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Anomalie de température de l'air en surface, le 6 juillet 2026 Données : ERA5. Période de référence : 1991-2020. Photo : C3S/ECMWF

Non, les épisodes de froid dans le monde ne contredisent pas le réchauffement climatique

Création : 23 juillet 2026

Autrice : Mathilde Lafargue, journaliste

Relectrice : Clara Robert-Motta, journaliste

Liens d’intérêts ou fonctions politiques déclarés des intervenants à l’article : aucun

Secrétariat de rédaction : Clara Robert-Motta, journaliste

Source : Compte Facebook, le 8 juillet 2026

Des épisodes de froid observés dans certaines régions du monde suffisent-ils à invalider le réchauffement climatique ? C’est ce que défend un article de blog en s’appuyant sur une carte des anomalies de température. Cette lecture repose sur une confusion entre météo et climat, ainsi que sur une présentation trompeuse des données.

La France enchaîne les canicules, mais il faudrait regarder ailleurs. Car ailleurs dans le monde, des épisodes de froid viendraient contredire le réchauffement climatique, d’après un blog complotiste. La presse se focaliserait, à tort, sur les pics de chaleur pour alimenter un récit et passerait sous silence les températures inhabituellement froides.

« Canicule en Europe : pendant que les plateaux télé chauffent, la météo mondiale refuse le scénario unique, soutient ce « média » sur Facebook. Ce qui dérange les marchands de panique, ce n’est pas la chaleur. C’est la complexité. Une carte mondiale d’anomalies thermiques ne raconte jamais l’histoire simple qu’ils veulent vendre. » Le papier développe « le traitement médiatique […] comique » : « Quand il fait chaud quelque part, c’est la preuve définitive ; quand il fait froid ailleurs, c’est un détail, une nuance, un bruit de fond, parfois même un sujet à ne pas trop évoquer. »

Pourtant, les scientifiques s’accordent sur le fait que ces températures froides n’invalident en aucun cas le réchauffement climatique. Pour le comprendre, il s’agit avant tout de ne pas confondre la météo et le climat. Les Surligneurs font le point.

Une carte à l’échelle journalière et aux couleurs trompeuses

Pour illustrer leur propos, les auteurs de l’article diffusent une carte du monde dont une importante partie est bleue (couleur utilisée par convention pour modéliser les températures inférieures à la normale). La source indiquée est le Copernicus Climate Change Service (C3S).

En effet, sur la carte présentée sur le blog, certaines parties du monde, comme la Russie et le nord de l’Amérique du Sud, apparaissent en bleu, quand d’autres sont en rouge. Cette bicoloration est typique des cartes journalières réalisées par l’organisation. Or, les cartes journalières renvoient à la météo, quand les cartes sur le temps long illustrent la tendance globale du climat et donc du réchauffement de la planète. 

« Sur une carte journalière, il y a des endroits où il fait plus chaud et des endroits où il fait plus froid parce qu’on prend l’échelle de temps de la journée, explique Fabio D’Andrea, climatologue au CNRS et directeur du département de géosciences de l’École normale supérieure PSL. Plus on rallonge ce temps, avec des moyennes sur une semaine, un mois, un an, dix ans, etc, plus on voit des variations de longues échelles de temps. C’est ce qu’on regarde dans les sciences du climat. »

La confusion est souvent faite entre climat et météo, note Cathy Clerbaux, directrice de recherche au CNRS et chercheuse en physique de l’atmosphère : « La tendance globale [climat], c’est comme si vous traciez une ligne, qui va vers un réchauffement global, presque partout sur Terre. Et la fluctuation météo, c’est un petit zigzag qui oscille autour de cette ligne qui n’arrête pas d’augmenter. »

La carte annuelle de Copernicus est donc à privilégier pour comprendre le mécanisme global. On y observe les tendances annuelles de températures de 1996 à 2025. L’échelle des couleurs, en fonction des températures, est détaillée. On observe une prédominance du rouge et du jaune (augmentation) ainsi que quelques tâches de blanc (pas d’augmentation) et de bleu clair (diminution). « Toute la Terre se réchauffe sauf quelques endroits qui ne se réchauffent pas ou certains qui refroidissent un peu. Mais le taux de refroidissement [-0,1 °C pour le bleu clair] est ridicule par rapport au réchauffement partout ailleurs [+1,5 à 2 °C en rouge] », appuie Cathy Clerbaux.

L’utilisation des cartes journalières par l’article de blog n’est pas anodine. « Vous pouvez faire dire aux cartes ce que vous voulez, si vous prenez des périodes trop courtes ou que vous la coloriez avec une échelle de couleurs différente », déplore Cathy Clerbaux. Elle ne manque pas de souligner que la carte du blog est peu rigoureuse, car l’échelle n’est pas renseignée et qu’il n’y a pas de blanc, ce qui peut permettre de basculer plus de régions vers le bleu. 

