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Le 6 août 2026, proche de Saint-André-de-Roquelongue, les pompiers éteignent un feu. Photo : Idriss Bigou-Gilles / AFP

Non, la France ne compte pas 58 fois plus de départs de feu que la Chine

Création : 10 août 2026

Autrice : Mathilde Lafargue, journaliste

Relectrice : Clara Robert-Motta, journaliste

Liens d’intérêts ou fonctions politiques déclarés des intervenants à l’article : aucun

Secrétariat de rédaction : Clara Robert-Motta, journaliste

Source : Compte X, le 2 août 2026

Un internaute alerte sur la quantité de départs de feu qui serait bien plus importante en France qu’en Chine. La confusion qui mêle des chiffres sur les incendies dans leur globalité et les feux de forêt, est née d’une mauvaise lecture d’un passage du JT de 13h. Néanmoins, les incendies forestiers auraient effectivement été plus nombreux en France qu’en Chine, en 2025, mais dans des proportions moindres.

« La Chine n’a enregistré que 226 départs de feu en 2025, en France, on en est déjà à plus de 13 000. » La phrase a de quoi alarmer, alors que l’été 2026 est marqué par les incendies dans l’Hexagone. À croire cette publication sur les réseaux sociaux, cela voudrait dire qu’il y aurait presque 58 fois plus de départs de feu en France qu’en Chine. 

Le grand écart entre les chiffres avancés est pourtant incorrect. Il est la conséquence d’une confusion entre le nombre de départs de feu – tous feux confondus – et celui de feux de forêt, seulement. Les Surligneurs font le point.

Tout est parti d’un reportage diffusé au JT de 13h

L’affirmation s’accompagne d’un reportage diffusé au journal télévisé de 13h de TF1 du 2 août 2026 : « Chine, techniques radicales contre les incendies ». « En vingt-cinq ans, la Chine a divisé par 100 le nombre d’incendies forestiers sur son territoire », notent les journalistes qui ont réalisé ce sujet avant d’insister sur les méthodes de dissuasion mises en place par le gouvernement chinois pour enrayer les départs de feu de forêt. Dans les deux minutes de reportage, il n’est fait mention d’aucun autre chiffre.

Mais alors, comment l’internaute relayant le reportage a-t-il pu conclure qu’il n’y aurait eu que 226 départs de feu en Chine contre 13 000 en France ? 

Côté français, pas de mention d’un quelconque bilan chiffré dans le reportage. Néanmoins, le 30 juillet 2026, le ministre de l’Intérieur a fait état de « 14 131 feux depuis le début de la saison », en conférence de presse. Un nombre qui se situe donc dans le même ordre de grandeur que ce qu’avance l’internaute.

Côté chinois, il faut se référer au lancement du reportage (à partir de 9 min 50) – qui n’apparaît pas dans l’extrait choisi, et qui n’est plus disponible en ligne, mais que Les Surligneurs ont pu consulter. « Comment lutter contre ces incendies ? La Chine semble avoir trouvé le remède. Elle n’a enregistré que 226 départs de feu l’an dernier, un niveau historiquement bas », annonce la présentatrice du JT, Audrey Crespo-Mara.

Le reportage concerne exclusivement les départs de feu de forêt en Chine, mais il est donc lancé avec un chiffre présenté comme celui, plus général, des « départs de feu ». Cette imprécision peut expliquer l’interprétation erronée qui en est faite par l’internaute.

Distinguer feux et feux de forêt

Les chiffres concernant les incendies en général et les feux de forêt sont assez difficiles à comparer, car tous les services de l’État, même au sein d’un même pays, ne comptabilisent pas de la même façon. 

Ainsi, en France, en 2024, 234 702 incendies ont été recensés par la direction générale de la Sécurité civile et de la gestion des crises (DGSCGC). Parmi ces feux, en 2024, la majorité provenait de feux d’habitations et de bureaux (63 023 interventions pour ce motif) quand les feux de végétations comptabilisaient 29 270 interventions. Pour cette même année 2024, la Base de données sur les incendies de forêt en France (BDIFF) – pilotée par le ministère de l’Agriculture et de la Souveraineté alimentaire et le ministère de l’Intérieur – ne comptabilisait « que » 1 356 feux de forêt. Pour l’année suivante, en 2025, l’Office national des forêts (ONF) répertoriait 15 000 départs de feu ont été répertoriés, dont 1 800 feux de forêt.

