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Christophe Castaner sur Piotr Pavlenski : “Ce que j’attends de quelqu’un que l’on protège au nom de l’asile politique, c’est qu’il soit un citoyen exemplaire”

France inter, 19 février 2020

Rien dans les textes n’exige des réfugiés qu’ils se montrent exemplaires sous peine de perdre leur statut de réfugié, sauf condamnation à plus de dix ans de prison. L’exemplarité morale n’est pas une condition pour être ou rester réfugié : un réfugié doit s’intégrer parmi les Français, avec leurs qualités et défauts.

Tania Racho, enseignante-chercheuse à l’Université Picardie Jules Verne, le 20 février 2020

Le ministre de l’intérieur ne peut pas exiger d’un réfugié, quel qu’il soit, d’être plus exemplaire qu’un citoyen lambda, du seul fait de son statut. Mais en cas de condamnation définitive pour une infraction passible de 10 ans d’emprisonnement, son statut de réfugié peut lui être retiré.

Une fois qu’un étranger est reconnu comme réfugié, il devient une personne comme une autre, avec ses qualités et ses défauts et il ne fait pas l’objet d’un contrôle de son comportement. Au contraire, l’objectif est d’assurer une pleine intégration des réfugiés dans leur pays d’accueil, justement pour compenser les souffrances qu’ils ont subi et qui ont entraîné la protection.

Mais un réfugié reste sur le fil : s’il commet une infraction passible de 10 ans de prison il pourrait se voir enlever son statut. Cette possibilité de fin de protection a déjà été évoquée par nos soins. Piotr Pavlenski, est pour l’instant poursuivi pour deux affaires. Celle pour « revenge porn » n’est passible que de 2 ans de prison. Mais il est aussi poursuivi pour des violences volontaires aggravées, qui pourraient éventuellement entraîner 10 ans de prison. Il faudra toutefois une condamnation définitive pour enlever le statut de réfugié.

Quoiqu’on puisse penser du personnage, l’exemplarité n’est pas une exigence pour un réfugié, dont le statut ne peut être retiré que s’il comment une infraction passible de 10 ans de prison. Tout dépend de ce que l’on entend par l’exemplarité : une morale ou l’absence de délits ou de crimes. En droit c’est la seconde.

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Piotr Pavlenski : « Je pensais que la France était le pays de la liberté d’expression »

BFM-TV, 18 février 2020

C’est vrai. Mais comme la liberté des uns s’arrête là où commence celle des autres, il faut protéger la vie privée. C’est pour cette raison qu’on ne peut pas, même si on en a très envie, mettre sur YouPorn les vidéos de ses ébats sans le consentement de son ou ses partenaires. Pas plus en France qu’en Russie, la liberté d’expression n’est absolue.

Vincent Couronne, docteur en droit public, chercheur associé au laboratoire VIP, enseignant à Paris Saclay, le 19 février 2020

La liberté d’expression n’est pas absolue. L’article 8 de la Convention européenne des droits de l’homme prévoit des exceptions, de même que l’article 11 de la Déclaration des droits de l’homme et des citoyens.

Or, parmi les limites à la liberté d’expression, il y a le respect de la vie privée des personnes. C’est ce qui explique qu’on ne peut, au nom de la liberté d’expression, injurier quelqu’un publiquement, comme par exemple, quand on s’appelle Jean-Marie Le Pen et qu’on ajoute « crématoire » au nom du ministre Michel Durafour.

On ne peut pas non plus faire l’apologie du terrorisme (article 421-2-5 du code pénal), ni comme cela pourrait être le cas de Piotr Pavlenski, porter atteinte à la vie privée d’autrui, la vie privée étant protégée par de nombreux textes : article 9 du Code civil, article 10 de la Convention européenne des droits de l’homme, etc.

On ne peut pas, non plus, diffuser des images présentant un caractère sexuel sans le consentement de la personne concernée (article 226-2-1 du code pénal). C’est une loi adoptée en 2016, visant à réprimer plus durement le phénomène dit de « revenge porn », qui a alourdi la peine encourue dans un tel cas : 2 ans d’emprisonnement et 60 000 € d’amende.

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Programme de Jean-Philippe Allenbach : 10 promesses ambitieuses dont la sécession de la région Franche-Comté. Combien sont-elles tenables en droit ?

Programme « une vraie ambition pour Besançon »

Sur dix propositions principales de Jean-Philippe Allenbach pour Besançon, huit sont pratiquement impossibles à tenir. En particulier, sa proposition emblématique de sécession de l’ancienne région Franche-Comté d’avec la Bourgogne-Franche-Comté, après référendum local, est illégale.

Jean-Paul Markus, Professeur de droit, Université Paris-Saclay, le 17 février 2020

Par souci d’efficacité, étudions les dix promesses dans l’ordre.

1èrepromesse. C’est la proposition la plus emblématique : un référendum auprès des Bisontins pour obtenir la sécession de l’ancienne région Franche-Comté telle qu’elle existait avant la réduction du nombre de régions de 23 à 15 par la loi NOTRe de 2015. Cela reviendrait donc pour l’ancienne Franche-Comté à quitter l’actuelle région Bourgogne-Franche-Comté pour redevenir une région administrative. Problème, le référendum local ne permet que de questionner les habitants d’une collectivité que sur « une affaire de la compétence de cette collectivité ». Or les affaires de l’ancienne région Franche-Comté, et donc de la nouvelle région Bourgogne-Franche-Comté ne sont pas du ressort de la commune de Besançon. Même chose pour la consultation locale. Donc Impossible.

2èmepromesse. « Nous instaurerons un référendum d’initiative populaire à la suisse ». Il faudra donc modifier la loi française avant. Donc, la promesse, en l’état n’est pas tenable.

3èmepromesse. Mettre fin au « harcèlement fiscal et réglementaire » : la politique fiscale ou les procédures de contrôle fiscal ne relèvent pas des maires mais de la seule loi. Idem pour la réglementation des activités commerciales, industrielles ou autres (sauf en matière d’urbanisme, ou pour le respect de l’ordre public).

4èmepromesse. Ouverture du commissariat de Planoise « 7 jour/7 et 24h/24 ». C’est une décision qui relève du seul préfet.

5èmepromesse. Plus exactement la sous-proposition suivante : « Se faire rembourser par l’État les 10 millions d’euros de dette supplémentaire que la fusion nous a coûtés ». Ce n’est pas prévu par les textes.

6èmepromesse. Remplacer l’actuel drapeau officiel tricolore de la ville par l’aigle Bisontin et valoriser Charles Quint. C’est possible à condition qu’aucun juge n’y voie un appel à la haine raciale ou un atteinte au principe de laïcité, car Charles Quint y menaçait les non-chrétiens de son glaive.

7èmepromesse. Créer une « carte de résident donnant des tarifs préférentiels » pour les services publics locaux, à condition d’avoir résidé depuis plus de sept ans à Besançon. Si elle est mise en œuvre, cette proposition sera immédiatement annulée par le juge pour rupture d’égalité devant les services publics. Idem s’agissant des avantages prévus pour les résidents depuis plus de quinze ans.

8èmepromesse. « Créer un barrage sur le Lison ». Ce n’est pas du ressort de la commune mais des départements ou des régions, selon le bassin envisagé. De plus, favoriser les chaudières « avec du bois de la région » constitue une entorse à la libre circulation des marchandises et donc à la liberté d’entreprendre.

9èmepromesse. « Faire qu’on puisse recevoir gratuitement sur nos écrans la télévision suisse ». Il existe une redevance de service public de la radio-télévision en Suisse. M. Allenbach compte-t-il obtenir une exonération auprès de la Suisse ? C’est déjà impossible en France, alors en Suisse ?

10èmepromesse. « On ne peut tolérer les abandons d’animaux domestiques ». C’est vrai, et l’article L. 521-1 du code pénal punit déjà « l’abandon d’un animal domestique, de deux ans d’emprisonnement et de 30 000 euros d’amende ». S’il est élu maire, M. Allenbach pourra donc bien lancer ses policiers municipaux à la poursuite des personnes abandonnant leur animal domestique.

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Le député Bruno Questel au sujet de Piotr Pavlenski : “Il est réfugié politique, il se comporte comme un salopard. S’il y a une première chose à faire, c’est de le mettre dans un avion direction la Russie”

LCP, 14 février 2020

Même si son statut de réfugié était retiré à Piotr Pavlenski, un juge pourrait s’opposer à son expulsion vers la Russie en raison des risques qu’il y encourrait. Il deviendrait donc un étranger en situation irrégulière inexpulsable. Un réfugié de fait… Il est en effet très peu probable que Piotr Pavlenski puisse « être foutu dehors », même s’il se comporte comme « un salopard » selon Bruno Questel : il reste un salopard réfugié.

En savoir plus ? Déroulez l'explication de Tania Racho, enseignante en droit public, Université de Picardie Jules Verne, le 17 février 2020

Si le mécontentement manifesté par le député Bruno Questel est largement partagé par la classe politique à l’égard de Piotr Pavlenski, le retrait du statut de réfugié, suit des règles bien précises. Or il apparaît qu’aucune des conditions légales de fin de protection ne correspond à la situation du réfugié Piotr Pavlenski, à l’origine de la diffusion d’une vidéo à caractère sexuel sur l’ancien candidat aux municipales Benjamin Griveaux.

Le retrait du statut de réfugié est possible dans plusieurs situations : 1/ en cas d’acte d’allégeance, c’est-à-dire que le réfugié s’est volontairement réclamé de la protection de son pays d’origine, notamment en s’y rendant ; 2/ au cas où il acquiert une nouvelle nationalité ; 3/ en cas de fraude aux règles d’obtention du statut de réfugié (article L. 711-4 du code de l’entrée et du séjour des étrangers et du droit d’asile appelé CESEDA). Ces premiers motifs ne paraissent pas correspondre à la situation de Piotr Pavlenski. Il reste 2 possibilités (article L. 711-6 du CESEDA) : 1/ en cas de menace grave pour la sûreté de l’ État; 2/ en cas de condamnation pénale rendue en dernier ressort.

C’est cette dernière option qui pourrait fonder un retrait du statut de Piotr Pavlenski, mais à deux conditions : 1/ qu’il soit condamné pour un crime ou un délit puni de 10 ans d’emprisonnement au moins ou constituant un acte de terrorisme ; 2/ ET que sa présence sur le territoire français constitue une menace grave pour la France. Or le « revenge porn » est passible de 2 ans d’emprisonnement (article 226-2-1 du Code pénal). Donc même s’il était condamné à la peine maximale, cela ne suffirait pas à lui retirer sa qualité de réfugié. D’autant qu’il n’est pas certain non plus que ses actes puissent être qualifiés de menace suffisamment grave, réelle et actuelle.

En tout état de cause, il faut savoir que le retrait du statut de réfugié n’entraîne pas automatiquement l’expulsion. Certaines circonstances peuvent s’opposer au renvoi dans le pays d’origine. C’est particulièrement le cas lorsque la personne risque de subir un traitement inhumain et dégradant dans son pays d’origine. Étant donné les actions que Piotr Pavlenski a pu mener contre le pouvoir en place en Russie, il existe un risque de traitement inhumain et dégradant, ce qui bloquerait toute possibilité d’expulsion.

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Thomas Cazenave tête de liste LREM à Bordeaux : “je souhaite que d’ici à 2026 toutes les livraisons s’effectuent avec des véhicules 100% propres”

20 minutes, 24 janvier 2020

Un maire ne peut interdire certains types de véhicules par simple idéologie ou idéal écologique. D’abord, il est soumis aux contraintes européennes, et ne pourra pas interdire les véhicules répondant aux normes UE en termes d’émissions polluantes (Euro 6). Ensuite, l’interdiction devra être proportionnée aux dangers existants ou encourus, comme l’exigent les textes. Sous ces réserves, sa promesse est tenable.

En savoir plus ? Déroulez l’explication de Thomas Destailleur, docteur en droit public, le 13 février 2020

La campagne pour les élections municipales est marquée depuis quelques semaines par les nombreuses propositions « vertes » plus ou moins sérieuses des têtes de liste. L’affirmation de Thomas Cazenave est un savant mélange de clarté et d’imprécision. Sa proposition est tenable sous quelques conditions importantes.

Dans toutes les agglomérations de plus 250 000 habitants, ou dans les zones dont la concentration dans l’air d’une substance polluante (tel le dioxyde d’azote) dépasse une valeur limite, un plan de protection de l’atmosphère doit être adopté par le préfet. Ce plan fixe des objectifs de réduction de la pollution atmosphérique. Il est indispensable pour permettre ensuite au Maire d’instaurer par un arrêté des zones à faibles émissions (ZFE) par lesquelles il restreint et/ou interdit la circulation de certaines catégories de véhicules en se fondant sur les vignettes Crit’Air. Plusieurs communes ont adopté des ZFE. A Paris, les poids lourds diesel en circulation avant le 1er octobre 2009 ne peuvent déjà plus rouler. Bien qu’un plan de protection de l’atmosphère existe à Bordeaux, il n’existe pas pour l’instant de ZFE. Rien ne s’oppose en conséquence à ce que Thomas Cazenave pallie cette absence s’il est élu.

