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Alain Juppé : “Le droit à l’avortement est un droit fondamental”

Débat de la primaire de la droite et du centre, 23 novembre 2016

Le droit à l’interruption volontaire de grossesse n’est pas un droit fondamental, ce qui n’empêche pas un État de le reconnaître comme tel.

Vincent Couronne, le 25 décembre 2016

    Le droit à l’avortement, que la loi nomme « interruption volontaire de grossesse », est un droit acquis par les femmes lors de la loi Veil en 1975. Rien dans cette loi ne dit que ce droit est un droit fondamental.

    En 2014, l’Assemblée nationale a adopté une résolution qui « réaffirme l’importance du droit fondamental à l’interruption volontaire de grossesse ». Or, une résolution n’a pas de force contraignante, elle n’est qu’un « avis sur une question déterminée ».

    Les textes internationaux ratifiés par la France ne reconnaissent pas plus l’interruption volontaire de grossesse comme un droit fondamental. La Cour européenne des droits de l’homme n’en protège les modalités que lorsqu’il est garanti par l’État.

    Marine Le Pen sur les enfants d’étrangers en situation irrégulière, ne veut “plus de scolarisation des clandestins”

    Ouest-France, 8 décembre 2016

    En l’état actuel de l’ordonnancement juridique et compte tenu des obligations conventionnelles, il paraît difficile d’envisager d’interdire aux enfants mineurs de six à seize ans, même séjournant irrégulièrement sur le territoire national, d’être scolarisés.

    Raphaël Matta-Duvignau, le 25 décembre 2016

    Cette position de principe ne peut résister à l’état du droit positif.

    En 1792, dans son Rapport sur l’instruction publique, Condorcet affirmait que tous les citoyens devaient avoir accès à l’instruction. Les lois de Jules Ferry de 1881 et 1882 mettent en place un enseignement primaire obligatoire, laïque et gratuit. Sa reconnaissance constitutionnelle n’est intervenue qu’en 1946 avec le préambule de la Constitution de la IVe République (art. 13). Actuellement, le Code de l’éducation (art. L111-2) dispose que tout enfant a droit à une formation scolaire. La République reconnaît ainsi aux étrangers, même en situation irrégulière, le droit à la scolarisation : tout enfant mineur entre six et seize ans, étranger ou non, présent et résidant sur le territoire national a le droit d’être scolarisé, sans considération de la régularité du séjour de ses parents ni de ses propres conditions d’entrée.

    Pour inscrire leurs enfants à l’école, les parents doivent simplement apporter la preuve de l’identité de l’enfant, de leur domicile et du respect des obligations de vaccination de l’enfant. Par ailleurs, une circulaire ministérielle du 20 mars 2002 précise qu’il n’appartient pas à l’éducation nationale de contrôler la régularité du séjour des enfants ou de leurs parents.

    Par ailleurs, la France a ratifié de nombreuses conventions internationales consacrant le droit – fondamental – à l’éducation : on nommera notamment la Convention relative aux droits de l’enfant (art. 2, 9, 28 et 29) et la Convention européenne des droits de l’Homme (art. 2 du premier protocole additionnel).

    François Fillon : “Les droits fondamentaux sont ceux contenus dans la Constitution”

    Débat de la primaire de la droite et du centre, 23 novembre 2016

    On trouve des droits fondamentaux en dehors de la Constitution, comme dans les textes internationaux ou de l’Union européenne, ou dans les décisions du juge.

    Lauriane Tanguy, le 25 décembre 2016

    Certes, la Constitution de la Ve République contient plusieurs sources de droits fondamentaux : la Déclaration des droits de l’homme et du citoyen de 1789, le Préambule de la Constitution de 1946 et la Charte de l’environnement de 2004.
    Or, certains droits fondamentaux sont dégagés par le Conseil constitutionnel, comme les Principes fondamentaux reconnus par les lois de la République, dont la catégorie est certes prévue par le Préambule de la Constitution de 1946, mais qui sont identifiés par le juge, comme la liberté d’association.

    II ne faut pas oublier non plus la Convention européenne des droits de l’homme, ni la Charte des droits fondamentaux de l’Union européenne, ni encore les principes généraux du droit dégagés par le juge français et de l’Union européenne. Ces libertés sont garanties par le juge au profit des individus qui les invoquent.

