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Deux collectifs représentant les policiers municipaux et la mairie de Saint-Denis apportent un démenti. Photo : Pablo Tupin-Noriega (Wikimedia France) / CC BY-SA 4.0

Non, 90 policiers municipaux de Saint-Denis n’ont pas demandé leur mutation après l’élection de Bally Bagayoko

Création : 10 avril 2026

Auteur : Nicolas Turcev, journaliste

Relectrice : Clara Robert-Motta, journaliste

Liens d’intérêts ou fonctions politiques déclarés des intervenants à l’article : aucun

Secrétariat de rédaction : Nicolas Turcev, journaliste

Source : Compte X, le 24 mars 2026

Si certains fonctionnaires de police s’interrogent sur leur avenir au sein de la ville, dorénavant dirigée par La France insoumise, le chiffre avancé sur les réseaux sociaux est une pure fiction.

Une véritable saignée des effectifs ? Selon le compte X Cerfia, détenu par le milliardaire d’extrême droite Pierre-Edouard Stérin, « 90 des 140 » policiers municipaux de Saint-Denis auraient « demandé leur mutation » à la suite de la victoire du candidat LFI aux élections municipales, Bally Bagayoko. Le 24 mars, le nouvel édile de la ville des rois morts avait annoncé, sur France 2, entamer un « processus de désarmement » de la police municipale, « en commençant par le LBD ». Une annonce qui avait provoqué une levée de boucliers au sein de la police municipale, selon plusieurs sources citées dans la presse (123).

Pour autant, d’après les informations collectées par Les Surligneurs, le chiffre de 90 demandes de mutations avancé par Cerfia, qui assure le tenir d’une « source policière », est une fiction. D’abord parce que le délai est trop court depuis l’élection pour donner un tel bilan.

« On ne part pas aussi simplement [de la police municipale] », explique Thierry Colomar, président de la Fédération nationale des policiers municipaux de France (FNPMF). Les agents qui souhaitent être mutés « doivent chercher une municipalité qui recrute », postuler, puis être acceptés. À la suite de quoi, la municipalité d’origine peut imposer à l’agent un préavis allant jusqu’à trois mois avant son départ.

Mais ce n’est pas tout. « La commune d’origine peut s’opposer à la mutation pour des raisons tenant aux nécessités de service », rappelle Emmanuel Aubin, professeur de droit public à l’université de Tours. En cas de vague massive de départ, comme le supposent les publications sur les réseaux sociaux, « il est probable que la commune opposera cet argument afin d’éviter une rupture dans le fonctionnement de l’activité de police municipale ».

Autre détail qui pourrait tempérer les envies d’ailleurs de certains policiers dionysiens récemment embauchés : si l’agent est muté moins de trois ans après avoir été titularisé à la suite de son stage, « il peut être obligé de verser à la commune de rattachement de l’agent une indemnité compensatrice qui rembourse la rémunération perçue par l’agent pendant sa formation obligatoire », explique Emmanuel Aubin.

Le versement de cette indemnité est la conséquence de la rupture de l’engagement de servir pendant au moins trois ans pour les policiers municipaux, qui a été créée par un décret en 2021. Le montant forfaitaire de ce remboursement pour les agents de la police municipale est de 10 877 euros. Il est de 16 789 euros pour les chefs de service et 39 875 euros pour les directeurs.

Le directeur de la municipale sur le départ

Autrement dit, pour estimer réellement le nombre de départs au sein de la police municipale de Saint-Denis à la suite de l’élection de Bally Bagayoko, « il faudra faire un bilan d’ici trois mois » au moins, note Thierry Colomar, pour qui le chiffre de 90 départs « n’est pas du tout avéré ». Le 9 avril, la mairie de Saint-Denis a affirmé aux Surligneurs n’avoir enregistré aucune demande officielle de départ au sein de sa police municipale.

Pour autant, certains policiers municipaux dionysiens semblent bien envisager de prendre le large, comme en attestent plusieurs témoignages anonymes d’agents relayés par Le MondeFranceInfo ou Le Point. Ils seraient « une trentaine » à avoir entamé des recherches, selon la FNPMF. Près de 60, selon le Syndicat de défense des policiers municipaux, qui a invité les agents à « fuir » les mairies remportées par La France insoumise.

« Mais parmi les agents qui veulent partir, peut-être que certains resteront si le maire rétropédale et que leurs missions restent identiques à ce qu’ils faisaient avant », tempère Thierry Colomar. Selon FranceInfo, des échanges doivent avoir lieu entre la municipalité et la police municipale pour définir la nouvelle « doctrine » de l’armement des agents dionysiens. D’après Le Figaro, le devenir du directeur de la police municipale, annoncé sur le départ, serait dans la balance.