Toutefois, le droit français (article 4 de la déclaration des droits de l’Homme et du citoyen) et le droit de l’Union européenne garantissent aux transporteurs le droit de transiter au sein de l’Union européenne (l’article 26 § 2 TFUE) et d’assurer des livraisons. Cette liberté n’est pas absolue et peut faire l’objet de limitations justifiées par la poursuite d’objectifs d’intérêt général, comme on l’a vu avec les produits phytopharmaceutiques (point 10 de la décision récente du Conseil constitutionnel). Tout l’enjeu est alors de trouver un équilibre entre ces libertés et l’objectif de protection de l’environnement et de la santé. Parfois, cet équilibre est défini par les textes. Par exemple, tous les véhicules particuliers/utilitaires légers et les véhicules utilitaires lourds respectant les normes d’émission Euro 6 peuvent circuler librement dans l’Union européenne. Aucune restriction ne peut leur être imposée (point 59 de la décision “Ville de Paris contre Commission” du Tribunal de l’Union européenne). Et quand des restrictions sont imposées, elles doivent être proportionnées. Ainsi, pour réduire les émissions polluantes de 1,5% sur l’autoroute A12, l’Autriche a interdit la circulation aux poids lourds de plus de 7,5 tonnes transportant des déchets, cailloux, et rondins. Or elle aurait dû vérifier si des mesures moins restrictives telle qu’une limitation générale de vitesse pouvait parvenir au même résultat, faute de quoi elle a été condamnée (point 148 de la décision “Commission contre Autriche”).

Résultat, un maire peut bien décider de rendre une zone piétonne et d’interdire la circulation de certaines catégories de véhicules (ex. les poids lourds) sur son territoire pour fluidifier le trafic. En revanche, sa marge de manœuvre est plus étroite lorsqu’il entend limiter ou interdire certaines catégories de véhicules pour des motifs liés à leur nature et à leur fonctionnement (motorisation électrique, hybride ou essence). Thomas Cazenave ne pourra pas interdire les livraisons réalisées par des véhicules respectant les normes d’émission Euro 6. Pour les autres véhicules, il devra démontrer, étude d’impact à l’appui, leur part dans la concentration des émissions polluantes dans Bordeaux et les effets attendus par l’interdiction.

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“Bordeaux en lutte”, la liste de Philippe Poutou, prévoit la “réquisition des logements vacants” en faveur des personnes mal logées

Le Figaro, 25 janvier 2020

La réquisition de logements vacants voulue par Philippe Poutou existe déjà dans la loi, mais elle est réservée au préfet. Le maire peut solliciter le préfet pour qu’il réquisitionne, mais ce dernier n’est pas tenu d’accepter. Le Maire peut aussi exercer son propre pouvoir de police administrative pour réquisitionner des logements vacants : mais les conditions mises par le juge (« un trouble grave à l’ordre public ») en font un instrument d’usage exceptionnel, pas un outil de politique du logement.

En savoir plus ? Déroulez l’explication d’Alexandre Hérard et Eva Poupelin, étudiants à Sciences Po Saint-Germain, sous la direction de Camille Morio, maîtresse de conférences en droit public à Sciences Po Saint-Germain, le 13 février 2020

Philippe Poutou, candidat aux municipales à Bordeaux, a présenté une liste « anticapitaliste » rassemblant le Nouveau Parti Anticapitaliste, La France Insoumise, des associatifs et des « gilets jaunes ». Parmi ses propositions, la “réquisition des logements vacants” en faveur des personnes mal logées. Cette proposition est impossible à tenir, le pouvoir de réquisition n’est pas fait pour mener une politique de logement.

La réquisition est un procédé permettant à l’administration, moyennant indemnisation, de contraindre les particuliers à lui accorder leurs services ou l’usage de biens. Bien qu’elle n’entraîne pas de perte de propriété pour les particuliers concernés, la réquisition de logement limite nécessairement le droit de propriété, un droit consacré par la Déclaration des Droits de l’Homme et du Citoyen de 1789. Si la réquisition des logements est bien prévue dans les articles L 641-1 à L 641-14 du code de la construction et de l’habitation, et si elle bénéficie bien aux « personnes dépourvues de logements » selon la loi, la décision de réquisitionner des logements vacants revient au seul préfet après un avis du maire. En somme, ce n’est pas au maire de prendre cette décision, même s’il peut, il est vrai, solliciter le préfet et attirer son attention sur l’existence de logements vacants. Mais le préfet apprécie seul l’opportunité de réquisitionner ou pas.

Par ailleurs, le fait que la loi réserve les réquisitions au préfet n’empêche pas le maire d’exercer ses pouvoirs généraux de police. Prévus par l’article L 2212-2 du Code général des collectivités territoriales, ces pouvoirs ont pour finalité d’assurer le bon ordre, la sûreté, la sécurité et la salubrité publiques. Ils l’autorisent donc à réquisitionner des locaux nécessaires aux familles sans abri, dont la sécurité et la santé sont menacées. Mais le juge ne l’admet « qu’en cas d’urgence et à titre exceptionnel, lorsque le défaut de logement de la famille dont il s’agit est de nature à apporter un trouble grave à l’ordre public ». Il s’agit donc d’une solution utilisée en dernier recours, soit une situation où aucune autre alternative de relogement classique n’a pu être trouvée. Ces conditions font que la réquisition de logements ne peut être une solution systématique.

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Grenoble : Alain Carignon veut “créer le principe de subsidiarité” pour renforcer la démocratie participative

TéléGrenoble le 24 janvier 2020

Le principe de subsidiarité est ce principe constitutionnel qui prévoit que la loi, lorsqu’elle répartit les compétences entre collectivités territoriales, doit les attribuer à celles d’entre elles les plus aptes à les exercer au mieux. Ce n’est donc pas une sorte de service à la carte où une commune déciderait qu’un sujet est « personnel » selon ses termes, et qu’elle n’a pas à demander son avis aux autres. Ou alors, Alain Carignon devra dissoudre la métropole une fois élu (avec l’accord des autres communes…).

En savoir plus ? Déroulez l’explication d'Alexandre Delépine et Johan Goncalves Procek, étudiants à Sciences Po Saint-Germain, sous la direction de Camille Morio, maîtresse de conférence en droit public à Sciences Po Saint-Germain, le 10 février 2020

Maire de Grenoble entre 1983 et 1995 et Ministre sous Jacques Chirac et Edouard Balladur, Alain Carignon est également l’homme politique qui a passé le plus de temps derrière les barreaux avec 29 mois pour corruption. De nouveau candidat aux élections municipales grenobloises, il fustige la paralysie des communes due aux « strates successives » d’échelons territoriaux et propose comme solution de créer un «principe de subsidiarité». Ce principe permettrait à la ville de prononcer un avis définitif sur un « sujet personnel », c’est-à-dire qui concerne Grenoble, sans consulter la métropole. En l’état, cette proposition n’est pas réalisable sans une modification du droit et d’abord de la Constitution.

Le principe de subsidiarité (article 72 de la Constitution) prévoit que « les collectivités territoriales ont vocation à prendre les décisions pour l’ensemble des compétences qui peuvent le mieux être mises en œuvre à leur échelon ». D’après ce principe, le législateur doit répartir les compétences des collectivités territoriales afin qu’elles soient exercées par la collectivité la plus apte à répondre aux besoins des administrés. Le principe de subsidiarité en France s’impose donc au législateur, et n’a rien à voir avec le principe réclamé par Alain Carignon, qui consiste pour les communes à choisir à la carte les compétences qu’elles abandonnent à l’intercommunalité, ou qu’elles souhaitent garder.

La loi NOTRe de 2015 a transféré de nombreuses compétences communales vers les intercommunalités et, dans le cas de Grenoble, vers la métropole, qui est le degré le plus poussé d’intégration intercommunale. La ville de Grenoble ne peut pas reprendre ces compétences. Le principe de subsidiarité qu’Alain Carignon réclame n’existe pas : un maire ne choisit comme il l’entend les domaines d’intervention de l’intercommunalité. Ce serait vider les intercommunalités de toute substance.

Cela dit, au sein des intercommunalités, une subsidiarité peut être instaurée lors de la  définition de l’intérêt métropolitain. Il permet aux communes membres de définir précisément et à l’avance les domaines qui seront à la charge des communes ou de l’intercommunalité, afin de mieux répondre aux besoins territoriaux. Mais cette subsidiarité joue à la marge et doit être fixée à l’avance, pas au coup par coup.

Si Alain Carignon veut que Grenoble reprenne ses compétences, il lui faudrait donc sortir de la métropole, mais la loi ne le permet pas s’agissant précisément des métropoles. Resterait à… dissoudre la métropole. Ce n’est pas impossible (article L.5215-42 du code général des collectivités territoriales), mais il faut l’accord des autres communes de la métropole.

Or paradoxalement, Alain Carignon souhaite ensuite créer un « Grand Grenoble, comme il y a un Grand Lyon ». Il faudra alors qu’il en fasse la demande directement à l’État, car seule la loi peut créer de telles collectivités. Mais comment, dans une même interview, Alain Carignon peut-il se déclarer en faveur d’un « Grand Grenoble » tout en souhaitant reprendre ses compétences à la métropole, alors qu’un Grand Grenoble et la métropole actuelle auraient à peu près le même périmètre ?

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Benjamin Griveaux, candidat LREM aux municipales de Paris, veut déplacer “la gare de l’Est pour créer un Central Park parisien”

Le JDD, 26 janvier 2020

Un maire ne peut « déménager » que ce qui appartient à la commune, et si la loi ne confie pas ce pouvoir à une autre autorité. En l’occurrence, non seulement la gare de l’Est n’appartient pas à la Ville de Paris, mais la gestion de cette gare et de son réseau échappent complètement au maire. Au plus, Benjamin Griveaux peut promettre de négocier avec : l’État, la région, Île-de-France mobilités, Réseau ferré de France, la SNCF et les communes et départements où s’implanterait la nouvelle gare de l’Est… Promesse qui serait juridiquement inattaquable mais moins sexy.

En savoir plus ? Déroulez l’explication de Baptiste De Cara, Garance Fichet et Matthieu Laude, étudiants à Sciences Po Saint-Germain, sous la direction de Camille Morio, maîtresse de conférences en droit public à Sciences Po Saint-Germain, le 7 février 2020

Dans le cadre des élections municipales de 2020, Benjamin Griveaux a fait part dans un entretien au Journal du Dimanche d’une proposition audacieuse visant à convaincre les électeurs de sa préoccupation pour les enjeux écologiques : il souhaite déménager la gare de l’Est pour édifier en lieu et place un « Central Park parisien ». L’idée serait de doter la capitale d’un nouveau poumon vert de 30 hectares. Un projet fantaisiste ? Certainement pas pour Benjamin Griveaux et son équipe de campagne : « le projet a été méticuleusement travaillé en amont ». Ils envisagent déjà de soumettre le projet aux Parisiens via un référendum local.

Néanmoins, Benjamin Griveaux oublie que l’aménagement du territoire constitue un défi d’une toute autre complexité que la gestion d’une ville dans SimCity : les projets de réorganisation urbaine de cette ampleur soulèvent de nombreuses problématiques de droit public.

Tout d’abord, ce projet se heurte à un problème de compétences. En effet, la Ville de Paris n’est pas compétente en matière d’aménagement des gares. C’est la région qui en est chargée. Le projet sera donc nécessairement soumis aux délibérations du conseil régional d’Ile-de-France. De plus selon la loi, la Gare de l’Est et son réseau constituent un service d’intérêt national, dont seul l’État est l’autorité organisatrice.

Toujours au niveau régional, le projet de Benjamin Griveaux devra recevoir l’aval de l’autorité organisatrice des transports de la région Ile-de-France : Île-de-France Mobilités. Cet établissement public administratif est chargé d’organiser et de coordonner l’ensemble des transports en commun franciliens.

Un autre problème de taille : la gare de l’Est et les voies ferrées n’appartiennent pas à la Ville de Paris. Les gares et le réseau ferré sont des biens qui relèvent du domaine public : c’est l’État qui est propriétaire. Comme l’État a délégué l’exploitation du réseau ferré et des infrastructures ferroviaires à la SNCF et à ses filiales, c’est la société anonyme SNCF Réseaux qui est chargée de la gestion de l’ensemble du réseau ferré français. La gestion des gares relève, quant à elle, d’une des filiales de SNCF Réseaux : SNCF Gares & Connexions. Elle est gestionnaire des quelques 3029 gares de voyageurs en France dont la Gare de l’Est. La SNCF et ces filiales seront donc des actrices décisives pour la réalisation de ce projet.

