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Des représentants de la filière bovine en manifestation à Paris contre l'accord UE-Mercosur, le 9 juillet 2025. Photo : Dimitar Dilkoff / AFP

Non, l’Union européenne ne va pas importer 20 000 tonnes de bœuf mexicain sans respect pour les normes européennes

Création : 29 mai 2026

Auteur : Clément François, journaliste

Relecteur : Vincent Couronne, docteur en droit européen, enseignant à Sciences Po Saint-Germain-en-Laye

Relectrice : Clara Robert-Motta, journaliste

Liens d’intérêts ou fonctions politiques déclarés des intervenants à l’article : aucun

Secrétariat de rédaction : Clément François, journaliste

Source : Compte Facebook, le 25 mai 2026

Des internautes s’inquiètent de l’arrivée en Europe de 20 000 tonnes de bœuf mexicain ne respectant pas les normes européennes, à la suite de la signature d’un accord commercial entre l’Union européenne et le Mexique. Le chiffre est plus faible et le bœuf importé doit répondre aux mêmes critères que le bœuf produit en Europe. 

La France va-t-elle être envahie de produits mexicains bourrés d’OGM ? De nombreux internautes s’inquiètent de la signature ce 22 mai à Mexico par la présidente de la Commission européenne, Ursula von der Leyen, d’un accord commercial entre l’Union européenne et le Mexique, qui doit encore être ratifié par les deux parties. 

Cet accord, qui existe depuis 2000, a été mis à jour cette année afin de faciliter les échanges de biens et de services entre les deux marchés, notamment en réduisant, et parfois en supprimant, les droits de douane existants. Les producteurs français s’inquiètent d’une arrivée massive de produits mexicains sur le marché français, et notamment le bœuf, dont le Mexique est le 7ème producteur mondial, d’après le GEB – Institut de l’Élevage. Sur les réseaux sociaux, le chiffre de 20 000 tonnes de viande bovine par an circule, mais est-il exact ? Les Surligneurs font le point. 

Un chiffre de 20 000 tonnes revu à la baisse 

Dans une première version de l’accord signé en 2020 entre le Mexique et l’Union européenne, il était en effet question de mettre en place un quota annuel d’importations de 20 000 tonnes de viande bovine mexicaine qui serait soumise à des droits de douane avantageux de 7.5% (au lieu de 10 % à 25 % normalement). Inacceptable pour les producteurs français, qui se sont vivement opposés à la mesure, avec une pétition recueillant plus de 120 000 signatures

Face à l’opposition du secteur bovin, l’accord a été modifié, et la version signée il y a quelques jours s’accorde sur des quotas d’importations moins importants et plus progressifs. Comme on peut le voir dans une annexe de l’accord, dénichée par nos confrères des Vérificateurs de TF1, la dernière version prévoit de commencer par 1 000 tonnes de bœuf la première année, puis 2 000 la deuxième année, 3 000 la troisième année, 4 000 la quatrième année, puis 5 000 la cinquième année. Les années suivantes, ce sont bien 5 000 tonnes de bœuf par an qui profiteront de ce taux avantageux de 7,5 %. L’accord prévoit les mêmes termes pour les abats de bœuf, qui pourront atteindre 5 000 tonnes par an d’ici 5 ans. 

Si l’accord final signé le 22 mai est identique à la version disponible en ligne, dans cinq ans, l’Union européenne pourra donc importer à terme 10 000 tonnes de bœuf, au total, par an à un taux de 7,5 %, moitié moins que les 20 000 tonnes avancées par les internautes. Toute quantité supplémentaire de bœuf importé sera taxée plus fortement à l’entrée dans l’Union européenne (entre 10 et 25 %). Ces 10 000 tonnes représentent 0,66 % de la consommation totale de bœuf en France, évaluée à 1,5 million de tonnes par an par l’Agreste. Près d’un quart de la viande de bœuf consommée en France est importée.

Des contreparties pour les exportateurs français

L’Union européenne assure que ces importations ne se feront pas au détriment des agriculteurs français, l’accord prévoyant des contreparties pour les producteurs français souhaitant exporter leur viande au Mexique. 

Dans une conférence de presse suivant la signature de l’accord le 22 mai dernier, la Commission européenne précise que le Mexique va progressivement réduire ses droits de douane et augmenter ses importations de bœuf européen. 6 000 tonnes de bœuf seront importées la première année, et 6 000 supplémentaires chaque année jusqu’à atteindre 30 000 tonnes annuelles. En parallèle, les droits de douane correspondants baisseront, passant à 7.5 % la première année, puis diminuant de 1,25 point chaque année, jusqu’à atteindre zéro. 

D’ici 7 ans, les producteurs européens pourront donc exporter jusqu’à 30 000 tonnes de bœuf par an au Mexique sans droits de douane supplémentaires. Si l’UE précise que « le Mexique est un importateur net de produits agroalimentaires de l’UE », rien dans l’accord n’assure que 30 000 tonnes de bœuf européen seront exportées outre-Atlantique, ce n’est qu’une limite, et le bœuf n’est pas le seul produit de l’industrie agroalimentaire exporté au Mexique. 

Et les normes de sécurité ? 

Un autre point qui inquiète nos internautes est l’arrivée en Europe de produits qui ne respectent pas les normes européennes de traçabilité, de protection de l’environnement ou de bien-être animal. Les producteurs dénoncent une concurrence déloyale entre le cahier des charges européen complexe et les normes assouplies dont profitent les exportateurs mexicains. 

Dans la même conférence de presse, la Commission européenne assure que « toutes les importations en provenance du Mexique doivent respecter les règles de l’UE concernant: les normes techniques applicables aux produits; la sécurité des consommateurs; la protection de l’environnement; la santé animale et végétale; la sécurité alimentaire et les organismes génétiquement modifiés (OGM) ». Une position conforme à ce que prévoit déjà la législation européenne, notamment un règlement de 2002 adopté par le Parlement européen et le Conseil réunissant les États membres, qui impose à toute denrée alimentaire le respect de la législation européenne, même si elles sont importées.

Pour s’assurer de la coopération des exportateurs mexicains, les contrôles à l’entrée du sol européen vont s’intensifier, à la suite de la signature d’un autre accord commercial qui a fait couler beaucoup d’encre : l’accord UE-Mercosur, regroupant plusieurs pays d’Amérique du Sud, dont le Mexique est seulement un pays observateur, qui ne participe pas aux prises de décisions. Le nombre d’inspections dans les pays américains va augmenter de 50 % en 2026-2027, et ceux à l’entrée des produits sur le sol européen de 33 %, assure la Commission européenne. La France, de son côté, a annoncé la mise en place de « brigades de contrôles » ayant pour objectif de renforcer les analyses visant les produits importés.