Est-il vrai que le prêt de 90 milliards d’euros pour l’Ukraine va être « payé par Poutine » ?
Autrice : Clara Robert-Motta, journaliste
Relectrice et relecteur : Sarah Auclair, doctorante en droit public à l’Université Paris-Est Créteil
Etienne Merle, journaliste
Liens d’intérêts ou fonctions politiques déclarés des intervenants à l’article : aucun
Secrétariat de rédaction : Clara Robert-Motta, journaliste
Source : Compte Facebook, le 13 février 2026
Alors que le Parlement européen a approuvé un prêt de 90 milliards d’euros à l’Ukraine en soutien face à l’agression armée russe, des critiques sont émises sur le remboursement futur de celui-ci qui reposerait, selon ses détracteurs, sur les Européens. En réponse, certains leur opposent que ce prêt devra être remboursé par la Russie en ce qu’elle remboursera l’Ukraine de dommages et intérêts. C’est plus compliqué que cela.
Des politiques de tous bords ont utilisé le vote d’un prêt de 90 milliards d’euros pour l’Ukraine dans l’hémicycle européen ce 11 février 2026 pour communiquer sur leurs réseaux sociaux. L’extrême droite a dénoncé « un don » qui reposerait entièrement sur les Européens.
« Ce prêt européen de 90 milliards d’euros n’a qu’une probabilité infime d’être remboursé. Cela veut donc dire grever les finances publiques françaises de près de 18 milliards d’euros, alors qu’elles sont déjà dans une situation alarmante », a commenté Jordan Bardella sur X.
Cette saillie et celles d’autres eurodéputés des Patriotes ne sont pas passées inaperçues et plusieurs politiques et internautes ont souhaité rétablir la vérité. « C’est faux, assure Raphaël Glucksmann sur X, le lendemain du vote. L’emprunt sera remboursé par l’Ukraine si la Russie verse des réparations ou par les avoirs russes gelés si la Russie s’y refuse. Pas par les contribuables français ! Je ne vous laisserai pas travestir votre soumission à Poutine en défense des intérêts français. »
Une publication largement partagée sur les réseaux sociaux va encore plus loin et tente une explication : le « prêt [sera] payé par Poutine, pas par nous. […] Le prêt de 90 milliards d’euros est basé sur le mécanisme ERA (Extraordinary Revenue Acceleration). Le principe est simple, même pour toi : on utilise les intérêts produits par les 300 milliards d’euros d’avoirs russes que nous avons gelés », défendent les publications .
S’il est faux de dire, comme le fait l’extrême droite, qu’il s’agirait d’un don qui reposerait uniquement sur l’Union européenne, le prêt qui doit être accordé à l’Ukraine n’est pour le moment pas garanti par les avoirs russes ni n’utilise les intérêts produits par eux. Explications.
Un prêt sur les marchés de capitaux
En réalité, il s’agit d’un prêt financé par un emprunt commun de l’Union européenne sur les marchés de capitaux. Le prêt sera garanti par la « marge disponible » du budget à long terme de l’UE et les frais liés à la dette (capital et intérêts) seront couverts par les budgets annuels de l’Union.
Dans cette proposition faite par le Conseil le 18 décembre 2025, et votée par le Parlement européen le 11 février, il est indiqué que l’Ukraine devra rembourser quand la Russie paiera d’hypothétiques réparations de guerre.
« Ce prêt ne serait remboursé par l’Ukraine qu’une fois des réparations reçues. D’ici là, ces avoirs resteront immobilisés et l’Union se réserve le droit d’y recourir pour rembourser le prêt, dans le plein respect du droit de l’UE et du droit international », est-il écrit dans la décision.
Autrement dit, l’Union européenne laisse une porte ouverte à l’utilisation des avoirs russes dans le futur, et seulement si une solution est trouvée pour le faire de façon légale et qui ne met pas les institutions financières européennes en danger.
En effet, pour le moment, l’utilisation des avoirs russes gelés se heurte au droit international et à un risque de représailles russes et de conséquences en cascade pour les institutions financières qui abritent ces capitaux gelés.
Les intérêts des avoirs russes : la première parade trouvée
La seule utilisation des avoirs russes gelés qui a été faite jusqu’ici concerne les intérêts de ceux-là. C’est précisément ce mécanisme que confondent les internautes avec ce nouveau prêt de 90 milliards d’euros qui vient d’être décidé par l’UE.
Sauf que c’est faux : le prêt de 90 milliards d’euros n’est pas garanti par les intérêts des avoirs russes gelés. Il s’agit d’un précédent mécanisme.
Le mécanisme ERA (Extraordinary Revenue Acceleration) est une initiative de G7 commencée en octobre 2024 et qui permet d’utiliser les fameux intérêts des avoirs russes – c’est-à-dire ce qui est produit par les avoirs financiers gelés, mais pas les avoirs directement. En tout, les prêts ERA des différents acteurs s’élèvent à 30,9 milliards d’euros, dont 18,1 milliards ont été présentés via le programme de la Commission européenne d’assistance macrofinancière européenne exceptionnelle.
Le service et le remboursement de ces prêts du programme sont « assurés par des recettes extraordinaires provenant des actifs souverains immobilisés de la Russie ». Si ce programme utilise donc bien les revenus des actifs russes gelés, cela n’a rien à voir avec le nouveau prêt de 90 milliards d’euros de l’Union européenne.
En revanche, des questions subsistent quant au remboursement du prêt, comme nous l’avons déjà dit. Plusieurs pays de l’Union européenne – Slovaquie, République tchèque, Hongrie – n’ont pas souhaité que ce prêt pèse économiquement sur leurs finances.