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La liste Insoumise “Rennes en commun” candidate aux municipales, propose “une révocation des élus à mi-mandat par initiative citoyenne” pourtant illégale

https://www.ouest-france.fr/elections/municipales/municipales-rennes-rennes-en-commun-propose-la-revocabilite-des-elus-mi-mandat-6705541

La liste « Rennes en commun » prévoit en réalité d’instaurer un système de « mandat impératif », soumettant les élus à la volonté des électeurs pour chacun des choix qu’ils auront à effectuer durant leur mandat. C’est interdit par la Constitution, qui, à l’instar de l’ensemble des démocraties, instaure un système de mandat représentatif. Mais les candidats peuvent toujours s’engager dès maintenant à démissionner s’ils ne respectent pas leurs promesses.

En savoir plus ? Déroulez l’explication de Brian Merz et Thibaud Lonjon, étudiants à Sciences Po Saint-Germain, sous la direction de Camille Morio, maîtresse de conférence en droit public à Sciences Po Saint-Germain, le 8 février 2020

La liste Insoumise de “Rennes en commun” candidate à la mairie de Rennes propose selon l’article de Ouest-France du 24 septembre 2019, « d’instaurer la révocabilité des élus par l’initiative citoyenne à partir de la mi-mandat afin de garantir le respect des engagements politiques ». Cette proposition de démocratie participative émane des groupes de citoyens qui ont travaillé sur les différentes sections thématiques du programme municipal.

Reste que cette proposition est impossible à réaliser en l’état de la législation en vigueur: la révocation des élus n’existe pas dans le droit français.

Créer un système de révocation des élus reviendrait à faire de leur mandat ce qu’on appelle un « mandat impératif », entièrement soumis aux électeurs : chaque fois qu’un élu devrait prendre position au conseil municipal ou comme maire, il devrait consulter ses électeurs et se conformer à leur avis. Or ce type de mandat est inconstitutionnel, L’article 27 de la Constitution prévoit que le mandat impératif est nul, et cette disposition a été rendue applicable aux mandats locaux par le Conseil constitutionnel le 26 mars 1998. Sans mandat impératif, on ne peut pas révoquer des élus pour leurs choix politiques. Ce qui prime dans la plupart des démocraties est le “mandat représentatif”, qui protège les élus dans leurs choix pendant leur mandat:  leurs votes sont purement personnels.

Cette idée de mandat impératif n’est toutefois pas une lubie, car il existe des bases juridiques dans le code du travail par exemple, avec l’article L 2314-36 du Code du travail qui permet aux travailleurs de révoquer des élus syndicaux. Mais les élus locaux de la République n’ont pas le même statut que les syndicalistes.

D’ailleurs, même le Conseil municipal ne peut révoquer un maire.

Seul le Gouvernement peut révoquer un maire ou des adjoints, sur la base de l’article L 2122-16 du Code général des collectivités territoriales (CGCT). Ce pouvoir est utilisé seulement dans des cas très graves comme pour le maire d’Hesdin qui a été révoqué pour prise illégale d’intérêts, et complicité de faux et usage de faux en écriture. En outre, dans ces cas, c’est uniquement le mandat exécutif qui est révoqué : l’élu reste membre du conseil municipal.

Et même dans l’hypothèse où le droit autoriserait la révocation d’élus, celle-ci ne pourrait pas être initiée par les citoyens, pour de multiples raisons. Premièrement, les référendums locaux sont uniquement à l’initiative du conseil municipal (art.L.O. 1112-1 et L.O. 1112-2 du code général des collectivités territoriales). Deuxièmement, les consultations (article L1112-15 du même code), qui peuvent être d’initiative citoyenne n’offrent aucune garantie aux citoyens car le conseil municipal reste maître du jeu tout le long du processus (mise à l’ordre du jour, organisation de la consultation, résultat). Troisièmement, les pétitions régies par l’article 72-1 de la Constitution n’obligent absolument pas les autorités municipales à inscrire la question à l’ordre du jour du conseil.

Donc cette promesse électorale est impossible à réaliser. Aucune Révolution récente n’ayant eu lieu et la sixième République n’ayant pas été instaurée, il faut se contenter de suivre la Constitution de 1958 qui précise que tout mandat impératif est nul. Si la liste gagnait, elle pourrait au plus s’engager à démissionner si elle ne tenait pas ses engagements.

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Le député Damien Abad veut “la liberté d’expression la plus totale, mais quand elle est détournée pour créer de la haine anti-religieuse, alors oui, il y a une barrière à mettre”

LCI, 5 février 2020

Affirmer que quand la religion "est détournée pour créer de la haine anti-religieuse, alors oui, il y a une barrière à mettre", cela revient à rétablir le délit de blasphème pourtant aboli par la loi de 1881 sur la liberté de la presse. Le blasphème est une insulte envers la religion, pas envers ses adeptes affirme clairement les juges. Seule l’injure raciale contre une personne constitue un délit. En clair, « Islam de m… » est un blasphème et non un délit, mais dire la même chose d’un musulman est un délit.

En savoir plus ? Déroulez l'explication des Surligneurs

Selon Marine Le Pen sur BFM-TV, l’Union européenne empêche d’augmenter le SMIC

BFM TV, 2 février 2020

La fixation du salaire minimum relève des seuls États membres de l’Union, et pas de l’Union elle-même. Ce n’est donc pas grâce au Brexit que le Royaume-Uni a pu augmenter de 6% son salaire minimum, mais parce que la majorité au pouvoir l’a voulu. D’ailleurs si Marine Le Pen devient présidente, aucun texte ni aucun juge européens ne l’empêcheront d’augmenter le SMIC. Mieux encore, les députés RN peuvent d’ores et déjà proposer une revalorisation substantielle, puisque seule la loi française fixe le taux du SMIC.

En savoir plus ? Déroulez l'explication de Vincent Couronne, docteur en droit, chercheur associé au laboratoire VIP, université Paris Saclay, le 3 février 2020

Invitée sur BFM-TV dans BFM Politique, Marine Le Pen était attendue sur la question du Brexit, ayant défendu pendant de longues années une sortie de la France de l’Union européenne. Elle affirme que grâce à cette sortie de l’Union, le Premier ministre Boris Johnson a pu augmenter le salaire minimum de 6 % pour atteindre 8,72 livres, soit 10,24 euros.

Peut-être que l’existence d’un marché intérieur européen dans lequel les travailleurs et les prestataires de services peuvent circuler librement exerce une pression à la baisse sur les salaires et ne permet pas, par réalisme économique, à un Gouvernement d’augmenter le salaire minimum. C’est une question économique sur laquelle nous ne nous prononcerons pas, étant parfaitement incompétents en la matière.

Du point de vue du droit, là où pour le coup nous avons quelque chose à dire, il faut rappeler que l’Union européenne n’empêche pas les États membres d’augmenter le SMIC. D’ailleurs, le Royaume-Uni n’avait pas de salaire minimum avant 2016, et être membre de l’Union ne l’a pas empêché d’en créer un. De même en Allemagne en 2014.

La raison est simple : l’article 151 du traité sur le fonctionnement de l’Union européenne prévoit que les États membres et l’Union « conscients des droits sociaux fondamentaux », ont pour objectif « l’amélioration des conditions de vie et de travail ». Deux articles plus loin, au 153, il est précisé que la politique de l’Union ne peut en aucun cas porter sur la rémunération. En d’autres termes, l’Union doit laisser libre les États de fixer le niveau de leur SMIC. Une résolution du Parlement européen de 2016 contre le dumping social rappelait d’ailleurs cette compétence des États (voir paragraphe AB).

Pour autant, la nouvelle Commission européenne présidée par Ursula von der Leyen a lancé une consultation des partenaires sociaux afin de réfléchir à des outils permettant une rémunération plus équitable des travailleurs dans l’Union. La décision finale ne pourra en aucun cas être une harmonisation du SMIC en Europe, car cela serait contraire aux traités de l’Union. La Cour de justice de l’Union européenne, chargée d’assurer le respect des traités, y veille avec attention (voir les points 123 et 124 de sa décision).

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Hugo Sonnier, candidat UPR à la mairie de Nantes, veut un conseil municipal tiré au sort tous les deux ans et des transports gratuits aux heures de pointe

20 Minutes, 13 janvier 2020

Hugo Sonnier peut toujours créer un “conseil municipal” tiré au sort tous les deux ans, mais ce serait en réalité un comité consultatif de type conseil municipal des jeunes. Rien de nouveau donc, car pour créer un vrai conseil municipal tiré au sort, il faudrait ni plus ni moins modifier la Constitution. Quant à rendre les transport nantais gratuits aux heures de pointe, cela relève de la métropole, pas du maire.

En savoir plus ? Déroulez les explications de Colin Debeunne et Claire Perrotte, étudiants à Sciences Po Saint-Germain, sous la direction de Camille Morio, maîtresse de conférences en droit public à Sciences Po Saint-Germain, le 2 février 2020

Dans la perspective des élections municipales, les propositions chocs pour transformer les villes vont bon train. Dans un article du quotidien 20 Minutes, le Hugo Sonnier, candidat à Nantes pour l’Union populaire républicaine (UPR) fait état des grands traits de son programme pour la ville de Nantes. Son objectif ? “Réintéresser les citoyens à la politique” et leur permettre de “reprendre les commandes”.

Pour cela, il promet d’abord de créer un conseil municipal tiré au sort tous les deux ans. Cette promesse dépend de ce qu’il entend par conseil municipal. Le code général des collectivités territoriales prévoit (article L 2143-2) la possibilité pour le maire de créer des comités consultatifs, parfois appelés “conseils extra-communaux”. Ils peuvent être consultés sur tout problème d’intérêt communal, et c’est le maire qui fixe leur composition et la durée de leur fonctionnement. On connaît par exemple les “conseils municipaux juniors”. Il est tout à fait possible pour Hugo Sonnier, s’il est élu, de mettre en place ce type de comité, et d’exiger que ses membres soient tirés au sort. La présence d’un membre du conseil municipal élu au sein de ce comité serait de plus obligatoire. En revanche, si Hugo Sonnier entend tirer au sort les membres du véritable conseil municipal, c’est-à-dire celui qui sera élu lors des prochaines élections municipales, il lui faudra… modifier la Constitution ! L’article 72 alinéa 3 de la Constitution de 1958 prévoit que les collectivités territoriales « s’administrent librement par des conseils élus », et pas tirés au sort. Pour tirer au sort les conseillers, il faudrait donc revenir sur cet article de la Constitution.

Hugo Sonnier souhaite également limiter les embouteillages, et pour cela rendre les transports en commun gratuits aux heures de pointe. C’est problématique car les décisions en matière de transports urbains ne reviennent pas au maire : ce sont les métropoles qui sont compétentes (article L 5217-2 du code général des collectivités territoriales). À Nantes, le réseau des transports en commun de l’agglomération nantaise, ou “TAN”, est géré par la Société d’économie mixte des transports en commun de l’agglomération nantaise, la SEMITAN. Son actionnaire principal est l’agglomération Nantes métropole, qui est l’autorité en charge de l’organisation du réseau TAN. Rendre les transports en commun nantais gratuits aux heures de pointe est donc possible, mais la décision n’appartient pas au maire. C’est le conseil communautaire qui pourra éventuellement prendre cette décision.

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Selon Nicole Belloubet, Ministre de la Justice, “l’insulte à la religion est une atteinte à la liberté de conscience”

Europe 1, Matinale, 29 janv. 2020.

Affirmer que « l’insulte à la religion est une atteinte à la liberté de conscience », cela revient à rétablir le délit de blasphème pourtant aboli par la loi de 1881 sur la liberté de la presse. Le blasphème est une insulte envers la religion, pas envers ses adeptes affirme clairement les juges. Seule l’injure raciale contre une personne constitue un délit. En clair, « Islam de m… » est un blasphème et non un délit, mais dire la même chose d’un musulman est un délit.

En savoir plus ? Déroulez les explications de Léa Blouet, étudiante à l’Institut d’études judiciaires de Rennes 1, sous la direction de Jean-Paul Markus, Professeur de droit à Paris Saclay, le 31 janvier 2020

Le contexte est celui de l’affaire dite Mila, une lycéenne qui est la cible de nombreuses menaces de mort sur les réseaux sociaux après avoir tenu des propos hostiles à l’islam dans une vidéo postée sur les réseaux sociaux. Invitée sur Europe 1 à réagir sur cette affaire, Nicole Belloubet a déclaré que « l’insulte à la religion » est « évidemment une atteinte à la liberté de conscience », avant de reconnaître sa maladresse et de rappeler l’importance de la liberté d’expression. Reste que ses propos ont vivement fait réagir l’opinion publique.