La différence entre ces chiffres s’explique par le fait que la DGSCGC recense les interventions des pompiers, quand le BDIFF a une définition plus stricte : les incendies de forêt sont restreints aux feux qui touchent une zone forestière d’une « surface minimale de 0,5 hectare et que des arbres ou arbustes y sont partiellement ou complètement détruits ».

En 2025, la Chine a enregistré 841 000 feux (selon le Bureau national des incendies et des secours), dont 397 000 « incendies en plein air ». Seuls 272 ont été qualifiés de « feux de forêt », détaillait Wang Tianrui, porte-parole de l’Administration nationale des sapeurs-pompiers, lors d’une conférence de presse en mars 2026.

Le règlement concernant l’identification des feux de forêt en Chine a été modifié fin 2025. Ainsi, à partir de 2026, sont considérés comme des feux de forêt des incendies qui touchent une superficie forestière supérieure à 0,067 hectare et/ou qui font un ou plusieurs blessés graves, tandis que pour les feux de prairies, la superficie doit être supérieure à dix hectares brûlés.

Un fossé entre le nombre de feux de forêt en Chine et en France

Même s’il est périlleux de faire une comparaison entre deux systèmes de classification différents, il est possible d’avoir un ordre d’idée du nombre d’incendies à la fois en Chine et en France. L’an dernier, il y a eu 3,6 fois plus de feux sur lesquels sont intervenus les secours – tous feux confondus – en Chine qu’en France. À noter que la superficie du territoire chinois représente environ 17 fois la France métropolitaine.

De la même façon, la définition de « feu de forêt » n’est pas exactement la même entre les deux pays, mais, à en croire que les données des services de sécurité des deux pays, la France compterait 6,6 fois plus de feux de forêt que la Chine (en 2025, 1 800 en France contre 272 en Chine). Si l’écart annoncé par l’internaute (13 000 contre 226) est faux, ce ratio – 6,6 fois plus – peut légitimement interroger. 

Le reportage de TF1 évoque des pistes pour expliquer une moindre proportion d’incendies en Chine : les politiques de prévention, surveillance et répression particulièrement développées en Chine. La manière de comptabiliser les incendies forestiers, du côté des administrations chinoises, pourrait éventuellement jouer un rôle aussi, comme nous l’avons évoqué.

La différence dans la couverture forestière de chaque pays pourrait aussi apporter une explication, notamment mise en relation avec la densité de la population. Le taux de boisement s’élève à 32 % en France métropolitaine contre 25 % en Chine. Mécaniquement, le territoire français se trouve donc un peu plus exposé au risque de feux de forêt. 

En superposant une carte des forêts avec celle de la densité de la population, il est possible d’affiner l’analyse à l’échelle régionale. Certaines provinces particulièrement peuplées en Chine sont moins densément boisées, au Nord-Est notamment. L’urbanisation à proximité des forêts est un facteur clé pour penser les risques de feux. En France métropolitaine, 90% des départs de feux sont d’origine humaine, précise l’ONF.

La pertinence du calcul du nombre de départ de feu

Plus largement, d’autres indicateurs sur les incendies sont à considérer en plus du nombre de départs de feu, pour comparer la situation entre deux pays, comme par exemple la durée du feu et la superficie brûlée. « La surface des feux est importante pour arriver à voir la puissance des feux, notamment à leur éclosion, note Christophe Chantepy, expert en Défense des forêts contre les incendies (DFCI) pour l’ONF. Jusqu’à présent 95 % des feux étaient arrêtés avant de faire 5 hectares [en France], grâce à l’efficacité des services de lutte. »

Le spécialiste revient sur le suivi du nombre de départs de feu : « Il est pertinent car un feu qui ne démarre pas ne va donc rien détruire. C’est là que nous voyons notamment la force des politiques de prévention. Mais tout seul, sans analyse, ça ne vaut rien. » Il ajoute : « On pourrait avoir un nombre de départs de feu supérieur et pour autant une meilleure sensibilisation. Des actes qui étaient sans conséquences les années précédentes se retrouvent [maintenant] à pouvoir faire démarrer un feu, avec la sécheresse de la végétation. »