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À Paris, le 29 mai 2026, une enseigne de pharmacie affiche la température extérieure, 33 degrés Celsius. Photo : Simon Wohlfahrt / AFP

Les fortes températures de mai 1922, 1945 et 1947 remettent-elles en cause le caractère exceptionnel de la canicule de mai 2026 ?

Création : 29 mai 2026

Autrice : Clara Robert-Motta, journaliste

Relectrice : Maylis Ygrand, journaliste

Liens d’intérêts ou fonctions politiques déclarés des intervenants à l’article : aucun

Secrétariat de rédaction : Clara Robert-Motta, journaliste

Source : Compte Facebook, le 27 mai 2026

Sur CNews et sur les réseaux sociaux, les événements de chaleur ponctuels recensés sur des mois de mai des années précédentes – comme en 1922, 1945 et 1947 – sont utilisés pour remettre en cause le caractère exceptionnel de la vague de chaleur qui étouffe la France et l’Europe de l’Ouest.

« À Paris, il y a déjà eu des vagues de chaleur comparables, présente Pascal Praud, l’animateur de CNews, ce 26 mai 2026. J’ai lu – alors il faut toujours se méfier parce que ce sont des sujets inflammables sur les réseaux sociaux – qu’en 1922, 1947, il y a des pics de chaleurs très importants sur la capitale. »

Pascal Praud fait bien de se méfier, en effet. Sur les réseaux sociaux et sur son plateau, une petite musique s’est installée selon laquelle des températures similaires précédemment enregistrées remettraient en cause le caractère exceptionnel de la vague de chaleur de ce mois de mai 2026. « Canicule en mai ? Chaleur sans précédent ? Vraiment ? Le thermomètre de mai ne ment pas ! Regardons les faits, pas les titres alarmistes », enjoint une publication.

« Moi, ça m’inquiète pas franchement. » Georges Fenech, ancien magistrat habitué des plateaux de CNews, appelle à « relativiser » les fortes chaleurs. « La météo, ça va et ça vient, fait la moue le chroniqueur. On a toujours eu des pics de chaleurs. Vous vous souvenez 76, la canicule, etc. Il faut relativiser. » Pascal Praud, qui a déjà fait écoper à sa chaîne d’une condamnation de l’Arcom pour avoir laissé tenir des propos climatosceptiques sans contradiction à l’antenne confirmée par le Conseil d’État, a bien tenté mollement de retenir son invité par un « Non, non il faut prendre conscience du changement climatique ». Un expert climatique avait même, pendant deux minutes d’interview, remis en perspective les relevés de températures du XXe siècle. 

Cela n’aura pas suffi à convaincre le profane en la matière, Georges Fenech, qui estimera finalement qu’il n’y a pas de consensus scientifique sur le réchauffement climatique. Au-delà de cette fausse information maintes fois démontée (ici, ici, ici, ici), pourquoi peut-on affirmer que l’épisode caniculaire que vit aujourd’hui la France est exceptionnel ? 

Des températures hautes en 1922 et 1947 qui ne constituent pas une vague de chaleur

Les chiffres des internautes sont généralement justes. À plusieurs reprises, le mercure a dépassé les 30°C sur certaines journées de mai au cours du XXe siècle. 

« Il est exact que la France a connu par le passé des épisodes de chaleur notables au mois de mai. En 1922, Paris a atteint 34,8°C le 24 mai ; en 1945, Lyon enregistrait jusqu’à 34°C en journée le 16 mai. Ces faits sont réels et documentés dans nos archives. La comparaison s’arrête là, indique le service presse de MétéoFrance aux Surligneurs. L’épisode actuel se distingue de tous les précédents par l’intensité, des nuits inhabituellement chaudes, l’extension géographique et la durée. »

Pour ces trois mois de mai 1922, 1945 et 1947 que reprennent les internautes, il a effectivement fait très chaud, mais pas de façon à être défini comme des vagues de chaleur ou des canicules, contrairement à l’épisode que nous vivons en mai 2026. 

Comme l’explicite le site de MétéoFrance, ces définitions correspondent à des situations précises. Si un pic de chaleur désigne un épisode bref (24 heures à 48 heures) durant lequel les températures sont « nettement supérieures aux normales de saison », une vague de chaleur s’en distingue par la durée (plusieurs jours) et sa portée (elle se définit à l’échelle nationale). Enfin, la canicule désigne « un épisode de températures élevées de jour comme de nuit sur une période prolongée (au moins trois jours) qui est susceptible de constituer un risque sanitaire, notamment pour les personnes fragiles ou surexposées ».

« On a pas atteint le seuil de vagues de chaleur en mai ces années-là, nous sommes beaucoup plus haut aujourd’hui », analyse Serge Zaka, ingénieur en agroclimatologie et vulgarisateur sur le climat, avec une visualisation sur X, en se basant sur les données de MétéoFrance et d’InfoClimat. Depuis le début des données (1900), 2026 est l’année la plus précoce en termes de vague de chaleur, et la seule dont une s’est déclenchée en mai. La première vague de chaleur de l’année 1922 est arrivée à la mi-août, tandis qu’en 1947 c’était fin juin. 

« Les températures observées sont très nettement supérieures à tout ce que nous avons connu en mai. Les températures dépassent fréquemment les 35 °C l’après-midi et ne descendent pas sous les 20 °C avec des anomalies de températures de près de 15 degrés par rapport aux normales, note MétéoFrance. Les précédentes valeurs maximales observées, datant souvent de 2022 ou 2017 (deux dates récentes) sont dépassées, parfois de plusieurs degrés, et ce plusieurs jours de suite. »

Sur cinq jours, 375 records de températures

Sur la période du 23 au 27 mai, environ 109 records de températures minimales et 266 records de températures maximales ont été enregistrés, rapporte un climatologue de MétéoFrance au Monde. C’est plus de la moitié de la France qui a connu un record mensuel de chaleur, toujours selon l’institution.

L’épisode caniculaire est aujourd’hui très clair en France au vu de la température moyenne qui reste très élevée la nuit. C’est le marqueur le plus révélateur, selon MétéoFrance. « En 1922, les températures se rafraîchissaient la nuit à environ 17°C. […] La nuit de mercredi à jeudi, les températures ont à nouveau atteint des niveaux de températures inédits dans de nombreuses villes de l’ouest de la France et sur l’Île-de-France, atteignant déjà 19 à 23 °C au petit matin ce jeudi. »

Toutes ces données (maximales et minimales) sont vérifiables sur le site d’Infoclimat qui recense différentes bases de données de MétéoFrance. À noter que les équipes de MétéoFrance prennent avec précaution les données antérieures à 1947. « Les données antérieures aux années 1940 doivent par ailleurs être interprétées avec prudence. Les abris météorologiques de l’époque, insuffisamment ventilés, conduisaient à une légère surestimation des températures maximales diurnes. Nos équipes prennent donc ces valeurs avec la réserve scientifique qui s’impose. »

Les techniques ont, en effet, évolué au fil du siècle : réseau d’observateurs humains depuis 1855, premières stations automatiques d’observation météorologique durant la Seconde guerre mondiale, premier radar météo opérationnel en 1949, puis satellite météorologique à partir des années 60.

Cette précocité et intensité d’une vague de chaleur en 2026 n’est pas qu’exceptionnelle, elle s’inscrit dans les prévisions des scientifiques qui alertent sur l’impact du changement climatique qui intensifie les épisodes extrêmes, et donc amène à des vagues de chaleur de plus en plus fréquentes et intenses.