On a pu voir dans l’expression « insulte à la religion » une volonté de la ministre de qualifier les propos tenus par Mila de délit de blasphème. Or ce délit a été supprimé du code pénal depuis la loi du 29 juillet 1881 sur la liberté de la presse. Les propos tenus par Nicole Belloubet peuvent donc semer le trouble. D’autant que la liberté d’expression est une liberté fondamentale garantie par l’article 11 de la déclaration des droits de l’homme de 1789 et par les articles 10 et 11 de la Convention Européenne des Droits de l’Homme, et ayant valeur constitutionnelle en droit français. De plus, la France étant un Etat laïc depuis la loi de 1905, elle garantit la liberté de conscience, principe fondamental selon lequel chacun peut croire en ce qu’il veut.

Cette affaire relance aussi le débat sur le point de savoir si insulter une religion, ses symboles ou ses figures revenait à insulter ses adeptes. Or les juges français se sont déjà prononcés sur le sujet. En effet, lors du procès intenté contre le journal Charlie Hebdo suite à la publication des caricatures de Mahomet en 2007, le tribunal de grande Instance s’est montré on ne peut plus clair « en France, société laïque et pluraliste, le respect de toutes les croyances va de pair avec la liberté de critiquer les religions quelles qu’elles soient et avec celle de représenter des sujets ou objets de vénération religieuse ; le blasphème qui outrage la divinité ou la religion, n’y est pas réprimé à la différence de l’injure, dès lors qu’elle constitue une attaque personnelle et directe dirigée contre une personne ou un groupe de personnes en raison de leur appartenance religieuse ».

Donc, en droit français, il est tout à fait possible de s’en prendre à un culte tant que l’on n’insulte pas ses adeptes directement. Par conséquent Nicole Belloubet se trompe: les propos tenus par Mila ne constituent pas une atteinte à la liberté de conscience car le délit de blasphème n’existe plus, seule l’injure envers une personne est pénalement répréhensible. En clair, « Islam de m… » est un blasphème mais pas un délit et n’est donc pas punissable selon les lois républicaines. Mais « musulman de m… » est une injure raciale, sévèrement punie par les mêmes lois républicaines (45000 euros et un an de prison). Et comme dans une démocratie les lois pénales s’interprètent de façon stricte, il n’est pas possible de dire que l’insulte à une religion revient juridiquement à insulter les adeptes de cette religion, alors même que cela pourrait se comprendre du point de vue religieux.

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Contre les incivilités, Frank Darcel, candidat à Rennes, propose le développement “des concierges à demeure qui pourront être assermentés pour dresser un constat, qui aura une valeur en justice”

20 minutes, 27 janvier 2020

Les incivilités quotidiennes sont incontestablement un fléau contre lequel Frank Darcel tente de trouver une parade. Mais vouloir assermenter les concierges et leur donner le pouvoir de dresser des procès-verbaux faisant foi devant le juge revient à en faire des auxiliaires de l’autorité publique. Seule la loi peut le faire, et en plus il faudrait supprimer les étrennes…

En savoir plus ? Déroulez l'explication de Jean-Paul Markus, Professeur de droit à l’Université de Paris-Saclay, le 30 janvier 2020

Frank Darcel, guitariste du groupe Marquis de Sade puis chanteur, candidat à la mairie de Rennes (liste « Rennes Bretagne Europe »), entend confier aux « concierges », auxquels on assimilera les gardiens d’immeubles, un pouvoir que peu de personnes détiennent en France : celui de dresser des procès-verbaux de constat des incivilités qui affectent quotidiennement la vie des résidents. À l’image d’un huissier, d’un policier, d’un contrôleur dans les transports, d’un douanier ou d’un inspecteur de la santé publique, les concierges d’immeubles pourraient attester avoir constaté certains agissement et les inscrire dans un procès-verbal. Ce procès-verbal ferait foi devant le juge en l’absence de preuve contraire, détail très important : le procès-verbal émanant d’une personne assermentée a pour effet, devant un juge, de renverser la charge de la preuve. Cela signifie que si par exemple le concierge surprenait une personne en train de dégrader l’ascenseur, il dresserait un procès-verbal qui obligerait la personne en question à prouver devant le juge que ce n’était pas elle ou qu’elle ne dégradait rien. En somme, le procès-verbal du concierge aurait le même effet que le constat de la police.

Ce n’est pas impossible à tenir comme promesse, sous plusieurs conditions, qui seront difficiles à remplir : 1/ La loi ne prévoit pas actuellement ce pouvoir pour les concierges, et donc il faut faire appel au Parlement. C’est indubitablement l’obstacle le plus sérieux. 2/ Les concierges devraient être assermentés comme toutes les personnes habilitées à dresser des procès-verbaux, car ils seraient associés à l’exercice de l’autorité publique. Cela supposerait aussi une vérification scrupuleuse de leur casier judiciaire et probablement une formation spécifique. 3/ Il leur faudrait également une protection juridique (et physique), contre les éventuelles représailles de l’auteur de l’incivilité. 4/ Enfin, le pouvoir de dresser des procès-verbaux supposerait le respect du principe d’impartialité et d’indépendance à l’égard des personnes contre lesquelles le procès-verbal peut être dressé. C’est facile à comprendre concrètement : comment réagirait votre concierge s’il vous surprenait en train de déverser des ordures sur les pelouses ou de laisser votre chien se soulager dans le bac à sable, alors que vous vous montrez chaque année si généreux en étrennes ?

Assermenter le concierge, cela reviendrait donc aussi supprimer les étrennes, qui seraient dans le cas contraire assimilées à de la corruption.

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Le maire de Champigny-sur-Marne, Christian Fautré, souhaite que sa commune contribue à une « caisse de solidarité pour grévistes » et un « fonds de solidarité pour les familles campinoises touchées financièrement par la grève »

Le Parisien, 16 janvier 2020

En accordant une subvention à une caisse de grève tenue par les syndicats ou les grévistes eux-mêmes, le maire commet une illégalité par une violation du principe de neutralité. Mais en accordant des aides aux familles de grévistes qui sont mises en difficulté, le maire intervient au nom de la solidarité, qui répond à un intérêt public local et le juge n’y voit pas d’illégalité.

En savoir plus ? Déroulez l'explication de Corentin Pirat et Lucie Cazottes, étudiants à Sciences Po Saint-Germain, sous la direction de Camille Morio, maîtresse de conférences en droit public à Science Po Saint-Germain, le 27 janvier 2020

Le jeudi 16 janvier 2020, lors de sa cérémonie de voeux, Christian Fautré, maire de Champigny-sur-Marne (Val-de-Marne), a annoncé qu’il soumettra au vote, lors du prochain conseil municipal, une « contribution de la ville à une caisse de solidarité pour grévistes » et la constitution d’un « fonds de solidarité pour les familles campinoises touchées financièrement par la grève ». Ce fonds serait en fait une aide exceptionnelle octroyée par le Centre communal d’action sociale (CCAS). De son propre aveu, ces aides tiennent du soutien au mouvement social contre la réforme des retraites. Cela fait deux types d’aides, que le juge ne regarde pas de la même manière.

La subvention d’une commune à une caisse de grève est en effet systématiquement annulée par le juge administratif, généralement sur déféré préfectoral (c’est-à-dire le préfet qui saisit le juge administratif d’une demande d’annulation). Le Conseil d’État a plusieurs fois annulé ce type de délibérations municipales. C’est le cas dans la décision Commune d’Aigues Mortes (1985), commune qui avait accordé une subvention à un syndicat à l’origine d’un mouvement social dans une entreprise locale. C’est le cas également dans la décision Commune de Gardanne (1989), commune qui avait souhaité subventionner la grève des cheminots. Le juge administratif considère que le conseil municipal n’a pas à prendre partie dans un conflit social et qu’il ne doit pas agir pour un motif politique. C’est le principe de neutralité des collectivités publiques, qui est constitutionnel.

À l’inverse, les aides aux familles de grévistes ne sont pas illégales. En effet, la commune agit dans ce cadre au nom du principe de solidarité, afin que les familles de grévistes ne soient pas trop impactées par le mouvement social. Par ce biais, le conseil municipal ne s’immisce pas dans le conflit social, et n’agit donc pas à des fins politiques. Il agit plutôt au nom de l’intérêt public local, seule boussole de l’action du conseil municipal comme le rappelle le code général des collectivités territoriales.

C’est une jurisprudence qui est bien établie, comme le souligne la professeure Roseline Letteron sur son blog. La jurisprudence  fait en effet la distinction entre les deux dans une décision du Conseil d’État de 1985. Dans cette décision, le Conseil d’État annule la subvention de la commune au comité régional de la SNCF mais valide la gratuité de la cantine accordée aux enfants de cheminots grévistes, en tant qu’action à des fins sociales.

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Anne Hidalgo, candidate à la mairie de Paris, promet de “maintenir l’encadrement des loyers dans le secteur privé”

Le Parisien, 8 janvier 2020

Anne Hidalgo promet de maintenir l’encadrement des loyers dans les logements privés à Paris... mais au plus jusqu’au 24 novembre 2023 : c’est le Parlement qui autorise cet encadrement et c’est le Parlement qui décidera de le prolonger - ou non - après 2023. Surtout, la mairie n’a aucun pouvoir sur la fixation du montant des loyers, l’encadrement étant géré par le préfet en vertu de la loi. Même réélue en mars 2020, Anne Hidalgo ne fera qu’observer le préfet appliquant la loi.

En savoir plus ? Déroulez l’explication de François Lefebvre et Elias Kari, étudiants à Sciences Po Saint-Germain, sous la direction de Camille Morio, maîtresse de conférences en droit public à Sciences Po Saint-Germain, le 20 janvier 2020

Anne Hidalgo, maire sortante de la Ville de Paris, a annoncé sa candidature pour un second mandat. Parmi les promesses formulées, on retrouve la volonté de “maintenir l’encadrement des loyers dans le secteur privé”. En réalité, la faisabilité de cette promesse de campagne n’est pas du ressort du maire mais du législateur.

L’encadrement des loyers fut déjà mis en place à Paris de 2015 à 2017, dans le cadre de la loi Alur. Le tribunal administratif de Paris avait coupé court à la mesure avant qu’un arrêt de la cour administrative d’appel de Paris annule ce jugement. Une décision du Conseil d’État a finalement validé le système d’encadrement des loyers.

Entre temps, le mécanisme a été réformé. Si l’encadrement des loyers a bel et bien fait son retour à Paris depuis le 1er juillet 2019, cela est davantage dû à l’intervention du législateur (article 140 de la loi Elan), qui autorise certaines collectivités à demander à expérimenter un encadrement des loyers pour une durée de 5 ans. Enthousiaste, la mairie de Paris a souhaité bénéficier de cette expérimentation, ce qui fut rendu possible par décret.

La loi ELAN prévoit que l’expérimentation se fera sur une durée de 5 ans à compter de sa publication, soit jusqu’au 24 novembre 2023. D’ailleurs, c’est la Constitution elle-même qui prévoit que les expérimentations comme celles-ci soient limitées dans le temps (article 37-1).

Ce n’est donc pas Anne Hidalgo réélue qui instaurerait un encadrement des loyers, puisque cet encadrement existe déjà et que si elle y est favorable, elle n’en est pas à l’initiative et n’a aucune prise sur cette réglementation.

De plus, le pouvoir de définir concrètement le montant des loyers encadrés ne relève pas des compétences municipales mais du préfet, comme ce fut déjà le cas lors de la première loi d’encadrement en 2015. C’est donc le préfet qui fixe par arrêté un loyer de référence majoré et un loyer de référence minoré, par catégorie de logements et par secteur géographique.

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Selon Jordan Bardella, il n’est pas possible d’ « être jugé sur le territoire français pour des crimes et délits commis à l’étranger »

France Inter, lundi 13 janvier 2020

Que Jordan Bardella refuse de rapatrier les djihadistes français est une chose, mais affirmer à l’appui de son refus que nos tribunaux ne peuvent pas juger des crimes ou délits commis à l’étranger est faux : le code pénal dit tout le contraire. Cela précisé, juger ces personnes posera des problèmes redoutables en droit (quelle charge retenir qui corresponde à notre code pénal ?) et en pratique (preuve, identification, témoignages, etc.).

En savoir plus ? Déroulez l’explication de Laurene Pezron, étudiante en master 2 droits de l’Homme à l’université de Nanterre, sous la direction de Jean-Paul Markus, professeur de droit à l’université Paris-Saclay, le 20 janvier 2017

Jordan Bardella, vice-président du Rassemblement national et député européen, affirme que le rapatriement des djihadistes français est « une aberration juridique » car il n’est pas possible d’ « être jugé sur le territoire français pour des crimes et délits commis à l’étranger ». Cette déclaration fait suite à l’interview dans Libération de la garde des Sceaux, Nicole Belloubet, annonçant le possible rapatriement des djihadistes français pour leur jugement devant les juridictions française. Jordan Bardella se trompe, même si en pratique il ne sera pas facile de juger en France les intéressés.

