Non, des dizaines de scientifiques ne viennent pas de démissionner du Giec
Auteur : Nicolas Turcev, journaliste
Relectrice : Clara Robert-Motta, journaliste
Liens d’intérêts ou fonctions politiques déclarés des intervenants à l’article : aucun
Secrétariat de rédaction : Nicolas Turcev, journaliste
Source : Compte Facebook, le 6 mai 2026
Plusieurs internautes affirment que le panel international expert du climat traverse une crise historique à la suite de la démission de 46 de ses membres. Il s’agit d’une infox qui circule depuis au moins 2011.
La plus haute autorité scientifique sur l’étude du climat menace-t-elle de s’effondrer ? Selon plusieurs publications parues sur les réseaux sociaux, 46 scientifiques viendraient de quitter avec fracas le Groupe d’experts intergouvernemental sur l’évolution du climat (Giec). La raison de ce départ ? Les « mensonges » propagés par le Giec, dont les chercheurs auraient finalement reconnu l’existence.
En réalité, aucune démission massive n’a eu lieu au sein du Giec : il s’agit d’une infox qui s’appuie sur une liste de citations vieille de plus de dix ans.
Une liste avec des morts
La récente rumeur de ces démissions provient d’un article de blog en langue anglaise intitulé « Le Giec s’effondre », publié le 14 avril 2026. Son auteur soutient que 46 scientifiques du panel « ont démissionné parce qu’ils ne sont pas écoutés en raison de leurs opinions contraires au narratif actuel. […] La théorie du réchauffement global est en train d’être démontée par les mêmes chercheurs précédemment en charge de sa diffusion ».
A l’appui de ses dires, le bloggeur, qui se décrit comme un « ingénieur et scientifique », relaie 46 citations attribuées à des scientifiques démontrant le scepticisme de ces soi-disant chercheurs démissionnaires.
Mais cette liste n’a rien d’original ni de récent : elle circule au moins depuis 2011 et fait depuis régulièrement surface sur la toile. Elle ne peut donc servir à prouver une vague de départ qui aurait eu lieu récemment. Plusieurs des personnes citées dans cette liste sont même décédées depuis sa parution, tel que le Néo-zélandais Chris de Freitas, mort en 2017.
De plus, la plupart des prétendus « scientifiques » référencés sont loin d’être des experts du climat internationalement reconnus. La liste contient notamment des profils de consultants privés (1, 2), et de chercheurs dont les travaux ont été désapprouvés par leurs pairs (1, 2). Une bonne partie d’entre eux figurent dans une base de données listant les personnes ayant contribué à « retarder et à détourner l’attention du public […] des mesures nécessaires pour […] lutter contre le réchauffement climatique » produite par l’ONG de lutte contre la désinformation climatique DeSmog.
Aucune trace dans l’organigramme du Giec
Enfin, contrairement à ce qui est prétendu en ligne, aucun de ces 46 « scientifiques » n’a « démissionné » du Giec. Si la structure de l’organisation permet à des scientifiques d’endosser certaines responsabilités, comme la direction d’un groupe d’étude ou la rédaction d’un rapport, d’après nos recherches, aucune des 46 personnes figurant dans la liste partagée sur les réseaux n’a occupé un tel rôle au sein du Giec.
Les liens – ténus – qu’auraient pu entretenir certains de ces profils avec le Giec tiennent au fait que l’institution s’appuie sur le travail de centaines, voire de milliers de scientifiques à travers le monde : nombre d’entre eux sont sollicités pour analyser, amender et critiquer les travaux produits par l’institution. Les contributions « non sollicitées » sont aussi « encouragées » par le Giec, d’après son site web.
Autrement dit, en pratique, il suffit de se prévaloir d’une expertise dans un domaine et d’écrire au Giec pour revendiquer un lien avec l’institution, quand bien même celui-ci serait très étroit. En réalité, plutôt qu’avoir « démissionné » du Giec, les 46 scientifiques dissidents cités par les internautes s’inscrivent en dehors d’un consensus international sur l’origine anthropique du réchauffement climatique, que le Giec incarne.
