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Immigration : où se situe réellement la France par rapport à ses voisins européens ?

Members of European Parliament participate in a series of votes as they attend a plenary session at the European Parliament in Brussels on April 10, 2024. Lawmakers are voting on a major revamp of the European Union's migration laws aiming to end years of division over how to manage the entry of thousands of people without authorization and deprive the far-right of a vote-winning campaign issue ahead of June elections. (Photo by JOHN THYS / AFP)
Création : 11 septembre 2026

Auteur : Etienne Merle, journaliste

Relectrice : Clara Robert-Motta, journaliste 

Liens d’intérêts ou fonctions politiques déclarés des intervenants à l’article : aucun

Secrétariat de rédaction : Etienne Merle, journaliste

À l’approche de 2027 et comme à chaque élection, les candidats français comparent de plus en plus les politiques migratoires européennes. La France accueille-t-elle davantage d’étrangers que ses voisins ? Selon Eurostat, 9,4 % de ses habitants étaient étrangers début 2025, une proportion légèrement inférieure à la moyenne de l’Union européenne.

Cet été, la crise migratoire à Ceuta a directement alimenté la campagne présidentielle française. Le 31 juillet 2026, Marine Le Pen (RN) a profité de la situation pour réaffirmer sa volonté de réserver la libre circulation dans l’espace Schengen aux seuls citoyens européens. Jean-Luc Mélenchon (LFI) lui a répondu en appelant la France à ne pas laisser l’Espagne « seule face à l’épreuve » et à organiser une « coordination européenne ».

L’Espagne n’est pas le seul voisin invoqué. Lors du premier grand débat entre candidats organisé le 27 août, Raphaël Glucksmann (Place publique) s’est servi de l’Italie pour attaquer le programme du Rassemblement national : selon lui, Marine Le Pen ferait, une fois au pouvoir, « comme Madame Meloni », en promettant de réduire fortement l’immigration avant de faire marche arrière en constatant les besoins de main-d’œuvre étrangère.

Ces comparaisons ne sont pas nouvelles dans le débat public. Certains pays européens sont présentés comme des modèles, d’autres comme des contre-exemples selon les couleurs politiques. Fin mai 2026, François-Xavier Bellamy (Les Républicains) accusait ainsi le gouvernement de ne pas suivre suffisamment le durcissement engagé dans d’autres pays européens, au risque de faire de la France « la passoire de l’Europe ».

À l’approche de 2027, cette comparaison devrait donc continuer d’alimenter le débat. Alors, où se situe la France par rapport à ses voisins européens ?

Tout dépend de ce que l’on mesure : nombre total d’étrangers, part dans la population, entrées annuelles ou solde migratoire ne donnent pas le même classement.

En nombre absolu, la France fait partie des premiers

Tout d’abord, une précision méthodologique s’impose. Les comparaisons européennes reposent ici sur les données d’Eurostat, l’office statistique de l’Union européenne, et non sur celles de l’Insee. La raison est simple : les statistiques nationales ne sont pas toujours produites selon les mêmes définitions, les mêmes calendriers ou les mêmes méthodes.

Eurostat harmonise ces données afin de permettre des comparaisons entre les États membres sur une base commune. Dans sa définition, l’organisme européen désigne par étrangers les personnes qui ne possèdent pas la nationalité du pays dans lequel elles résident. Autrement dit, cette catégorie comprend les ressortissants d’un autre État membre de l’Union européenne et ceux d’un pays extérieur à l’UE.

Les chiffres retenus pour la France peuvent donc différer légèrement de ceux publiés par l’Insee. Ainsi, avec plusieurs millions de résidents étrangers, la France fait partie des pays de l’Union européenne qui en comptent le plus en nombre absolu.

Au 1er janvier 2025, Eurostat comptabilise environ 12,4 millions de résidents étrangers en Allemagne, 6,9 millions en Espagne, 6,5 millions en France et 5,4 millions en Italie [Voir note méthodologique en fin d’article].

Mais l’Allemagne, la France, l’Italie et l’Espagne comptent également parmi les États les plus peuplés de l’Union européenne. Comparer uniquement les effectifs bruts peut donc conduire mécaniquement à faire remonter les grands pays dans le classement.

Un État très peuplé peut compter plusieurs millions d’étrangers sans que ceux-ci représentent une proportion particulièrement élevée de ses habitants. À l’inverse, un petit État peut compter beaucoup moins d’étrangers en valeur absolue mais une proportion beaucoup plus forte dans sa population.

Au 1er janvier 2025, par exemple, les étrangers représentent 47 % de la population du Luxembourg, 29,4 % de celle de Malte et 24,8 % de celle de Chypre.

En part de population, la France est en dessous de la moyenne de l’UE

Au 1er janvier 2025, les personnes ne possédant pas la nationalité du pays dans lequel elles résident représentent environ 9,9 % de la population de l’Union européenne, selon les données d’Eurostat.

En France, cette proportion est d’environ 9,4 %, selon la même source, la plaçant au 14e rang des 27 pays de l’Union européenne, soit pratiquement au milieu du classement. Chez ses grands voisins, les situations diffèrent. La proportion atteint environ 14,8 % en Allemagne et 14,1 % en Espagne, tandis qu’elle se situe autour de 9,1 % en Italie.