Le droit pénal international pose le principe de souveraineté des États, ce qui signifie en l’occurrence que les autorités judiciaires irakiennes et syriennes ont la priorité pour juger les ressortissants européens ayant commis des crimes sur leur territoire. Or l’instabilité institutionnelle des États en question peut empêcher le déroulement d’un procès équitable des djihadistes européens. D’où la demande exprimée par certains de rapatrier ces personnes, qui sont françaises, pour les juger en France, en raison des crimes commis en Syrie ou en Irak.

Et contrairement à ce qu’affirme Jordan Bardella, le code pénal est clair : « La loi pénale française est applicable à tout crime commis par un Français hors du territoire de la République. » (article 113-6 du code pénal). Concernant les simples délits, les juridictions françaises sont aussi compétentes si les actes des ressortissants français sont punis par la loi du pays où ils ont été commis, et à condition qu’il y ait plainte des victimes ou dénonciation officielle par l’autorité de ce pays. Donc Jordan Bardella a bien tort juridiquement, même si la condition de la plainte officielle ne semble pas pouvoir être remplie, puisque le Kurdistan – syrien ou irakien – n’est pas un Etat.

Il est vrai toutefois que si des tribunaux français peuvent juger des djihadistes ils seront confrontés à des difficultés pratiques : comment faire rentrer les actes commis en Syrie dans les catégories de notre code pénal (problème de la « qualification pénale ») ? Le « terrorisme » au sens du code pénal, c’est près d’une trentaine de qualifications pénales différentes, certaines relevant du criminel, d’autre du délictuel et donc d’une procédure et de peines différentes. De plus, comment rapporter la preuve des faits reprochés, et même comment identifier les auteurs réels des faits ? Comment faire témoigner les victimes ? Il n’y a donc pas « aberration juridique » (selon Jordan Bardella), mais en toute hypothèse il ne sera pas facile de juger les intéressés en France.

On rappellera enfin que ce cas n’est pas unique. Pour lutter efficacement contre le tourisme sexuel, la loi pénale française s’applique pour toute agression sexuelle commise à l’étranger sur un mineur, même si le pays où l’acte est commis n’incrimine pas ce comportement (c’est-à-dire ne le considère pas comme punissable : article 222-22 du code pénal). En application de cette procédure, la France a notamment condamné le 13 janvier 2020 un pilote de ligne français ayant commis des « agressions sexuelles sur mineur de moins de 15 ans » aux Philippines.

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« Pourvu que ça dure ! » déclare Hubert Lorand, maire de Quédillac, lors de la cérémonie des vœux du maire. Simple bilan ou propagande électorale ?

Ouest France, 3 janvier 2020

En période électorale les maires qui se représentent peuvent être tentés d’utiliser les cérémonies officielles des vœux pour leur campagne. C’est contraire au principe de neutralité et au code électoral. Le maire en campagne reste maire : s’il peut vanter ses réussites lors de cérémonies vœux financées par la commune, il doit s’interdire toute propagande aux frais du contribuable.

En savoir plus ? Déroulez l'article de Laura Coursimault et Elodie Guérin, étudiantes à Sciences Po Saint-Germain, sous la direction de Camille Morio, maîtresse de conférences en droit public à Sciences Po Saint-Germain et de Romain Rambaud, professeur de droit public à l'université Grenoble Alpes, le 16 janvier 2020

Le 29 décembre 2019, Hubert Lorand, maire de Quédillac (Ille-et-Vilaine), rassemblait ses habitants pour la traditionnelle cérémonie des vœux du maire. Il a ainsi pu annoncer officiellement sa candidature pour les élections municipales du 15 mars prochain. Il en a également profité pour mettre en avant les réussites essentielles de 2019. Entre la réouverture de la supérette, la halte TER ou encore la mise en place du village accueil de la course cycliste Paris-brest Paris avec près de 200 bénévoles, le maire salue un bilan riche.  « Pourvu que ça dure ! » dit-il à propos de la réouverture de la supérette. Simple bilan de l’année ou propagande électorale ?

La cérémonie des vœux du maire revêt, cette année, une importance toute particulière et ne doit pas prendre la forme d’une campagne. Le code électoral (L. 52-1 al. 2) interdit toute campagne de promotion publicitaire des réalisations ou de la gestion d’une collectivité à compter du sixième mois précédant le mois du scrutin. Pour déterminer si une cérémonie de vœux constitue une campagne de promotion publicitaire ou une simple action d’information, le juge s’appuie sur quatre critères, qui s’appliquent aux cérémonies des vœux comme à n’importe quelle autre activité : l’antériorité, la régularité, l’identité et la neutralitéSi le droit en la matière est bien établi, les cérémonies lors desquelles les maires annoncent leur candidature se trouvent dans une zone grise. Certes, déclarer sa candidature n’est pas nécessairement synonyme de promotion du bilan du maire. En effet, une telle annonce s’apparente, selon les cas, à une simple mesure d’information. Mais peu nombreux sont les maires à déclarer leur candidature sans faire un bilan (avantageux) de leur mandat… Par ailleurs, le fait même de déclarer sa candidature n’est pas loin de constituer un acte électoral qui risque en soi de porter atteinte à la neutralité de la cérémonie. Or, un acte qui contient des éléments de polémique ou des références à la prochaine élection est parfois qualifié par le juge d’attentatoire à l’article L. 52-1.

La cérémonie des vœux du maire de Quédillac semble bien traditionnelle et les propos d’Hubert Lorand font état d’un simple bilan. « Pourvu que ça dure ! Désormais la balle est dans le camp de la population dont la fréquentation et la fidélité en assureront la pérennité », déclare-t-il à propos de la réouverture, attendue, de la supérette. Mais, si Hubert Lorand appelle à la mobilisation des quédillacais pour le commerce local, il en profite également pour annoncer sa candidature. Un acte qui peut s’avérer, selon les circonstances, contraire au critère de neutralité impliqué par l’article L. 52-1.

Les cérémonies de vœux où les maires déclarent leur candidature peuvent en outre être contraires à l’interdiction du financement d’une campagne électorale par une personne morale (article L. 52-8 du code électoral). Or, la cérémonie des vœux est financée par la commune et, à travers l’annonce de sa candidature, c’est bel et bien le candidat qui s’exprime et non plus l’élu. Ainsi, la mairie en vient à financer un événement s’apparentant à un acte de propagande électorale. Autrement dit, il s’agit un acte illégal, visant à convaincre les électeurs, par le biais de la promotion d’un candidat, et de sa personnalité.

Donc, la cérémonie des vœux du maire n’est pas sans risque à l’approche des élections. Les maires peuvent en effet être tentés de vanter leurs réussites, en contradiction avec l’article L. 52-1 al. 2 du code électoral. L’annonce d’une candidature est, elle, susceptible de contrevenir tant à cet article qu’à l’interdiction du financement d’une campagne par les personnes morales.

En somme, les maires qui souhaitent annoncer leur candidature, comme Hubert Lorand, devraient le faire en dehors de tout cadre officiel. Si les élus peuvent faire la promotion des réalisations de leur mandat, ils ne peuvent le faire qu’en tant que candidat, dans le cadre de leur propre campagne, et sans utiliser les moyens de la commune en ce sens (deuxième phrase du deuxième alinéa de l’article L. 52-1 du code électoral).

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Au sujet des inondations dans le sud-est, Christian Estrosi affirme que “l’État a été responsable et pas les collectivités”

LCI, 3 décembre 2019

Christian Estrosi rend la bétonisation des années 1970, autorisée à l’époque par l’État, responsable des dommages causés par les inondations de décembre 2019. Or depuis 1981, soit près de quarante ans, ce sont les maires et les présidents de métropole qui ont la main sur l’urbanisme, à travers le plan local d’urbanisme notamment. Or Christian Estrosi est à la fois maire et président de métropole...

En savoir plus ? Déroulez l'explication de Paul Pradelle et Quentin Buron, étudiants à Sciences Po Saint-Germain, sous la direction de Camille Morio, maîtresse de conférence en droit public, le 15 janvier 2020

Début Décembre, le sud-est de la France et notamment le département des Alpes-Maritimes étaient touchés par de fortes inondations bloquant des routes et sinistrant des quartiers. Le maire de Nice, président de la Métropole Nice-Côtes d’Azur et président délégué de la région Sud, réagit aux conséquences des inondations qui ont frappé le territoire de sa commune, en pointant du doigt la responsabilité de l’État dans le phénomène de « bétonisation » du littoral, qui affecte l’écoulement normal des eaux de pluies et aggrave les risques d’inondations. On rappellera toutefois qu’un maire – et président de la métropole Nice-Côtes d’azur – détient un rôle majeur dans l’élaboration du plan local d’urbanisme (PLU), ce document stratégique qui détermine l’occupation des sols, autrement dit la « bétonisation » ou pas.

Le mouvement de décentralisation engagé depuis les lois Defferre de 1981 et 1982 vise – entre autres – à accroître la liberté d’administration les collectivités territoriales. Cette liberté d’administration locale est même inscrite dans la Constitution (article 72 de la Constitution). Pour les communes, cette liberté s’exerce en particulier par le PLU, élaboré en toute autonomie, c’est à dire sans intervention des services de l’État, sous la seule condition du respect des lois.

Cette autonomie n’a fait que s’accroître au fil des lois, en 2000 (loi SRU), en 2014 avec la loi ALUR qui confie un rôle important aux intercommunalités, en 2014 encore avec la loi dite “MAPTAM” créant les métropoles et leur confiant un rôle majeur en matière d’urbanisme (article L5217-2 du code général des collectivités territoriales). Or Christian Estrosi est aussi président de métropole…

Et quand bien même la bétonisation aurait commencé avant les lois de décentralisation, Christian Estrosi détient d’autres pouvoirs qu’il oublie de mentionner :  en matière de politique de la ville il peut proposer la démolition et la requalification de zones urbaines  « présentant des « dysfonctionnements urbains » (loi du 21 février 2014). Il peut même obtenir le soutien financier de l’État par la participation de l’ANRU (Agence Nationale pour la Rénovation Urbaine) dans le cadre d’une politique nationale de requalification urbaine.

La densification urbaine sur le littoral du Sud-Est de la France est un fait, pourtant la responsabilité seule des services de l’Etat ne saurait être retenue, ou seulement pour la partie bétonnée avant… 1981 soit depuis près de quarante ans !  Il est difficile d’établir un lien de causalité juridique entre des sinistres de 2019 et une bétonisation des années 1970, sans tenir compte de ce qui a pu être bétonné depuis 1981 sur autorisation du maire, des intercommunalités et de la métropole créée ensuite, présidée par Christian Estrosi.

Donc pour nuancer la déclaration de Christian Estrosi, peut-être faut-il rappeler au maire de Nice, que ses griefs devraient plutôt se diriger contre le président de la Métropole de Nice-Côtes d’Azur, un certain Christian Estrosi… qui aurait tout à fait pu initier un programme de requalification urbaine sur les zones à risques identifiées, et qui en tant que simple maire pouvait en tout état de cause éviter d’aggraver la bétonisation.

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Selon le candidat à la mairie de Paris Benjamin Griveaux “la maire de Paris a concentré tous les pouvoirs à l’hôtel de ville”

Affiches Parisiennes, 30 décembre 2019

Si la mairie de Paris définit les grandes orientations stratégiques de la gestion de la ville, la loi donne clairement aux maires d’arrondissements les pouvoirs pour gérer les problèmes des Parisiens au quotidien. Si Benjamin Griveaux veut plus de pouvoirs pour les maires d’arrondissements, il peut déjà déposer une proposition de loi en tant que député, sans attendre l’élection.

En savoir plus ? Déroulez l'explication de Maximiliano Teke et Sarah Baouche, étudiants à Sciences Po Saint-Germain, sous la direction de Camille Morio, maîtresse de conférence en droit public, le 9 janvier 2020

L’ancien porte-parole du gouvernement, aujourd’hui candidat à la mairie de Paris sous la bannière de La République En Marche a affirmé dans une interview accordée aux Affiches Parisiennes que la « maire de Paris a concentré tous les pouvoirs à l’Hôtel de ville » et « qu’elle n’accorde pas sa confiance à ses mairies d’arrondissement ». M. Griveaux semble ici pointer du doigt le fonctionnement de la mairie de Paris qui serait ultra-centralisé, ayant pour conséquence de reléguer les mairies d’arrondissement à un simple rôle d’application des décisions prises à l’Hôtel de ville. Cependant, Benjamin Griveaux oublie que les mairies d’arrondissement disposent de nombreuses compétences notamment en matière de logement, d’éducation ou d’aides sociales.

La ville de Paris est organisée en arrondissements comme le prévoit la loi dite « PLM » du 31 décembre 1982. Ces arrondissements s’articulent autour de conseils d’arrondissements composés majoritairement d’élus de l’arrondissement mais aussi d’élus municipaux. Son fonctionnement est décrit dans des dispositions spécifiques du code général des collectivités territoriales. Ce conseil possède d’importantes compétences, renforcées en 2017, notamment en termes d’équipement et d’aménagement du territoire puisqu’il pilote les programmes à vocation éducative, sociale, culturelle, mais aussi la gestion des espaces verts (de moins d’un hectare).

