Attention à cette vidéo détournant un incident diplomatique et impliquant Jean-Noël Barrot qui date de fin 2024
Auteur : Nicolas Kirilowits, journaliste
Relectrice : Clara Robert-Motta, journaliste
Liens d’intérêts ou fonctions politiques déclarés des intervenants à l’article : aucun
Secrétariat de rédaction : Clara Robert-Motta, journaliste
Source : Compte Facebook, le 21 mars 2026
Plusieurs publications affirment que le ministre des Affaires étrangères se serait vu refuser l’entrée du domaine de l’Eleona à Jérusalem, un territoire sous l’autorité de la France. En réalité, la vidéo date de novembre 2024, lorsque Jean-Noël Barrot avait lui-même refusé de se rendre dans le domaine pour exprimer son désaccord alors « que la sécurité israélienne » y était « entrée armée », et ce « sans y avoir été autorisée ».
La déclaration face caméra ne dure que quelques secondes, mais la colère peut se lire dans les yeux de Jean-Noël Barrot, le ministre des Affaires étrangères français. Échaudé par un incident diplomatique, ce dernier annonce qu’il refuse de se rendre sur le domaine de l’Éléona situé à Jérusalem, pourtant territoire français.
Le ministre explique alors cette décision en raison « des forces de sécurité israéliennes [qui] y sont rentrées armées, sans obtenir auparavant l’autorisation de la France et sans accepter d’en sortir aujourd’hui ». Et de dénoncer, « une situation inacceptable ».
Un extrait tronqué
Cet incident diplomatique, impliquant la France et Israël, a eu lieu le 7 novembre 2024, comme le prouvent, entre autres, ces articles et vidéos qui relatent l’incident (TF1, France Info, Le Parisien). Mais fin mars 2026, la séquence est reprise et tronquée sur les réseaux sociaux.
La vidéo du ministre ne débute qu’au milieu d’une phrase et trompe le spectateur : « … pas entrer dans le domaine de l’Éléona », commence la vidéo qui est accompagnée par une légende fausse moquant un Jean-Noël Barrot jugé « terrorisé », car il se serait vu « refuser l’entrée dans le domaine français ».
Cette interprétation des faits laisse sous-entendre, sans preuve, que la France se serait pliée aux injonctions de la partie israélienne sur un territoire pourtant sous autorité française. « Qui ose dire que la France est indépendante ? », s’interroge notamment un internaute sur une publication Facebook. Cette lecture de l’événement déjà évoquée à l’époque des faits, est en réalité biaisée et erronée.
Dans la vidéo complète disponible ici, le ministre précise bien : « Je ne vais pas entrer dans le domaine de l’Éléona ». Ainsi, comme le rapporte notamment le ministère des affaires étrangères dès le 7 novembre 2024 sur son site Internet : « Sans y avoir été autorisée, la sécurité israélienne est entrée armée dans ce lieu [le domaine de l’Éléona]. Le Ministre n’a pas souhaité se rendre dans le domaine dans ces conditions. »
Quelques jours plus tard le 13 novembre 2024, Jean-Noël Barrot, interpelé à ce sujet à l’Assemblée nationale, précisera que « la France refuse et refusera toujours que quiconque pénètre armé sans son autorisation dans les quatre domaines qui, à Jérusalem, sont placés sous sa responsabilité et sous sa protection. »
Une position que rappellera également le compte X rattaché au ministère des Affaires étrangères, French Response, le 23 mars dernier alors que la vidéo redevient virale, en expliquant que « le ministre ne s’est jamais vu refuser l’entrée à l’Eleona. Il avait décidé de ne pas s’y rendre en réaction à l’entrée d’armes israéliennes sans autorisation sur le site de l’Eleona. »
L’incident ne s’était pas limité à cela avec l’arrestation brève de deux gendarmes français en civil par l’armée israélienne dans l’enclave.
Ainsi, il est trompeur d’affirmer que la France, par la voie de son ministre des Affaires étrangères, se soit soumise à des injonctions et des pressions israéliennes dans un espace dont elle a la responsabilité, comme le suggèrent certaines publications.
Un domaine français à Jérusalem
À cet égard, rappelons que la France est responsable de quatre domaines nationaux, dont l’Éléona, dans la région de Jérusalem, tel qu’on peut le lire sur le site du Consulat général de France à Jérusalem. « Le site fut racheté à la fin du XIXe siècle par la princesse de la Tour d’Auvergne qui y fit élever un cloître, réalisé par Viollet-le-Duc, pour encadrer la grotte. Elle en fit don par la suite à la France », y est-il notamment indiqué.
Concernant la présence française en Terre sainte, le ministère des affaires étrangères précisait en 2014 que « la France protège des communautés religieuses catholiques en Israël et en Palestine. Ce rôle est l’héritage d’une longue histoire qui remonte aux capitulations signées par François 1er avec le sultan Soliman le Magnifique en 1535. »
Une présence française qui a déjà fait l’objet de nombreuses polémiques diplomatiques par le passé comme le rapportent ces différents articles de presse (TF1, TRT) et l’INA.
En mai dernier, Euronews vérifiait déjà une désinformation concernant le Tombeau des Rois, un des autres domaines nationaux à Jérusalem dont Israël souhaitait reprendre le contrôle, disait la rumeur. Sur X, l’ambassade d’Israël en France déplorait alors « que cette fake news ait été relayée et appelons chacun à la vigilance quant aux informations non sourcées sur les réseaux sociaux. »
