutôt la preuve d’une arnaque. « Selon des zétudes l’Europe se réchaufferait plus vite que le reste de la terre. Sauf que des zétudes qui disent que se sont d’autres régions du monde qui se réchauffent plus vite que le reste de la planète, il y en a 12 par année. […] Ça ne ressemblerait-il pas (encore une fois) à de la propagande escrolo-climatiste, ça ? », entend dénoncer un internaute.

Ces utilisateurs des réseaux sociaux en veulent pour preuve plusieurs autres articles publiés précédemment dans la presse qui évoquent, eux aussi, une hausse de la température plus élevée dans certaines régions qu’ailleurs dans le monde.

En 2015, Le Monde expliquait que la Russie se réchauffait « 2,5 fois plus vite que la moyenne de la planète ». En 2022, 20Minutes indiquait que le Moyen-Orient se réchauffait « deux fois plus vite ». RFI a par ailleurs rapporté que des études récentes montraient que l’Arctique se réchauffait « quatre fois plus vite que le reste de la planète ».

L’Association des Climato-Réalistes, mais également Florian Philippot appuient sur ce point : « Tous les pays se réchauffent deux fois plus vite que le reste du monde », répond sur X l’association climatosceptique.

Si ces articles de presse existent bien, cela ne signifie pas pour autant que ces études se contredisent. Les Surligneurs font le point.

Les continents se réchauffent plus vite que les océans

Disons-le d’emblée : il est vrai de dire, qu’en moyenne, tous les continents se réchauffent plus vite que le reste de la planète. Précisément parce qu’il s’agit de surfaces continentales, et non de surfaces océaniques.

« Si la même quantité de rayonnement solaire arrive sur une surface continentale que sur une surface océanique, elles ne se réchaufferont pas de la même façon, explique Samuel Morin, directeur du CNRM (MétéoFrance – CNRS). Les océans vont pouvoir perdre de l’énergie par évaporation, dissiper la chaleur plus en profondeur ou même redistribuer de la chaleur, tandis que, sur les continents, cette dissipation est beaucoup plus faible; par exemple, l’évaporation des sols ne peut excéder une certaine limite. »

Schématiquement, les océans disposent d’une ressource en eau illimitée à leur surface. À l’inverse, les sols, une fois asséchés, n’éliminent plus efficacement la chaleur, l’accumulent davantage et se réchauffent donc plus rapidement.

La moyenne de la hausse de la température de l’air près de la surface à l’échelle de la planète est donc mécaniquement moindre que celle sur les seuls continents, car elle inclut les océans qui recouvre plus de 70% de la surface de la Terre.

Le rapport Copernicus montre une augmentation plus rapide de la température en Europe que dans d’autres espaces du globe. Sur la période 1996 – 2025, la température de l’air sur les surfaces continentales en Europe a augmenté de 0,56 °C par décennie.

Ce rythme est environ deux fois supérieur à la hausse moyenne globale (0,27 °C par décennie) et dépasse également celle observée sur l’ensemble des terres émergées à l’échelle mondiale (0,40 °C par décennie).

Autrement dit, les différents titres de presse qui sont parus au cours des dernières années annonçant que tel ou tel endroit se réchauffait tant de fois plus vite que le reste de la planète Terre étaient corrects.

Maintenant, entre tous les continents, certains se réchauffent plus vite que d’autres. Mais attention aux comparaisons trompeuses, alerte Hervé Douville, chercheur à MeteoFrance et ancien coordinateur et co-auteur du sixième rapport du Giec. « Lorsque l’on compare des études, il faut faire attention à ce qu’il y ait une cohérence entre les périodes de référence, mais aussi sur ce qui est mesuré – un taux ou un chiffre absolu, par exemple.« 

Si l’on s’en réfère au seul rapport Copernicus, et non aux études présentées dans d’autres journaux précédemment, l’Europe gagne la palme du continent qui se réchauffe le plus.

Mais certains titres de presse se sont mélangé les pinceaux, comme France culture qui explique que « l’Europe se réchauffe deux fois plus vite que les autres continents » – or, ce ratio est faux.

D’après le rapport Copernicus, sur la période 1996-2025, l’Europe a connu une augmentation de +0,56°C par décennie, contre +0,46°C pour l’Asie, +0,42°C pour l’Amérique du Nord, +0,36°C pour l’Afrique, +0,34°C pour l’Antarctique, +0,27°C pour l’Amérique centrale et du Sud, +0,23°C pour l’Asie australe.

En moyenne, les autres continents (hors Europe) ont connu une augmentation de température de 0,35°C par décennie : l’Europe se réchauffe donc 1,6 fois plus vite que les autres continents, mais deux fois plus vite que l’ensemble de la planète (océans compris).

Cette hausse plus importante s’explique par différents facteurs : un nombre croissant de vagues de chaleur dues à des changements dans la circulation atmosphérique, la baisse de la pollution de l’air qui réduit l’effet « parasol » des particules fines, une couverture neigeuse en baisse diminuant l’effet d’albédo, et la prise en compte des espaces les plus au nord de l’Europe, proche de l’Arctique (qui est non-continentale) et qui est la partie du globe qui se réchauffe le plus vite.

Un rapport annuel hiérarchisé pour les journalistes

Dire que l’Europe est le continent qui se réchauffe le plus vite n’est pas nouveau, mais il est vrai que les différents médias qui se sont penchés sur le rapport Copernicus, cette année, ont mis l’accent sur cet aspect.

Julien Nicolas, climatologue pour le service Copernicus et co-auteur du rapport, dit avoir été surpris que ce point-là ait tant été mis en avant dans les médias. « Il y avait beaucoup d’angles différents dans le rapport, peut-être celui-ci était le plus simple à résumer et à transmettre« , avance-t-il.

Le spécialiste ajoute que dans les précédents rapports annuels, la partie concernant le réchauffement de l’Europe était moins détaillée et moins mise en avant – comme on peut le vérifier ici – le rapport se concentrant davantage sur les conditions climatiques de l’année précédente.

Cela a été différent avec le rapport de l’année 2025, qui y consacre le premier chapitre sous le titre « Pourquoi l’Europe se réchauffe-t-elle si vite ? ». « Bien sûr, nos choix éditoriaux influencent aussi ceux des médias, nous nous efforçons de faire en sorte que les résultats que nous présentons soient compréhensibles par tous et ne soient ni mal interprétés ni mal reportés dans les médias« , note le climatologue.