Le conseil d’arrondissement possède aussi de larges prérogatives en matière de logement et d’aménagement du territoire. Par exemple, « les logements dont l’attribution relève de la Ville de Paris et qui sont situés dans l’arrondissement sont attribués pour moitié par le maire d’arrondissement et pour moitié par le maire de Paris ».

Ainsi, lorsque Benjamin Griveaux demande à ce que les mairies d’arrondissement s’occupent « des problèmes du quotidien » ou que « la propreté, les espaces verts ou encore la voirie doivent être gérés à ce niveau » il s’agit en réalité de prérogatives dont disposent déjà les mairies d’arrondissement. Ou alors Benjamin Griveaux devrait préciser quels pouvoirs il aimerait voir concrètement passer du maire de Paris aux maires d’arrondissement.

D’ailleurs, ce ne serait pas au maire d’en décider mais au Parlement : c’est la loi qui répartit les pouvoirs entre le maire de Paris et les maires d’arrondissements. Benjamin Griveaux est député, il peut donc agir tout de suite, et demander une modification de la loi sans attendre l’élection.

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Municipales 2020 : Anne Hidalgo propose la gratuité des transports pour les moins de 18 ans à Paris

20 Minutes, 5 janvier 2020

Anne Hidalgo peut toujours promettre la gratuité des transports dans sa ville pour les moins de 18 ans, mais elle n’est pas décisionnaire en matière de tarifs de transports à Paris. Elle doit composer avec la région et les six départements. En plus qui compenserait pour que les jeunes Parisiens voyagent gratuitement ? Les jeunes du 9-3 ?
Autant de questions à résoudre qui rendent cette promesse de campagne bien aléatoire.

En savoir plus ? Déroulez l'explication de Quentin Lejart, étudiant en Master droit, sous la direction de Jean-Paul Markus, le 6 janvier 2020

Emmanuel Grégoire, premier adjoint à la maire de Paris, a annoncé qu’Anne Hidalgo proposerait la gratuité des transports pour les moins de 18 ans à Paris, en cas de réélection en mars. Selon M. Grégoire, cette mesure « sera mise en œuvre dans les mois qui viennent si les Parisiens décident de poursuivre avec [eux] ». La maire de Paris persévère ainsi dans l’erreur : il y a environ deux ans, nous surlignions déjà que le prix des transports en commun dans sa ville ne relevait ni de sa compétence, ni de celle du conseil municipal de Paris.

En effet, en vertu de l’article L. 1241-2 du code des transports, l’autorité compétente en la matière est le Syndicat des transports d’Île-de-France (STIF), devenu « Île-de-France Mobilités » en 2017. Or, cet établissement public regroupe l’ensemble des collectivités territoriales franciliennes et des intercommunalités, qui ne voteront pas forcément dans le sens voulu par la maire de Paris.

Autrement dit, Anne Hidalgo promet une mesure qu’elle ne peut en aucun cas décider seule, car que la mairie de Paris est minoritaire au sein du conseil d’administration d’Île-de-France Mobilités, alors que la région Île-de-France majoritaire en vertu de la loi. Au sein de ce conseil d’administration, 15 conseillers représentent l’Île-de-France, 5 seulement la mairie de Paris, 7 les départements, et 2 les intercommunalités et la chambre de commerce et d’industrie.

Si les jeunes Parisiens obtenaient la gratuité, il faudrait bien compenser le manque à gagner pour Île-de-France Mobilités. Or  il est loin d’être certain que les départements et la région accepteraient de voir leur part de contribution budgétaire aux transports d’Île-de-France augmenter au profit des Parisiens : la gratuité des uns repose en effet la pression fiscale des autres, et en l’occurrence nécessairement des plus riches. Dans tous les cas, l’article L. 1241-10 du code des transports exige la majorité absolue des voix du conseil d’administration pour ses délibérations à caractère budgétaire, et une majorité des deux tiers en cas de modification de la répartition des contributions des membres.

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La secrétaire d’État à l’Économie Agnès Pannier-Runacher a assuré que « si M. Ghosn venait en France, nous ne l’extraderions pas, parce que la France n’extrade jamais ses nationaux »

BFM TV, Bourdin Direct, 2 janvier 2020

La secrétaire d'État a bien raison : la France n’extrade jamais ses nationaux. Mais le juriste aime trouver la petite bête, et il y a une exception : la France peut "remettre" ses propres citoyens aux autorités judiciaires d'un autre État, s'il est membre de l’Union européenne. Exemple : Mehdi Nemmouche, français remis à la Belgique, accusé d'être l'auteur de l'attentat du Musée juif de Bruxelles.

En savoir plus ? Déroulez l'explication de Valentin Caro, étudiant en master droit, sous la direction de Tania Racho, docteure en droit, enseignante à l’université de Picardie Jules Vernes

C’est vrai, la France ne pratique jamais l’extradition pour ses citoyens, et ce depuis la loi du 10 mars 1927 relative à l’extradition des étrangers. Ce principe ancien est même désormais inscrit dans le code de procédure pénale depuis une loi de 2004. En effet, « l’extradition n’est pas accordée […] lorsque la personne réclamée a la nationalité française ». La Cour de cassation a même été plus loin puisqu’elle a jugé que l’extradition d’un national est interdite même s’il donne son consentement.

Alors, comment peut-on expliquer la remise aux autorités belges de Mehdi Nemmouche, accusé d’être l’auteur de l’attaque du Musée juif de Bruxelles ? Il était pourtant citoyen français et fermement opposé à sa remise aux autorités belges. C’était aussi le cas de l’indépendantiste basque Aurore Martin, Française accusée de terrorisme par la justice espagnole.

En réalité, certaines remises de nationaux aux autorités judiciaires de pays membres de l’Union européenne sont possibles en utilisant le mécanisme du mandat d’arrêt européen. Attention cependant, le mandat d’arrêt européen n’est pas une extradition, mais une simple remise judiciaire. Autrement dit, contrairement à l’extradition qui est une forme d’entraide internationale, de relation diplomatique et politique entre gouvernements, le mandat d’arrêt européen est une procédure judiciaire de l’Union, qui s’exécute entre juges indépendants. Le mandat d’arrêt européen ressemble donc à l’extradition, mais n’est finalement qu’une simple remise. Ce qui crée d’ailleurs des confusions régulières et quelques surlignages.

Ainsi, la remise de Mehdi Nemmouche par la France aux autorités judiciaires belges est rendue possible puisqu’elle fait suite à un mandat d’arrêt européen.

Dans le contexte de l’affaire concernant Carlos Ghosn, s’il décidait de rentrer en France, il ne pourrait pas être extradé au Japon, puisque d’une part le Japon n’est pas membre de l’Union européenne et que d’autre part, il a bien la nationalité française. La ministre a donc raison : la France n’extrade jamais ses nationaux, mais elle peut remettre des citoyens français aux autorités membres de l’Union européenne par le mécanisme du mandat d’arrêt européen.

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Rémi Gaillard, youtuber et candidat à Montpellier, veut “baisser les impôts avec le SLIP”

Midi Libre, 17 décembre 2019

Il n’y a rien dans ce SLIP qui autorise une commune à baisser les impôts en faveur de ceux qui accompliraient des travaux d’intérêt général. Les dégrèvements et réductions d’impôts sont définis par la loi seule, les maires étant totalement impuissants en la matière.

En savoir plus ? Déroulez l’explication d’Amina Boumati et Inès Dubois, étudiantes à Sciences Po Saint-Germain, sous la direction de Camille Morio, maîtresse de conférences en droit public, Sciences Po Saint-Germain

Rémi Gaillard veut mettre en place des Services libres et d’intérêt public (Slip) – ceux-ci pouvant être de “l’entretien d’espaces verts, de l’aide à la personne ou aux animaux” – permettant aux Montpelliérains de “bénéficier d’avantages fiscaux”. Les impôts locaux sont pourtant très strictement encadrés par la loi, et la promesse de tels dégrèvements semble impossible, ou au mieux avec un effet quasi-nul

Quel impôt Rémi Gaillard entend-il baisser pour ceux qui s’investiraient dans un service libre et d’intérêt public ? Un des quatre principaux impôts locaux ? Mais leurs montants sont gérés par l’État. Ils sont donc exclusivement définis par le Parlement, et sont valables sur tout le territoire sans qu’une commune puisse y déroger. Selon la Constitution (art. 34), c’est en effet “la loi [qui] fixe l’assiette, le taux et les modalités de recouvrement des impositions de toutes natures”.  Certes, il peut y avoir des exonérations ou des réductions d’impôt, mais elles ne sont valables que pour un nombre limité de contribuables. Ils sont précisément décrits dans le code général des impôts dans une section propre à chacun. Prenons par exemple la taxe foncière. Seules les personnes titulaires de l’Allocation de Solidarité aux Personnes Âgées ou encore les personnes propriétaires d’un logement vacant bénéficient d’une exonération fiscale.  Cela ne laisse donc que peu de marge de manœuvre aux municipalités. Le maire de Montpellier ne pourrait donc pas agir sur les principaux impôts locaux.

Il existe aussi des taxes locales, gérées par les collectivités. Mais une nouvelle fois, une modification de celles-ci s’avérerait compliquée. La loi prévoit que chaque commune est obligée d’adhérer à une intercommunalité, qui gère elle-même le montant de certains impôts locaux. Le maire de Montpellier ne peut donc pas modifier le montant de ces impôts, puisqu’ils sont gérés par la métropole Montpellier Méditerranée Métropole.

Ensuite, pour les impôts locaux perçus par la commune de Montpellier, l’augmentation ou la réduction de leur montant est strictement encadrée par la loi. Soit la modification du montant de l’impôt n’est pas possible pour des particuliers, soit ces modifications n’ont lieu que dans des cadres bien précis (la vente d’un bien ou en cas d’autorisations d’urbanisme), et ces taxes ne sont donc pas répétitives, allant donc à l’encontre de l’idée d’avantages fiscaux du candidat Rémi Gaillard.

Dans le dernier cas, il est impossible pour le maire d’une ville de modifier le montant de la taxe sur la consommation finale d’électricité, puisque depuis une loi de 2014, la commune doit choisir un “coefficient unique” d’imposition parmi plusieurs prévus par la loi.

Donc, cette proposition du candidat semble impossible selon la Constitution et les lois en vigueur, ou en tout cas ses effets seront drastiquement limités. La mairie de Montpellier, comme les autres municipalités, n’a pas la possibilité de choisir elle-même les modalités et les personnes qui pourraient bénéficier d’une baisse d’impôt. S’engager volontairement auprès de sa commune pour des activités d’intérêt général ne permettra donc pas de baisser ses impôts.

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A trois mois des élections municipales, Thierry Fourcassier, maire de Saint-Jory (Haute-Garonne) souhaite faire “un cadeau à sa population”. Esprit de Noël ou fraude électorale ?

France 3, 12/13 national, 20 décembre 2019

La proposition de Thierry Fourcassier à ses administrés, en cette période de campagne, est caractérisée comme de la fraude électorale. En plus des sanctions pénales auxquelles il s’expose, il prend le risque de provoquer l’annulation de l’élection municipale par le juge électoral pour atteinte à la sincérité du scrutin. En bref, c’est un cadeau de Noël qui ne passera certainement pas pour la justice, qui devrait se prononcer à l’issue de l’élection sur le geste du maire de Saint-Jory.

En savoir plus ? Déroulez l’explication de Justine Coulier et Nicolas Grojnowski, étudiants à Sciences Po Saint-Germain, sous la direction de Camille Morio, maîtresse de conférences en droit public à Sciences Po Saint-Germain et Romain Rambaud, professeur de droit public à l'Université Grenoble Alpes, le 27 janvier 2020

Thierry Fourcassier, candidat (LR) à sa réélection à la mairie de Saint-Jory (Haute-Garonne) en 2020, a posé la question suivante à ses 5797 administrés dans le bulletin de la mairie : “souhaitez-vous un bon d’achat de 50€ ou une baisse des impôts municipaux de 10% ?” Un geste qui se veut généreux à l’approche des fêtes de fin d’année, rendu possible selon le maire par la baisse du niveau d’endettement de la municipalité. Celui-ci avait déjà mis en œuvre cette proposition en 2019, mais elle est illégale en cette période de campagne électorale.

Le code électoral (art. L 106) interdit d’influer ou de tenter d’influer sur le vote des électeurs par des “dons ou libéralités en argent ou en nature” ou “par des promesses de libéralités, de faveurs”. Une disposition qui s’applique ici aux promesses de bon d’achat et de réductions d’impôts, qui constituent des promesses de libéralités ou de faveurs. Un maire avait par exemple été condamné pour avoir aidé ses administrés à payer leurs factures d’eau avant l’élection municipale. Ici, l’intention d’influencer les électeurs semble établie puisque cette promesse est réalisée en pleine période de campagne officielle, et que le maire tient à la faire connaître le plus largement possible. Pour ce faire, il utilise d’ailleurs le bulletin municipal, méconnaissant au passage l’interdiction de financement des campagnes électorales par une personne morale précisée dans le code électoral (art. L 52-8).

