Stanley Kubrick a-t-il reconnu avoir mis en scène le premier alunissage ?
Auteur : Etienne Merle, journaliste
Relectrice : Clara Robert-Motta, journaliste
Liens d’intérêts ou fonctions politiques déclarés des intervenants à l’article : aucun
Secrétariat de rédaction : Etienne Merle, journaliste
Source : Compte Facebook, le 26 mars 2026
Une vidéo prétendant montrer le réalisateur états-unien reconnaître avoir mis en scène l’alunissage des deux astronautes, Buzz Aldrin et Neil Armstrong, en 1969, refait surface sur les réseaux sociaux. Mais l’extrait est tiré d’un faux documentaire et il s’agit d’un acteur qui n’est pas Stanley Kubrick.
Une petite publication pour l’Homme, un bond de géant pour la désinformation. Alors que la mission Artemis II ravive l’intérêt pour le retour des humains vers la Lune, une vidéo refait surface sur les réseaux sociaux.
On y voit un homme âgé, barbe blanche et lunettes, affirmer avoir participé à une « fraude massive » orchestrée par la NASA et le gouvernement américain. Présenté comme Stanley Kubrick, la personne déclare avoir « filmé l’alunissage ».
Autrement dit : les premiers pas de Neil Armstrong et Buzz Aldrin sur la Lune en 1969 seraient une mise en scène. Une théorie régulièrement réfutée, mais qui continue de circuler sous de nouvelles formes.
Problème : cette prétendue interview ne peut pas être authentique. Elle a été enregistrée en mai 1999.… deux mois après la mort de Stanley Kubrick.
Mauvais Stanley Kubrick
Pour comprendre la supercherie, il faut remonter à l’origine de cet extrait massivement partagé en ligne. La séquence provient du film Shooting Stanley Kubrick, réalisé par T. Patrick Murray et diffusé en 2015. La scène apparaît à partir de 16 min 40.
Le film se présente comme un documentaire fondé sur une interview de Stanley Kubrick « avant sa mort […] où il aurait surpris le jeune réalisateur et le monde entier en admettant sa complicité dans la plus grande conspiration de l’histoire américaine ». Mais ce récit ne colle pas.
D’abord, comme l’a repéré l’agence Reuters, l’affiche du film comporte une incohérence. On peut y lire qu’« en mai 1999, un réalisateur inconnu a obtenu une interview du génie reclus Stanley Kubrick ». Or, le cinéaste est décédé en mars 1999, soit deux mois avant la prétendue date de l’entretien.
Ensuite, l’intégralité de cette interview est accessible en ligne. À partir de la 36e minute, on entend clairement le réalisateur donner des consignes à la personne filmée, ce qui contredit l’idée d’un témoignage authentique.
Plus explicite encore : à 1:19:33, le réalisateur s’adresse directement à l’acteur pour lui indiquer comment imiter Kubrick : « Quand je parle, ou quoi que ce soit, ou même quand tu parles, baisse un peu tes lunettes, regarde par-dessus et penche la tête vers le bas. C’est la seule chose que j’ai remarquée chez lui. C’est un peu comme ça, un regard comme ça, en levant un sourcil. »
Reste une question : qui est cet homme, s’il ne s’agit pas de Stanley Kubrick ? Le site spécialisé en cinéma IMDB évoque le nom de Tom Mayk. Une identité que Les Surligneurs n’ont pas pu authentifier avec certitude, mais certains indices confirment qu’il s’agit bien de cet acteur.
Ainsi, au cours de cette longue interview, vers la 24e minute, le faux Kubrick explique vouloir que ses révélations ne soient rendues publiques que quinze ans après sa mort. Le réalisateur l’interrompt pour préciser la mise en scène et conclut : « C’est du bon sens, Tom ».
