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e président russe Vladimir Poutine et le chef de la junte malienne Assimi Goïta se serrent la main lors d'une rencontre au Kremlin à Moscou le 23 juin 2025. Photo : Pavel Bednyakov / POOL / AFP

Attaques djihadistes au Mali : Vladimir Poutine a-t-il accusé la France d’ingérence dans une interview ?

Création : 5 mai 2026

Auteur : Nicolas Turcev, journaliste

Relecteur : Etienne Merle, journaliste

Liens d’intérêts ou fonctions politiques déclarés des intervenants à l’article : aucun

Secrétariat de rédaction : Etienne Merle, journaliste

Source : Compte Facebook, le 29 avril 2026

Une vidéo virale prétend que le chef d’État russe a pris la parole à la télévision pour accuser plusieurs pays, dont la France, de vouloir profiter du chaos au Mali pour renverser la junte au pouvoir. Il s’agit en réalité d’un montage vidéo.

Le 25 avril 2026, une alliance composée des djihadistes du JNIM et des rebelles du FLA a lancé une offensive coordonnée pour déstabiliser la junte militaire au pouvoir au Mali. Les insurgés ont pris la ville de Kidal dans le nord du pays et ont imposé un blocus autour de la capitale, Bamako. Le ministre de la Défense, Sadio Camara, a, lui, été tué à son domicile.

L’événement a suscité de nombreuses réactions à l’international, dont la condamnation du secrétaire général des Nations unies, Antonio Gutteres, qui a dénoncé « l’extrémisme violent » des groupes armés.

Sur les réseaux sociaux, une vidéo prétend montrer le président russe, Vladimir Poutine, livrer son interprétation du conflit à une journaliste. D’après cet extrait, le chef d’État, allié de la junte malienne auquel il fournit un appui militaire, aurait accusé la France, l’Algérie et la Mauritanie de manigancer en coulisses pour que « le gouvernement malien tombe ». Le but de l’opération ? Remplacer Assimi Goïta, l’actuel leader du pays, par un dirigeant « plus proche de la France et moins de la Russie ».

Seul hic : cette vidéo est un montage grossier assemblé à partir d’anciennes prises de parole de Vladimir Poutine. Le maître du Kremlin n’a jamais prononcé ces mots publiquement, même si la Russie a bien accusé les Occidentaux d’ingérence au Mali après l’offensive du JNIM et du FLA.

Un montage grossier

La vidéo se décompose en deux parties : la question de la journaliste, qui demande prétendument à Vladimir Poutine son opinion sur la situation au Mali, puis la réponse du chef d’État. L’échange est narré par une voix off qui prétend traduire en français les propos tenus en russe. Mais la traduction ne correspond pas au contenu des extraits vidéo utilisés.

La question de la journaliste est en fait celle d’une étudiante italienne, posée au président russe lors d’un panel organisé par l’université de Moscou en février 2024. L’échange n’avait rien à voir avec l’offensive des insurgés au Mali, puisqu’elle ne s’était pas produite, mais concernait les liens entre la Russie et l’Italie, comme l’a relaté le Corriere Della Sera.

L’extrait vidéo utilisé pour illustrer la réponse de Vladimir Poutine n’est toutefois pas issu de ce panel. Il provient d’une interview du chef d’État réalisé par la chaîne états-unienne NBC News en 2021. Le passage retenu dans le montage correspond à un segment de l’entretien dans lequel l’ancien agent du KGB évoque l’extension de l’Otan à l’est de l’Europe.

L’Occident pointé du doigt par la Russie

Même si elle n’est pas authentique, la fausse interview de Vladimir Poutine sur la situation au Mali répand un narratif qui correspond en partie au discours officiel diffusé par la Russie après les attaques. Dans un communiqué publié le jour des attaques du JNIM et du FLA, le ministère des Affaires étrangères russe a évoqué la possible implication de « structures sécuritaires occidentales » dans la préparation de l’offensive.

Le lendemain, l’Africa Corps – le contingent militaire russe stationné en Afrique – a affirmé sur X que « des mercenaires ukrainiens et européens […] ont participé aux attaques contre des installations étatiques et des unités des forces gouvernementales, utilisant des missiles sol-air portables d’origine occidentale ».

Dans un message publié sur Facebook, l’ambassade de Russie au Bénin affirme elle aussi que « l’entraînement était effectué avec la participation des instructeurs mercenaires ukrainiens et européens, qui utilisaient des MANPADS Stinger et Mistral de style occidental ».

La France, qui maintenait une présence militaire au Mali avant que la nouvelle junte choisisse de s’allier à Russie, est particulièrement visée par les accusations d’ingérence. Le 26 avril, sur X, l’Africa Corps a qualifié les soutiens « des terroristes [opérant au Mali] et leurs maîtres français » de « lâches haineux ».

Paris n’a pas directement réagi à ces accusations, mais a historiquement toujours nié soutenir les groupes djihadistes et séparatistes au Mali. Le 27 avril au soir, soit près de trois jours après les attaques, la France a exprimé sa « préoccupation » et souhaité « qu’une paix et une stabilité durables soient instaurées au Mali ».