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Le supposé cliché de l’assaillant présumé comptabilise, le 26 octobre, plus de 150 000 vues sur X. Photo : Capture Écran Facebook/ Service de police de l'agglomération de Longueuil

Fusillade dans un collège d’Aubagne : non, cette photo n’est pas celle du collégien qui a ouvert le feu

Création : 26 octobre 2026

Autrice : Delphine Schiltz, journaliste

Relecteur : Maylis Ygrand, journaliste

Liens d’intérêts ou fonctions politiques déclarés des intervenants à l’article : aucun

Secrétariat de rédaction : Delphine Schiltz, journaliste

Source : Compte Facebook, le 14 octobre 2026

La photographie qui circule en ligne ne montre pas l’adolescent impliqué dans les tirs au collège d’Aubagne le 12 octobre 2026, mais un jeune homme impliqué dans une affaire de meurtre au Québec (Canada). Pour rappel, la publication de l’image d’un mineur délinquant est une infraction punie par la loi.

Un lynchage public en bonne et due forme. Plusieurs internautes diffusent en ligne le cliché d’un jeune homme qu’ils désignent comme étant le collégien impliqué dans la fusillade survenue à Aubagne, le 12 octobre 2026.

Un adolescent de 14 ans avait ouvert le feu au fusil de chasse dans le collège Joseph Lakanal d’Aubagne (Bouches-du-Rhône) où il était scolarisé, blessant le principal de l’établissement et une professeure.

Le collégien a été placé en garde à vue puis en détention provisoire le 14 octobre, conformément aux réquisitions du parquet national antiterroriste. Lequel a ouvert une enquête de flagrance pour « tentatives d’assassinat en relation avec une entreprise terroriste » et « association de malfaiteurs terroriste ». Selon les premiers éléments communiqués, l’adolescent serait lié à la True Crime Community (TCC), mouvance qui glorifie les tueries de masse, importée des États-Unis.

Pour dénoncer cette attaque, la première du genre reconnue dans une école française, plusieurs internautes ont publié en ligne la photo d’un jeune homme qu’ils présentent comme étant le responsable de la fusillade du 12 octobre 2026 : « Voilà la photo du “pauvre lycéen” qui a tiré sur un proviseur et un prof à Aubagne », écrivent-ils.

Partagé sur X par un compte d’extrême droite, le supposé cliché de l’assaillant présumé comptabilise, le 26 octobre, plus de 150 000 vues.

Le jeune homme n’est pas blanc, ce qui a suscité des allusions racistes : « On comprend mieux pourquoi les juges ont demandé aux médias de ne pas divulguer [sa photo] », allègue cet internaute.

Or, l’image ne montre pas l’adolescent impliqué dans les tirs au collège d’Aubagne le 12 octobre 2026.

La photo d’un majeur condamné au Québec

En réalité, ce visage correspond à celui de Muwaz Ullah, un jeune homme de 21 ans, condamné pour un meurtre survenu le 18 janvier 2024 à la gare de Saint-Lambert à Montréal, au Canada.

Sa photo avait été diffusée en juin 2024 par la police canadienne au moment de son arrestation aux côtés de quatre autres suspects, comme en atteste ce post Facebook.

Le jeune homme, 19 ans au moment des faits, a été jugé à l’hiver 2026. Son portrait réapparait dans un compte rendu d’audience publié le 19 février 2026 par le Journal de Montréal. Sous le cliché, cette légende : « Muwaz Ullah a plaidé coupable du meurtre au deuxième degré de Gabriel Lauzier, un jeune revendeur de vapoteuses, survenu le 18 janvier 2024 à la gare de Saint-Lambert. » 

La photo qui circule en ligne ne montre donc pas l’adolescent de 14 ans impliqué dans les tirs au collège d’Aubagne le 12 octobre 2026, mais un majeur, identifié par la police et la presse canadienne, impliqué dans une affaire de meurtre commis au Québec en 2024.

15 000 euros d’amende

Rappelons que l’article L513-4 du Code de la justice pénale des mineurs interdit « la publication, par tout moyen, de tout texte ou de toute illustration concernant l’identité et la personnalité des mineurs auteurs d’infraction », qu’ils soient poursuivis ou condamnés.

La décision « rendue en audience publique à l’encontre du mineur peut être publiée, mais sans que les nom et prénom du mineur soient indiqués, même par une initiale », précise aussi le texte. Diffuser la photo d’un mineur délinquant, publier son nom ou des éléments permettant de le reconnaître est puni d’une amende de 15 000 euros.

L’article 39 bis de la loi du 29 juillet 1881 sur la presse interdit, pour sa part, de diffuser, de quelque manière que ce soit, des informations relatives à l’identité d’un mineur victime d’une infraction, d’un mineur en fugue, d’un mineur qui s’est suicidé ou d’un mineur délaissé par ses parents ou ceux qui en ont la garde.