Les régions annoncées comme froides subissent la chaleur

À partir de sa carte trompeuse et d’un tweet de l’Association des climato-réalistes (organisation qui remet en cause le rôle des activités humaines dans le réchauffement climatique), le blog également connu pour ses positions climatosceptiques avance : « À l’est de l’Oural, sur certaines parties de la Sibérie, de la Chine ou encore de l’Amérique, les températures peuvent passer sous les normales de saison au même moment où l’Europe transpire. […] Ce n’est pas une hérésie météorologique. »

Cependant, les données de Copernicus ne permettent pas d’affirmer de telles tendances sur ces régions. Au contraire, la Sibérie est, par exemple, un des endroits du globe qui se réchauffe le plus vite.

Il est toutefois vrai de dire que l’Europe de l’Ouest se réchauffe particulièrement vite par rapport à d’autres régions du monde. Cathy Clerbaux, la physicienne de l’atmosphère, donne quatre raisons à ce phénomène : la proximité avec les pôles, qui se réchauffent plus rapidement ; le fait que ce continent soit composé de plus de terres que d’autres où il y a plus de mers (l’Indonésie, par exemple) ; la fonte des glaces dans le nord de l’Europe qui diminue la capacité à réfléchir le rayonnement solaire (albédo) ; la baisse de la pollution dont « les particules font un effet d’écran pour le rayonnement solaire et donc il y en a plus qui atteint la surface et donc il y a plus de réchauffement de la surface et donc les températures augmentent plus vite ». Ces effets combinés expliquent que l’Europe se réchauffe deux fois plus vite que les autres continents.

Un autre tweet de cette association pointe des « anomalies froides » de la Pologne à l’Ukraine et une absence de canicule en Grèce et dans les Balkans. Le 28 juin, la Pologne enregistrait pourtant son record de température (40,5 °C), début juillet, la Grèce se préparait à subir une vague de chaleur et l’Ukraine n’a pas été épargnée non plus.

Ces endroits de la planète où les températures n’augmentent pas…

« Le réchauffement climatique n’est pas uniforme partout, précise le climatologue Fabio D’Andrea. Il y a des endroits qui se réchauffent plus, des endroits qui se réchauffent moins. »  En Inde, espace étudié par Cathy Clerbaux, notamment par rapport aux effets de la pollution, et sur une petite partie de l’Antarctique, les températures n’augmentent pas.

Au sud du Groenland, dans l’Atlantique nord, les scientifiques observent une zone qui connaît même un léger refroidissement depuis 1900. Ce « cold blob » ou « bulle froide » s’expliquerait par l’effet combiné de l’affaiblissement circulation méridienne de retournement atlantique (l’AMOC est un système de courants marins, dont fait partie le Gulf Stream, qui transporte les eaux chaudes des tropiques vers le Nord et les eaux froides vers le Sud) et de la fonte des glaces.

Certains s’inquiètent d’un aggravement des canicules en Europe en lien avec cette zone froide mais cette hypothèse est encore loin de faire consensus dans la communauté scientifique.

… mais ne contredisent pas le réchauffement climatique

Si certaines régions connaissent un moindre réchauffement, voire même un refroidissement, elles restent à la marge. « En 2025, 97 % de la surface de la Terre affichait une température nettement supérieure à la température moyenne enregistrée entre 1951 et 1980, 3 % présentait une température similaire et seulement 0,1 % était nettement plus froid », d’après le dernier rapport sur les températures mondiales de Berkeley Earth.

« La température mondiale de l’air à la surface a augmenté d’environ 1,4 °C depuis l’ère préindustrielle », rappelle Copernicus

Dans son rapport de 2025, l’Organisation météorologique mondiale (OMM) note que « des anomalies exceptionnellement élevées et basses ont été identifiées » l’an dernier. Et continue : « Les zones figurant parmi les cinq plus chaudes jamais enregistrées pour l’année ont été considérées comme exceptionnellement chaudes, tandis que celles figurant parmi les cinq plus froides jamais enregistrées ont été considérées comme exceptionnellement froides ». Elle affirme, dans un communiqué, que « le climat de la Terre n’a jamais été aussi déséquilibré depuis le début des observations », soulignant que « les années 2015 à 2025 sont les 11 années les plus chaudes jamais enregistrées ».

Par ailleurs, le mois de juin 2026 est le deuxième mois de juin le plus chaud enregistré sur Terre, selon le dernier bulletin climatique de Copernicus, et le mois le plus chaud pour l’hexagone, d’après Météo-France.

Les Surligneurs ont déjà traité plusieurs cas de désinformation climatique (ici, ici ou ici).