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Image d'illustration. Une unité de réanimation pédiatrique au sein du service des urgences pédiatriques du CHU Pellegrin à Bordeaux, le 3 novembre 2022. Photo Philippe LOPEZ / AFP

Les médecins peuvent-ils vraiment décider de ne pas réanimer les patients ?

Création : 21 septembre 2026

Autrice : Clara Robert-Motta, journaliste

Relecteurs : Jean-Paul Markus, professeur de droit public à l’Université Paris-Saclay 

Etienne Merle, journaliste

Liens d’intérêts ou fonctions politiques déclarés des intervenants à l’article : aucun

Secrétariat de rédaction : Etienne Merle, journaliste

Source : Compte Facebook, le 6 septembre 2026

Le témoignage d’un journaliste est utilisé de façon trompeuse pour généraliser l’idée selon laquelle les médecins auraient droit de vie ou de mort sur les patients. Ces pratiques sont encadrées par la loi, les médecins doivent peser les bénéfices-risques pour le patient.

La loi créant un droit à l’aide à mourir a été votée par les parlementaires et validée par le Conseil constitutionnel avec des réserves, cet été. Durant les deux ans pendant lesquels la proposition de loi a été examinée dans les différentes chambres, le débat a été riche en questionnements éthiques, mais aussi pratiques. Il aura aussi été ponctué de désinformations, sur le contenu de la loi ainsi que sur les pratiques actuelles.

Parmi celles-ci, le témoignage d’un journaliste de BFM a été utilisé pour faire croire que les médecins pouvaient décider, n’importe quand, de ne plus réanimer les patients admis à l’hôpital, arguant parfois qu’il existerait une consigne donnée aux hôpitaux de ne plus réanimer qui que ce soit au-delà de 90 ans.

En réalité, la loi française encadre déjà les pratiques médicales, et permet de ne pas entreprendre ou d’arrêter des traitements lorsqu’ils apparaissent inutiles, disproportionnés ou n’ont d’autre effet que le seul maintien artificiel de la vie.

Le témoignage personnel d’un journaliste

Le 20 novembre 2025, sur BFM, un journaliste de la chaîne témoigne d’un épisode vraisemblablement douloureux que ses proches et lui ont vécu à l’hôpital. « Ma grand-mère, elle est arrivée aux urgences, 90 ans, elle a Alzheimer, […] elle a été admise et très vite, un médecin nous a dit avec ma tante, si la situation se présente, on ne la réanimera pas », narre le présentateur avant de dénoncer un texte de loi qui autorise les médecins à interrompre les soins.

Lors de la première diffusion de l’interview, des commentateurs extrapolent pour assurer que les médecins ont l’interdiction de réanimer les personnes de plus de 90 ans. C’est faux, il n’existe pas de directive d’un tel ordre, comme l’ont rappelé plusieurs médias qui se sont penchés sur la question, comme 20 Minutes ou Radio France.

Des procédures de réanimation parfois invasives dont il faut mesurer les conséquences

En revanche, il est vrai que la réanimation est un choix médical. Pour chaque cas, les médecins doivent évaluer les bénéfices et risques pour le patient d’être réanimé tout en s’assurant, lorsque cela est possible, de son consentement.

« Il faut bien comprendre que la réanimation, ce n’est pas une baguette magique et que les conséquences peuvent être violentes », rappelle Juliette Quesada, médecin praticienne hospitalière qui travaille aux urgences et au SAMU et qui fait de la vulgarisation sur les réseaux sociaux.

La médecin développe différents cas de figure de réanimation. Pour une personne en situation d’arrêt cardiaque, le personnel médical peut être amené à faire un massage cardiaque. « Chez une personne très âgée, on casse quasiment systématiquement les côtes lors du massage », raconte le docteur Quesada.

Il faut aussi prendre en compte le temps durant lequel la personne ne sera plus assez oxygénée et anticiper quelles seront les conséquences sur le long terme. « Une personne de 50 ans [âge physiologique, ndlr] dont le cœur repart après dix à quinze minutes pourra s’en remettre et prendre le temps de faire de la rééducation par la suite ; pour une personne beaucoup plus âgée, c’est beaucoup plus compliqué », développe-t-elle.

Outre l’arrêt cardio-respiratoire, la réanimation peut prendre la forme, pour des patients extrêmement graves dont le cœur décompense, d’un transfert en réanimation : l’adrénaline peut notamment être administrée par voie intraveineuse ou par voie intra-osseuse, et on peut également intuber la personne.

Pas d’obstination déraisonnable

Pour décider de mettre en œuvre ces procédés extrêmement invasifs, les médecins doivent systématiquement évaluer les conséquences que vont avoir ces actions sur les patients. Car le médecin n’a pas le droit de s’obstiner de façon déraisonnable, comme le dispose la loi Leonetti de 2005.

« Ces actes [traitements et soins appropriés, ndlr] ne doivent pas être poursuivis par une obstination déraisonnable. Lorsqu’ils apparaissent inutiles, disproportionnés ou n’ayant d’autre effet que le seul maintien artificiel de la vie, ils peuvent être suspendus ou ne pas être entrepris », est-il écrit.

On retrouve cette même notion dans le code de déontologie médicale qui dispose en plus qu’en « toutes circonstances, le médecin doit s’efforcer de soulager les souffrances du malade par des moyens appropriés à son état et l’assister moralement ».

Pour prendre cette décision, le code de la santé publique est explicite sur le fait que ces actions peuvent l’être conformément à la volonté du patient, mais s’il n’est pas en état d’exprimer sa volonté, une procédure collégiale est mise en œuvre.

En fin de compte, si les médecins doivent décider et assumer la responsabilité d’un tel choix, ce doit toujours être dans l’intérêt du patient.