Enfreindre l’article L 106 est puni “de deux ans d’emprisonnement et d’une amende de 15 000 euros”. La peine est double si le coupable est fonctionnaire public, ce qui est le cas de Thierry Fourcassier : il est non seulement maire, ce qui suffit pour voir la peine doubler, mais aussi professeur de physique au collège de Saint-Jory.

L’opposition municipale a déjà saisi le procureur de la République de Toulouse, accusant le maire de fraude électorale. Pour sa défense, le maire de la commune pourrait invoquer une disposition du code électoral qui empêche toute poursuite fondée sur l’article L 106 contre un candidat avant la proclamation du scrutin. Cependant, les poursuites restent possible sur le fondement de l’article L116 du même code qui punit ceux qui, “par des manœuvres frauduleuses quelconques, auront porté atteinte ou tenté de porter atteinte à la sincérité d’un scrutin”, d’une “amende de 15 000 euros et d’un emprisonnement d’un an”. Or le juge a une approche très large de l’article L 116 :  il suffit que les manœuvres frauduleuses soient de nature à avoir une incidence sur le scrutin.

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Selon Jean-Luc Mélenchon, la réforme des retraites est « une transition lente vers la capitalisation comme le demande la Commission européenne »

BFM TV, 22 décembre 2019

Le président du groupe La France insoumise à l’Assemblée nationale semble vouloir accuser « Bruxelles » de tous les maux. Pourtant, l’Union européenne n’a pas imposé la réforme des retraites, qui est la volonté seule de l’actuelle majorité. Ce genre de propos est dommageable, car il tend à déresponsabiliser l’État en le faisant passer pour un simple exécutant des volontés de « Bruxelles ».

En savoir plus ? Déroulez l'explication de Vincent Couronne, docteur en droit, chercheur associé au laboratoire VIP (Paris Saclay)

Comme nous l’avions déjà expliqué en 2017 à propos des ordonnances travail que Florian Philippot attribuait à « Bruxelles », dire que la réforme des retraites est une demande la Commission est largement exagéré.

Écartons d’emblée l’accusation de transition vers un système par capitalisation. La volonté du Gouvernement dans les grandes lignes présentées est de maintenir un système par répartition, mais nous ne sommes pas devins ni stratèges politiques, et nous ne saurions anticiper ce que cette majorité – ou une autre plus tard – fera du système de retraites.

En revanche, faire porter la responsabilité de la réforme des retraites à la Commission européenne signale une bien mauvaise connaissance du fonctionnement de l’Union… surtout pour un ancien député européen.

Chaque année en juillet, le Conseil de l’Union européenne adopte des recommandations qui contiennent des grandes orientations de politique économique (GOPE, article 121 du traité sur le fonctionnement de l’Union européenne). Elles ne sont pas obligatoires et si les États membres, dont la France, tentent malgré tout de s’y conformer, c’est parce que ce sont ces mêmes États membres qui en sont à l’origine. C’est par le Conseil européen, qui réunit les chefs d’États et de gouvernements que les GOPE sont adoptées par consensus . Cela signifie que la France dispose à ce stade d’un moyen de contrainte en bloquant la décision si la politique envisagée ne lui convient pas. Ensuite, sur la base de la ligne établie par les États au Conseil européen, la France formule un programme de réformes précis (voir p. 43).

Rappelons que dans l’ordre, cette réforme des retraites faisait d’abord partie des promesses de campagne d’Emmanuel Macron. Cette idée sera ensuite reprise et adoptée par les États au Conseil de l’Union, sous forme de GOPE. On comprend alors comment ces GOPE peuvent être un moyen peu honnête pour les États de faire porter par l’Union l’initiative des réformes qu’ils se sont en réalité eux-mêmes imposés.

Tout comme Florian Philippot et d’autres avant lui, Jean-Luc Mélenchon, conscient ou non de ce fonctionnement, fait porter le chapeau à l’Europe par opportunisme politique.

En revanche, il est vrai que ces recommandations ont pour objectif de suivre l’évolution des réformes des États membres de l’Union afin d’éviter que leur déficit et leur dette publics ne dérapent. Dans cette optique, on peut légitimement s’interroger sur le rôle que cette réforme aura dans la réduction du déficit public. Mais il faut savoir garder la mesure de toute chose : ce sont les États eux-mêmes qui se sont imposés les règles budgétaires en rédigeant et adoptant les traités qui les prévoient, et ils restent libres de déterminer quelles réformes accomplir pour revenir dans les clous en cas d’écart. « Bruxelles » – passons sur l’excessive généralité du terme – n’a donc pas demandé à la France une réforme particulière des retraites.

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Anne Hidalgo se dit « consternée par la décision incompréhensible de la cour d’appel de Paris » qui a déclaré irresponsable pénalement l’auteur présumé du meurtre antisémite de Sarah Halimi.

Twitter, 19 décembre 2019

Anne Hidalgo se déclare "consternée" par la décision "incompréhensible" de la cour d'appel de Paris dans l'affaire Sarah Halimi. Normal, pour comprendre, il faut la lire.

En savoir plus ? Déroulez l'explication d'Audrey Darsonville, professeure de droit pénal, Université Paris Nanterre

Le 19 décembre, la chambre de l’instruction de la cour d’appel de Paris a déclaré irresponsable pénalement l’auteur présumé de l’homicide volontaire à caractère antisémite perpétré contre Sarah Halimi en 2017. Les propos d’Anne Hidalgo sont problématiques et ce, pour plusieurs raisons.

D’abord, il est toujours étonnant qu’un responsable politique, en l’occurrence la maire de Paris, commente une décision judiciaire non encore définitive puisque, dans le cas d’espèce, les parties peuvent encore former un pourvoi en cassation. Ensuite, critiquer une décision judiciaire sans avoir eu accès à cette dernière est très discutable car il s’agit alors d’un commentaire sans connaissance réelle du fondement de la décision prise. En outre, Anne Hidalgo évoque dans son tweet « le meurtrier de Sarah Halimi », oubliant ainsi le principe de la présomption d’innocence qui signifie que pour le moment, faute de décision judiciaire définitive sur sa culpabilité, le mis en examen est présumé innocent et ne peut pas être présenté comme un meurtrier.

Enfin, Anne Hidalgo est « consternée » par cette décision qui, selon elle, « conclut à l’irresponsabilité du meurtrier de #SarahHalimiparce que sous l’emprise du cannabis ». Il n’est pas possible de confirmer ou d’infirmer cette affirmation puisque la décision de la chambre de l’instruction n’est pas accessible au public et que nous ne pouvons donc pas avec certitude connaître le fondement juridique de cette déclaration d’irresponsabilité pénale. Néanmoins, il faut préciser que l’application de la loi pénale ne permet pas de déclarer une personne irresponsable uniquement parce qu’elle aurait consommé des stupéfiants. En effet, deux principes juridiques doivent être rappelés.

En premier lieu, la consommation d’alcool ou de stupéfiants n’est pas une cause d’irresponsabilité pénale mais à l’inverse une circonstance aggravante. Ainsi, l’homicide involontaire est aggravé si l’auteur se trouvait en état d’ivresse ou avait fait usage de substances classées comme stupéfiantes lors des faits (article 221-6-1, 2° et 3° du code pénal). Il en va de même pour le viol dont la peine est aggravée lorsqu’il est commis par une personne agissant en état d’ivresse manifeste ou sous l’emprise manifeste de produits stupéfiants (article 222-24, 12° du code pénal).

En second lieu, l’article 122-1 du code pénal précise que la personne dont le discernement était aboli lors des faits est irresponsable pénalement. Il s’agit d’un principe ancien selon lequel la justice pénale ne juge pas les personnes totalement dénuées de discernement. Cela ne signifie pas que ces personnes échappent à tout contrôle social, mais ce contrôle s’exercera différemment, par exemple par un internement en hôpital psychiatrique. En revanche, si le discernement était seulement altéré lors des faits, la personne est responsable pénalement mais sa peine sera réduite d’un tiers. Dans l’affaire Halimi, la chambre d’instruction a retenu l’abolition totale du discernement, sur la base d’expertises psychiatriques. Que le mis en examen ait consommé du cannabis avant le meurtre semble être un fait non contesté. Néanmoins, cela ne signifie pas que c’est cet usage du cannabis qui soit la cause de la déclaration d’irresponsabilité pénale puisque ce serait contraire à la logique du droit pénal qui en fait au contraire une cause d’aggravation. Il est beaucoup plus probable que l’irresponsabilité repose sur l’évaluation de la santé mentale du mis en examen qui serait, indépendamment du cannabis, atteint d’un trouble tel que son discernement était aboli au moment du meurtre.

Anne Hidalgo critique une décision judiciaire prononçant l’irresponsabilité pénale d’un mis en examen car elle l’estime liée à sa consommation de cannabis. Cette critique est problématique car sans avoir accès à la décision qui n’est pas publique, un tel fondement à l’irresponsabilité pénale serait contraire aux règles du droit pénal et semble donc peu crédible.

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Juste avant la démission de Jean-Paul Delevoye, Marine Le Pen avait déclaré : « Il oublie de respecter la Constitution, il commet une infraction pénale, il a oublié 10 mandats et le Premier ministre vient nous dire il est de bonne foi »

Europe 1, 15 décembre 2019

Marine Le Pen a énoncé de nombreuses informations qu’il faut trier : les mandats de Jean-Paul Delevoye ne sont pas nécessairement contraires à la Constitution mais il risque bien une condamnation pénale pour ses omissions auprès de la Haute Autorité pour la transparence de la vie publique.

En savoir plus ? Déroulez l'explication de Tania Racho, enseignante en droit public, Université de Picardie Jules Verne

Les faits sont connus : Jean-Paul Delevoye, Haut-commissaire aux retraites pilotant justement la réforme des retraites, démissionne en plein trouble social car il a oublié de mentionner de nombreux mandats sur sa déclaration d’intérêt dont certains rémunérés.

Depuis une loi de 2013 sur la transparence de la vie publique, une nouvelle institution a été créée, la Haute Autorité pour la transparence de la vie publique, chargée de recevoir les déclarations d’intérêts des personnalités publiques, c’est-à-dire un point sur leur situation financière à l’entrée en fonction. La déclaration doit être déposée au plus tard deux mois après l’entrée en fonction (en septembre 2019 pour son poste de Haut-commissaire).

Le site de la Haute Autorité est très clair : il faut également déclarer les intérêts que peuvent avoir les personnalités publiques, par exemple des actions détenues ou le fait de siéger dans un comité d’administration.

C’est ici que le propos de Marine Le Pen est problématique. L’article 23 de la Constitution prévoit une incompatibilité entre la fonction de ministre et « des activités professionnelles » (en plus d’autres interdictions comme le cumul député-ministre). Qu’est-donc qu’une activité professionnelle ? La Constitution ne le précise pas mais cela comprend bien sûr le fait d’être salarié ou libéral, de travailler directement pour une entreprise, d’avoir une activité rémunérée, l’objectif étant d’éviter tout conflit d’intérêt.

Or Jean-Paul Delevoye a omis de déclarer des « mandats », des missions confiées, en grande majorité bénévoles, au sein de Conseils d’administration (par exemple à la Fondation SNCF, à l’Observatoire régional de la commande publique des Hauts-de-France, etc.). Il ne s’agissait donc pas d’activités professionnelles salariées, même si elles pouvaient clairement entraîner un conflit d’intérêt. Mais s’agissant de ses activités rémunérées, Jean-Paul Delevoye a bien enfreint la Constitution.

Marine Le Pen a encore raison lorsqu’elle indique que Jean-Paul Delevoye commet une infraction pénale : la loi de 2013 prévoit en effet « que le fait de ne pas communiquer, de sa propre initiative ou à la demande de la Haute Autorité pour la transparence de la vie publique, les informations qu’il est tenu de communiquer à cette dernière en application de l’article 18-3 est puni d’un an d’emprisonnement et de 15 000 € d’amende ». Ce qui explique que la Haute Autorité ait saisi le procureur de la République à ce sujet.

Enfin, la bonne foi de Jean-Paul Delevoye n’aura clairement aucun impact sur sa situation puisqu’il aurait dû prendre connaissance des éléments à inclure dans sa déclaration d’intérêt, d’ailleurs envoyée avec retard à la Haute Autorité pour la transparence de la vie publique.

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Bruno Retailleau, président du groupe Les Républicains au Sénat, veut interdire les listes “communautaristes” aux élections

Proposition de loi, 8 novembre 2019

Bruno Retailleau veut interdire les listes "communautaristes" aux élections par sa proposition de loi. Sauf que sa proposition de loi ne résout pas ce qu'il considère - à tort ou à raison - un problème. Elle crée une interdiction à la fois trop vague, trop large et disproportionnée, qui serait assurément censurée par le Conseil constitutionnel.