    François Fillon sur l’adoption plénière des couples de même sexe : “La règle serait ainsi posée que la filiation ne peut être établie de manière exclusive qu’à l’égard de deux parents de sexes différents”

    Programme Fillon 2017

    Non, François Fillon ne pourra pas interdire la filiation exclusive aux parents de même sexe en cas d’adoption, car il exposerait la France à un risque de sanction par la Cour européenne des droits de l’homme.

    Kevser Taspinar, le 25 décembre 2016

    Le candidat à l’élection présidentielle de 2017, voudrait revenir sur la loi Taubira de 2013 qui permettait le mariage et l’adoption des couples de même sexe. S’il ne souhaite pas revenir sur le mariage, il prévoit en revanche de supprimer l’adoption plénière à l’encontre, spécifiquement, des couples homosexuels.

    Or, la Convention européenne des droits de l’Homme, que la France à ratifiée dés 1974 proscrit en son article 14, l’interdiction des discriminations des personnes sur le fondement de leur orientation sexuelle. Ce que la Cour européenne confirme dans son Arrêt X contre Autriche du 19 fevrier 2013. Cette interdiction se rattache, en l’espèce, à l’article 8 de cette même Convention sur le droit à une vie privée et familiale.

    Recep Tayyip Erdogan sur le référendum de candidature de la Turquie à l’UE : “Ce peuple décide pour lui-même, et coupe tout seul son cordon ombilical”

    Rt, 14 novembre 2016

    Toute rupture unilatérale de la Turquie s’agissant de son adhésion emporterait nécessairement des conséquences négatives sur l’ouverture du marché européen dont elle serait sans doute la première victime.

    D. B., le 20 décembre 2016

    Parmi les sujets brûlants de l’Union européenne, la candidature de la Turquie occupe une place de choix, depuis longtemps et sans doute pour longtemps, de là à la considérer comme éternelle. S’il est vrai que l’Europe communautaire entretient des liens aussi anciens qu’étroits avec elle, la Turquie n’attend pas à sa porte depuis plus de 50 ans, pas plus que les négociations durent depuis près de 40 ans. L’accord d’association de 1963 ne préjuge en rien de l’adhésion, il tend seulement à établir un partenariat privilégié avec l’UE et peut représenter aussi bien une étape qu’un point d’arrivée, il ne s’agit pas de fiançailles préjugeant d’un mariage.

    Quant aux négociations d’adhésion elles ont commencé le 3 octobre 2005 et avancent certes péniblement (un chapitre clos sur la quinzaine d’ouverts sur un total de 35) mais il est abusif de confondre une demande d’adhésion (1987) avec le début de négociations. Par ailleurs est régulièrement passée sous silence l’Union douanière entre l’UE et la Turquie achevée depuis 1996 et assurant en particulier une libre circulation des marchandises à laquelle les deux parties semblent attachées comme l’atteste les négociations sur sa modernisation entamées depuis mai 2015.

    20 Minutes sur le déficit français : “François Hollande avait promis de ramener dès 2013 le déficit sous la barre des 3 % exigés par Bruxelles.”

    20 Minutes, 2 décembre 2016

    Ce n’est pas Bruxelles qui exige de repasser sous les 3% de déficit public, mais le peuple français par la voie du référendum.

    Vincent Couronne, le 20 décembre 2016

    Il est vrai qu’en 2012, François Hollande avait promis de ramener le déficit public sous la barre des 3%. Mais il ne faut pas faire d’amalgame : l’exigence de ramener le déficit public en-deçà de 3% n’est pas, comme l’écrit le quotidien, une exigence de Bruxelles. Cette règle est apparue en 1992 dans le Traité instituant la Communauté européenne (modifié par le traité de Maastricht), qui prévoyait en son article 104 C que les « États membres évitent les déficits publics excessifs ». Le Protocole sur la procédure concernant les déficits excessifs, inclus dans le Traité de Maastricht, prévoit qu’il y a déficit excessif lorsqu’il dépasse 3% du PIB. Or, le traité de Maastricht a été ratifié en France à la suite du référendum du 20 septembre 1992.