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Photo d'illustration. Image libre de droit.

Les fumeurs sont-ils protégés du Covid-19 grâce à la nicotine ?

Création : 17 juin 2026

Autrice : Maïwenn Furic, journaliste

Relecteur : Etienne Merle, journaliste

Liens d’intérêts ou fonctions politiques déclarés des intervenants à l’article : aucun

Secrétariat de rédaction : Etienne Merle, journaliste

Source : Compte Facebook, le 3 juin 2026

Selon des publications sur les réseaux sociaux, le tabagisme permet d’être protégé du Covid-19, et c’est un cardiologue américain qui l’affirme. En réalité, les études publiées tendent à affirmer que le tabac est un facteur favorisant les formes graves de la maladie.

Certains semblent avoir trouvé un moyen efficace de ne pas attraper le Covid-19 : fumer des cigarettes. Ce message circule depuis plusieurs années sur les réseaux sociaux et refait surface après une interview de Dr Peter McCullough publiée sur YouTube au mois de mars.

Dans celle-ci, l’hôte de la vidéo, Théo Von, pose des questions sur l’épidémie à celui qu’il présente comme un « médecin-chercheur, cardiologue et auteur à succès, connu pour ses travaux de recherche sur les effets des vaccins contre la Covid-19 ».

« Y avait-il un groupe immunisé contre le Covid ? », débute-t-il dans l’extrait partagé sur les réseaux sociaux. « Il y a un groupe d’adultes, vous allez rire… Les fumeurs », répond alors le Dr Peter McCullough.

Et d’ajouter : « Ils l’ont eu sous des formes très légères et ils n’ont pas de Covid long. » Le spécialiste explique que cette « protection » viendrait directement de la nicotine. « La nicotine dans le sang bloque la protéine spike (…) Fumer bloque la protéine spike », détaille-t-il. L’homme affirme également avoir recommandé à des patients non fumeurs d’utiliser des patchs de nicotine pour les aider alors qu’ils avaient une forme de Covid long.

Il ajoute même : « La nicotine en elle-même est addictive mais elle n’est pas nocive pour le corps humain. Ce qui est nocif, ce sont les goudrons qui sont dans le tabac et la fumée. »

Un médecin radié et des études dépubliées

Commençons par rappeler qui est ce Dr Peter McCullough. Il est cardiologue et a enseigné la médecine dans plusieurs universités américaines. Mais depuis le début de l’épidémie de Covid-19, l’homme qui avait alors 57 ans a commencé à diffuser de fausses informations.

Aux États-Unis il était l’une des figures emblématiques des détracteurs des vaccins contre le virus. En 2022, le Conseil américain de médecine interne (AMIB) a demandé des sanctions disciplinaires contre le médecin pour ses nombreux propos. Par la suite, ses certifications ont été révoquées.

Ceci étant dit, intéressons-nous aux liens qui pourraient exister entre le fait et fumer et une supposée protection contre le Covid-19, et notamment contre ses formes les plus agressives. Plusieurs études, publiées dès le début de la pandémie, suggéraient cette idée qui était appelée « le paradoxe du fumeur ».

Tout d’abord, il y en a eu une publiée dans l’European Respiratory Journal en 2020 qui conclut que les fumeurs étaient moins exposés au Covid-19 que les non-fumeurs. Mais cette étude a été dépubliée depuis, car les scientifiques qui en étaient à l’origine avaient omis de préciser qu’ils travaillaient pour des organismes eux-mêmes financés par l’industrie du tabac, comme le rapportait l’UFC Que Choisir.

Il y a également eu une étude menée dans un hôpital de Paris, qui affirmait que « le taux de fumeurs quotidiens chez les patients atteints de COVID-19 symptomatique est plus faible que dans la population générale ». Mais celle-ci n’avait été réalisée que sur 340 patients le temps d’un mois et ne constituait donc pas une preuve suffisante.

Des pairs ont d’ailleurs pointé plusieurs biais dans la conception de l’étude, comme l’exclusion des patients ayant les formes les plus graves et le fait que le panel soit majoritairement composé de personnel médical, qui a un taux de tabagisme inférieur à celui de la population.

Le tabagisme comme facteur aggravant

Une étude menée au Royaume-Uni a montré que les fumeurs actuels étaient environ 80 % plus susceptibles d’être hospitalisés pour Covid-19 que les non-fumeurs. Les auteurs estiment que leurs résultats soutiennent l’existence d’une causalité entre le tabagisme et le risque de développer un Covid-19 sévère.

Une autre étude portant sur près de 33 000 patients hospitalisés pour Covid-19 a, de son côté, conclu que les fumeurs et anciens fumeurs présentaient un risque accru de formes graves, de progression de la maladie, de recours à la ventilation mécanique et de décès par rapport aux non-fumeurs.

Loin d’être un protecteur contre le Covid-19, le fait de fumer serait donc finalement un facteur aggravant. Et pour cause les facteurs de risques établis de sévérité du Covid-19, tels que l’obésité, les maladies cardiovasculaires, les pathologies respiratoires chroniques ou le diabète sont plus fréquents chez les fumeurs.

Les patients qui ont notamment des maladies inflammatoires chroniques des bronches, dont le tabagisme est la principale cause, sont très vulnérables au Covid-19, comme le rappelle l’Inserm.

Pour rappel, le tabagisme est la première cause de mortalité évitable, avec environ 75 000 décès estimés en 2015, soit environ 13% des décès survenant en France métropolitaine. En moyenne, un fumeur régulier sur deux meurt des conséquences de son tabagisme.