Un constat utile lorsque les politiques de ces pays sont invoquées dans le débat français. Au printemps 2026, par exemple, la décision du gouvernement de Pedro Sánchez d’ouvrir une procédure de régularisation extraordinaire susceptible de concerner environ 500 000 ressortissants de pays hors Union européenne en situation irrégulière a provoqué de vives réactions de la droite et de l’extrême droite françaises.

Au Sénat français, la sénatrice LR Marie-Carole Ciuntu opposait par exemple, en juin 2026, les politiques de fermeté migratoire à ce qu’elle qualifiait de « larges régularisations pratiquées par Pedro Sánchez ».

Mais attention à ce que mesure ce chiffre : ces quelque 500 000 personnes ne correspondent pas à autant de nouveaux arrivants en Espagne. La décision concerne une estimation du nombre de personnes qui vivent déjà dans le pays et auxquels un statut légal pourrait être accordé.

Le solde migratoire français reste inférieur à celui de plusieurs voisins

La proportion d’étrangers vivant dans un pays donne une photographie de sa population à un instant donné, mais ne permet pas de savoir si le pays gagne chaque année beaucoup ou peu d’habitants du fait des migrations.

Pour comparer cette dynamique, il faut regarder le solde migratoire : la différence entre les personnes qui viennent vivre dans un pays et celles qui le quittent. Ainsi, Eurostat calcul le « solde migratoire plus ajustement statistique ».

Il permet une estimation du rôle des migrations dans l’évolution démographique mais leur évolution peut donc résulter aussi bien d’une hausse ou d’une baisse des arrivées que d’une variation des départs.

Entre 2010 et 2024, le taux de solde migratoire français s’établit, en moyenne, à environ +1,6 personne pour 1 000 habitants par an, d’après Eurostat. Sur la même période, il atteint environ +5,2 pour 1 000 en Allemagne, +4,3 pour 1 000 en Espagne et +2,3 pour 1 000 en Italie.

Les tendances sont cependant très différentes selon les années. L’Espagne connaît un solde négatif au début des années 2010, jusqu’à -5,4 pour 1 000 habitants en 2013, avant un net retournement. Celui-ci s’explique principalement par la forte augmentation des arrivées.

Selon les données Eurostat sur l’immigration, environ 281 000 personnes sont arrivées en Espagne depuis l’étranger en 2013, contre près de 1,26 million en 2022 et 1,29 million en 2024. Dans le même temps, les départs n’ont pas disparu : les données Eurostat sur l’émigration en recensent environ 532 000 en 2013, 532 000 en 2022 et 662 000 en 2024. Le fort solde positif récent de l’Espagne tient donc avant tout à l’augmentation des entrées, et non à une chute des départs.

L’Allemagne connaît, elle, un pic particulièrement important en 2015, avec +14,3 pour 1 000 habitants, avant de revenir à +5,4 pour 1 000 en 2024. Toujours est-il que la série Eurostat montre que son taux est supérieur à celui de la France chaque année depuis 2010.

La situation italienne est plus contrastée. Son taux de solde migratoire était de +4,7 pour 1 000 en 2010, avant de tomber à 2 en 2020, puis de remonter à +4,3 en 2024.

Enfin, en France, le taux oscille autour de zéro pendant une grande partie des années 2010, devenant même légèrement négatif en 2015 et 2016, avant d’augmenter depuis 2020. Il atteint +4,3 pour 1 000 habitants en 2022, son maximum sur la période (année d’un pic exceptionnel du fait de la guerre en Ukraine et du retour des mobilités après le covid), puis +2,8 en 2023 et en 2024.

Cette comparaison de long terme place donc la France derrière ses trois grands voisins pour la période 2010-2024.

En 2024, la France se situe dans le bas du classement européen

Il en va de même lorsque l’on élargit la comparaison à l’ensemble de l’Union européenne. En 2024, le taux de solde migratoire de la France est de +2,8 pour 1 000 habitants. Elle se situe ainsi au 21e rang des 27 États membres pour cet indicateur.

Autrement dit, selon l’indicateur retenu (nombre, part, solde), la France peut apparaître en tête, au milieu ou dans le bas du classement européen. Une nuance à garder en tête à l’approche des débats, parfois houleux, qui s’annoncent sur l’immigration.

 

[Note méthodologique : Pour comparer les pays européens, nous utilisons les données harmonisées d’Eurostat. Elles peuvent différer légèrement des chiffres publiés par l’Insee pour la France, notamment en raison de différences de champ, de calendrier et de méthode. L’Insee détaille ici ses estimations et Eurostat sa méthodologie.

Concernant le solde migratoire, Eurostat utilise l’indicateur de « solde migratoire plus ajustement statistique », calculé à partir de l’évolution totale de la population, corrigée du solde naturel. Il peut donc intégrer des ajustements liés aux recensements ou aux registres de population. Cet indicateur ne mesure pas directement les passages aux frontières, mais permet de comparer les pays selon une méthode commune.]