Cadmium : la cigarette est-elle la principale source d’exposition ?
Auteur : Clément François, journaliste
Relecteur : Etienne Merle, journaliste
Liens d’intérêts ou fonctions politiques déclarés des intervenants à l’article : aucun
Secrétariat de rédaction : Clément François, journaliste
Source : Compte Facebook, le 7 juin 2026
Le tabac est devenu l’un des principaux arguments de ceux qui contestent les alertes sur le cadmium dans l’alimentation. Selon eux, la cigarette serait la véritable source d’exposition et rendrait secondaire le rôle des engrais phosphatés. Troisième volet de notre série consacrée aux controverses autour du cadmium.
Depuis quelques semaines, un métal lourd, cancérogène et mutagène (que nous vous avons présenté dans le premier épisode de notre série) inquiète les Français : le cadmium. Il a fait l’objet d’une proposition de loi votée le 3 juin à l’Assemblée nationale. Elle vise à réduire sa concentration dans les engrais phosphatés, très utilisés en agriculture, et principaux responsables de sa présence dans nos terres et nos aliments.
De nombreux internautes assurent que cette loi n’aurait qu’un objectif : s’attaquer aux agriculteurs en leur imposant des règles supplémentaires. Leur preuve ? Le rapporteur du texte, Benoît Biteau, est un député écologiste.
Selon eux, l’élu viserait la mauvaise source de contamination. Le principal responsable de l’exposition au cadmium ne serait pas les engrais phosphatés, comme nous vous l’avons expliqué dans le deuxième volet de notre série, mais la cigarette. Les Surligneurs ont vérifié.
Des fumeurs surexposés au cadmium
Il est exact que les fumeurs sont plus exposés au cadmium que les non-fumeurs. C’est ce que confirme une étude du programme Esteban pour Santé publique France publiée en 2021. Les scientifiques ont observé des concentrations urinaires de cadmium 53,6 % plus élevées chez les fumeurs que chez les non-fumeurs.
Le niveau moyen d’imprégnation [la quantité d’une substance présente dans l’organisme, ndlr] au cadmium chez les fumeurs était de 0,54 µg/L, contre 0,45 µg/L chez les ex-fumeurs et 0,37 µg/L chez les non-fumeurs. Un chiffre en augmentation par rapport à la dernière étude nationale menée en 2007, qui faisait état de 0,38 µg/L chez les fumeurs, 0,33 µg/L pour les ex-fumeurs, et 0,29µg/L chez les non-fumeurs.
Cette imprégnation plus forte chez les fumeurs s’explique, selon le centre de lutte contre le cancer Léon Bérard, par l’absorption par les plants de tabac du cadmium présent dans le sol et les engrais. À la combustion, le cadmium contenu dans le tabac est libéré, transformé en fines particules d’oxyde de cadmium, puis inhalé. Il se dépose dans les alvéoles pulmonaires, et passe directement dans le sang.
D’après l’Anses (Agence nationale de sécurité sanitaire), une cigarette contient en moyenne 2 µg de cadmium. Tout ce cadmium n’imprègne pas le corps des fumeurs. Seuls 10% sont inhalés, et la moitié de ces 10% est absorbée, soit environ 0,1µg.
L’agence estime qu’une personne fumant 20 cigarettes par jour absorberait donc entre 1 et 2 µg de cadmium. Des chiffres confirmés par l’INRS (Institut national de recherche et de sécurité) qui estime entre 20% et 50% la rétention du cadmium inhalé. C’est seulement 6% pour le cadmium ingéré (par l’alimentation).
Le tabac est le plus gros contributeur de cadmium chez les fumeurs
Les données disponibles montrent clairement que les fumeurs sont davantage exposés au cadmium que les non-fumeurs. Pour autant, Pierre Souvet, cardiologue et cofondateur de l’association Santé Environnement France (ASEF), estime qu’il ne faut pas se cacher derrière la cigarette pour ignorer un problème plus large : à savoir l’impact des engrais phosphatés utilisés en agriculture.
Chez les non-fumeurs, l’alimentation est responsable de 98% des apports en cadmium. Chez les fumeurs, selon l’Anses, le tabac constitue la seconde source d’exposition : « Il peut représenter jusqu’à 43 % de l’exposition, contre environ 55 % pour l’alimentation ». Le tabac est donc un facteur aggravant, mais ne permet pas d’ignorer la réflexion sur la place du cadmium dans notre agriculture et notre alimentation.
De plus, le cadmium présent dans la cigarette vient, comme pour le blé ou les pommes de terre, de l’épandage d’engrais phosphatés sur les cultures de tabac. Une nouvelle législation limitant la part de cadmium sur les terres agricoles toucherait donc aussi les cultures du tabac, dont la France est le 60e producteur mondial selon FranceAgriMer.
La cigarette électronique aussi touchée ?
Certains internautes assurent que la cigarette électronique serait aussi responsable des pollutions au cadmium. Mais la comparaison a ses limites. Dans la cigarette traditionnelle, le cadmium provient principalement des feuilles de tabac, qui absorbent ce métal présent dans les sols et certains engrais phosphatés. Lors de la combustion, il est inhalé par le fumeur. La cigarette électronique, elle, ne contient ni tabac ni combustion.
À ce jour, il n’existe pas de consensus scientifique permettant d’affirmer que la cigarette électronique constitue une source majeure d’exposition au cadmium dans la population générale. Les quelques études s’intéressant à ce sujet observent de hauts niveaux de cadmium présents chez certains vapoteurs, sans pour autant qu’il ne soit possible d’en conclure un lien.
La raison ? Il est difficile de distinguer « les effets spécifiques du vapotage et ceux du tabac fumé […] la quasi-totalité des vapoteurs adultes étant encore fumeurs ou anciens fumeurs », indique l’Anses.
L’absence de preuve solide d’une exposition importante au cadmium liée au vapotage ne signifie pas pour autant que la cigarette électronique est sans danger. L’Anses rappelle que des risques cardiovasculaires, respiratoires et cancérogènes existent, y compris en l’absence de nicotine dans les produits. « Ces risques sont liés à l’inhalation répétée de substances toxiques présentes dans le e-liquide ou qui se forment lors du vapotage », détaille l’agence.