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Depuis des semaines, des voix s’élèvent pour demander l’interdiction des listes « communautaristes » pour les élections municipales. Cette polémique fait suite aux résultats de la liste Une Europe au service des peuples de l’Union des démocrates musulmans français (UDMF) aux élections européennes. Si celle-ci ne fit au niveau national qu’un résultat très faible (0,13 % des suffrages), elle obtint des scores autour de 5% dans certaines communes. Or, l’UDMF présentera des listes dans une cinquantaine de communes en mars 2020.

Après que Xavier Bertrand a demandé une modification de la Constitution, le sénateur Bruno Retailleau a déposé une proposition de loi tendant à assurer le respect des valeurs de la République face aux menaces communautaristes le 8 novembre 2019. Celle-ci vise à lutter contre les listes électorales qui contreviendraient « aux principes de la souveraineté nationale, de la démocratie ou de la laïcité en soutenant les revendications d’une section du peuple fondées sur l’origine ethnique ou l’appartenance religieuse ». Il s’agit pour Bruno Retailleau:

  • d’encadrer les titres (intitulés) que peuvent se donner les listes
  • d’interdire de tenir des propos ou de distribuer des écrits répondant à la définition précitée dans des lieux publics
  • de donner au préfet le pouvoir de faire retirer les affiches et autres documents
  • de donner au préfet la faculté de demander au juge d’exclure des candidats et des listes
  • d’empêcher que l’aide publique puisse être versée à ces partis
  • d’imposer aux élus locaux le respect de l’obligation de neutralité religieuse, ce qui n’est pas le cas aujourd’hui : un élu peut parfaitement se présenter en tenue religieuse au Parlement ou dans une assemblée locale telle qu’un conseil régional.

Si la question de la lutte contre le communautarisme est bien réelle, ce texte soulève des difficultés juridiques non négligeables. Il serait même sans précédent, dans la mesure où il n’existe en droit électoral aucune restriction à la liberté de candidature fondée sur des critères d’opinion. Dans ce cas-ci, il y a toutes les raisons de croire que cette proposition de loi est inconstitutionnelle car elle limite trop fortement la liberté d’expression. Or la liberté d’expression fait l’objet d’une protection renforcée par le juge constitutionnel en matière électorale : toute restriction doit être particulièrement justifiée et proportionnée à l’objectif qui est poursuivi.

De ce point de vue, le texte proposé par Bruno Retailleau ne répond pas aux exigences du Conseil constitutionnel : les motifs justifiant l’interdiction sont soit inefficaces (aucune liste ne soutiendrait officiellement la remise en cause de la souveraineté nationale), soit trop larges (la référence à la démocratie vise en réalité, d’après l’exposé des motifs, le principe d’égalité entre hommes et femmes), soit peu pertinents (si la laïcité impose la neutralité de l’État, elle n’empêche pas l’expression religieuse de candidats à des élections). Il en résulte que cette loi serait considérée comme entravant trop la liberté d’expression, faute de définir de façon suffisamment précise les hypothèses visées par l’interdiction. Pour le dire autrement, l’interdiction est trop vague, ce qui crée une insécurité juridique pour le citoyen. Ce texte pose aussi un problème de proportionnalité, dans la mesure où les interdictions sont absolues et que les pouvoirs donnés à l’administration semblent très excessifs. En somme, le Conseil constitutionnel censurerait une telle loi.

Reste un vrai problème : il n’existe pas dans notre Constitution de fondement permettant de lutter contre le communautarisme. Le Président de la République a affirmé lors du Congrès de l’Association des maires de France qu’il ne serait pas légiféré sur ce point. Il est en effet préférable de mieux appréhender la question sur le plan politique, avant de se lancer dans des aventures hasardeuses sur le plan du droit.

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Pour Adrien Taquet, secrétaire d’État chargé de la protection de l’enfance, “la France n’a jamais été condamnée par la Cour européenne des droits de l’homme” pour rétention d’enfants de migrants

France Inter, La matinale, 19e minute

Si. Six fois. Sans compter les recommandations du Défenseur des droits. Adrien Taquet ne semble pas très au point sur cette question.

En savoir plus ? Déroulez l’explication de Tania Racho, docteure en droit, Université Paris 2 Assas

La question de l’enfance a été mise sur le devant de la scène le 20 novembre 2019 à l’occasion des 30 ans de la Convention internationale des droits de l’enfant (CIDE), que les juristes connaissent souvent pour l’obligation de prendre en considération « l’intérêt supérieur de l’enfant ». A cette occasion, Adrien Taquet répondait à une question sur les enfermements d’enfants en « centres de rétention administrative » (CRA), affirmant avec aplomb que la Cour européenne des droits de l’homme n’avait jamais condamné la France pour avoir enfermé des enfants en CRA.

Plusieurs éléments de décor d’abord : sous le terme de « centre de rétention administrative », la réalité ressemble de très près à une prison, si ce n’est que le tort des personnes enfermées est le statut irrégulier de leur séjour. Ensuite, les enfants, voire les nouveau-nés, ne sont pas seuls en CRA, ils sont nécessairement avec un membre de la famille ou un tuteur. Sinon, la France a l’obligation de prendre en charge les mineurs non accompagnés et ne peut les refouler.

En France, aucune réglementation n’interdit cette rétention d’enfants. Cependant, la Cour européenne des droits de l’homme a, de nombreuses fois (6 fois selon le décompte du journal Le Républicain Lorrain), condamné la France directement sur ce sujet. La première fois date en tout cas de 2012, avec le cas d’une famille retenue 15 jours avec un enfant de 3 ans et un bébé de 6 mois qui a entraîné le constat d’un traitement inhumain et dégradant par la France.

Les autorités administratives indépendantes françaises signalent également souvent le traumatisme que peut engendrer une telle détention, même brève, sur des enfants. Le défenseur des droits dit ainsi, dans une recommandation de 2018, que « la détention, même de courte durée, laisse les enfants anxieux, déprimés, avec des difficultés de sommeil et des problèmes dans leur développement psychique ». Le contrôleur général des lieux de privation de liberté estime qu’il faut ni plus ni moins interdire la rétention des enfants dans un avis de 2018, l’alternative étant par exemple l’assignation à résidence, notamment dans des hôtels logeant les familles d’étrangers.

Adrien Taquet ne semble pas très au point sur cette question.

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Le président d’Est Ensemble a voulu déprogrammer le film “J’accuse” dans plusieurs salles de cinéma, avant de faire marche arrière, à raison

Le Monde, 21 novembre 2019

Un élu local ne peut en principe interdire la diffusion du « J’accuse » de Polanski : on n’admet les interdictions de diffusion de films par des élus locaux que si ces films sont immoraux en eux-mêmes ou si le public local présente une particulière sensibilité au sujet traité. La question des accusations de viols n’a rien à voir juridiquement avec le film. L’expression des uns (défense des victimes) ne peut empêcher l’expression des autres (réalisateurs), c’est au contraire au maire de ménager les deux.

En savoir plus ? Déroulez l'explication de Tom Le Merlus, étudiant en master droit, sous la direction de Jean-Paul Markus, professeur de droit à l'université Paris Saclay, le 24 novembre 2019

Le président PS de l’établissement public territorial Est Ensemble, Gérard Cosme, avait déclaré vouloir déprogrammer le film J’accuse de Roman Polanski dans 6 salles de cinéma de Seine-Saint Denis. Or, même si une telle déprogrammation n’a finalement pas eu lieu en raison de protestations, une telle décision aurait été de toute façon illégale. 

En vertu de ses pouvoirs, le maire peut prendre des mesures de police pour protéger l’ordre public. Ces mesures de police peuvent consister notamment à limiter ou interdire des activités de nature à choquer certaines personnes ou communautés au regard des valeurs communément admises. Il peut ainsi interdire la diffusion d’un film dans sa commune alors même que ce film a reçu un visa d’exploitation du ministère de la Culture, et que sa diffusion nationale est donc autorisée. 

A quelles conditions ? Le juge est très précis : il faut que la projection du film en question menace de créer des troubles sérieux à l’ordre public, en raison notamment du caractère immoral du film et de circonstances locales particulières. Cela a été jugé il y a déjà longtemps à propos du film Le Feu dans la peau, dont l’interdiction de diffusion par le maire de Nice avait été jugée légale : il y avait un risque que des personnes incendient la salle pour marquer leur opposition à la diffusion, comme c’était malheureusement courant dans les années 1950/1960. Depuis, d’autres films ont pu être interdits, sans que le juge ne s’y oppose, et le raisonnement a été le même pour l’interdiction d’un spectacle de Dieudonné. 

Dans le cas du film J’accuse, qui a reçu un visa d’exploitation, il est difficile de le qualifier d’immoral, d’autant qu’il dénonce tant l’antisémitisme que les dysfonctionnements de la justice de l’époque. S’agissant des circonstances locales, on ne voit pas non plus quel public local particulièrement sensible pourrait être choqué. Quant aux accusations de viol pesant sur Roman Polanski, elles n’ont rien à voir avec le contenu du film et ne font pas partie des circonstances permettant d’interdire un film. Si des manifestations contre Roman Polanski ont pu avoir lieu, elles n’ont rien à voir avec le film en lui-même. Ces manifestants sont bien sûr en droit de s’exprimer, mais il appartient aux autorités de faire aussi respecter la liberté d’expression des cinéastes, au besoin en contenant les manifestants aux abords des salles de cinéma. C’est une jurisprudence déjà très ancienne (décision Benjamin de 1933), mais toujours en vigueur. 

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Didier Lallement à une femme gilet jaune : “nous ne sommes pas dans le même camp, madame”

TMC, « Quotidien », 18 novembre 2019

Soit le préfet de police se situe lui-même dans le camp de l’ordre, et assimile les gilets jaunes au camp du désordre. Ce n’est pas nécessairement un commentaire politique, mais le terrain est glissant. Soit il considère le camp politique des gilets jaunes et s’en démarque politiquement. C’est orienté et contraire au devoir de réserve. Et dans ce cas il a glissé.

En savoir plus ? Déroulez l’explication de Jean-Paul Markus, professeur de droit, Université Paris Saclay

Simple bourde ou faute déontologique ? Croisant une femme gilet jaune, alors qu’il inspecte les forces de police place d’Italie à Paris, le préfet de police coupe court à une discussion sur les casseurs et les dégâts causés, en assenant une « eh bien nous ne sommes pas dans le même camp madame ». Traduction : lui serait dans le camp de l’ordre et elle, en tant que gilet jaune, dans celui des casseurs.

Première façon de considérer ce comportement : en tant que préfet de police, il est dans sa fonction de maintien et de rétablissement de l’ordre, et son interlocutrice serait dans sa fonction contestataire, donc « en face ». Il y a bien deux camps au sens commun du terme : elle est du côté administré et il est du côté des forces de l’ordre. Le préfet de police ne ferait donc que rappeler sa fonction : ce serait donc une sorte de « rappel à la loi » que toute autorité représentante de l’ordre (dont les maires) est fondée à prononcer face aux administrés. Reste que c’est un peu brutal, et au minimum maladroit face à une femme qui lui expliquait que ses propres valeurs ne la portaient pas à casser.

Seconde façon de considérer ce comportement : le préfet de police évoque des camps politiques : celui des gilets jaunes, et celui de… lequel d’ailleurs ? Or le préfet de police n’est dans aucun camp au sens politique. Bien que tenu par un devoir de loyalisme absolu à l’égard du gouvernement dont il applique la politique sur le terrain, il n’est pas une autorité politique et n’est donc pas dans le camp politique du gouvernement. Si comme tout le monde il peut avoir ses idées politiques, il ne peut les exprimer en public : c’est le devoir de réserve, qui s’applique à tout agent public en vertu du statut des fonctionnaires. Ce devoir de réserve s’explique par le devoir de neutralité qui s’applique à tous les services publics, devoir de neutralité qui découle ni plus ni moins du principe constitutionnel d’égalité. Le préfet de Paris aurait donc dû face à cette femme gilet jaune s’abstenir de tout propos pouvant être interprété politiquement, même si ce n’était pas sa pensée. Il a donc assurément dérapé.

On peut citer une vielle affaire, d’un préfet qui avait recruté une présidente d’association féministe comme chargée de mission à la préfecture à ses côtés. Peu de temps après, elle était licenciée pour avoir critiqué l’action du premier ministre de l’époque. Et le juge donna raison au préfet, car elle n’avait pas respecté son devoir de réserve. De là à démettre le préfet de police de Paris pour non-respect du devoir de réserve lors d’un propos très ambigu, alors même qu’il se savait filmé, c’est peut-être excessif. On peut seulement s’étonner qu’un préfet de police si expérimenté se prête ainsi à une médiatisation sans au moins contenir ses propos. A ce rang de la haute fonction publique, c’est gênant.

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