Yannick Jadot dans son programme, sur les demandes d’asile : “dans son programme, sur les demandes d’asile”

Programme de Yannick Jadot 2017

Yannick Jadot, le candidat à l’élection présidentielle du parti Europe Écologie Les Verts, fait référence ici à la Convention signée à Dublin le 15 juin 1990 relative à la détermination de l’État responsable de l’examen d’une demande d’asile. Cependant, cette Convention, qui a été ratifiée en France par un décret le 30 septembre 1997, a été reprise par des actes législatifs de l’Union. Actuellement, c’est le règlement Dublin III du 26 juin 2013 adopté par le Parlement européen et le Conseil qui s’applique. Ce texte établit les critères et les mécanismes de détermination de l’examen d’une demande de protection internationale d’un demandeur d’asile. C’est pour l’essentiel le premier État de l’Union franchi par le migrant qui est responsable de l’examen de sa demande.

Or, il n’est pas possible « d’abandonner » un règlement, puisqu’il s’agit d’un acte contraignant émanant du Parlement européen et du Conseil, et qui est d’application directe dans tous les États de l’Union.

Par ailleurs, la Commission européenne a déjà proposé, le 4 mai 2016, une refonte du régime d’asile européen commun. Avec la volonté, notamment, de créer un « mécanisme d’équité » qui, à travers une solidarité, assurerait un partage équitable des responsabilités entre les États membres.

Yannick Jadot ne peut pas « abandonner la Convention de Dublin », car c’est un autre texte qui s’applique essentiellement, le règlement Dublin III, qui ne peut être abrogé que par le Parlement européen et le Conseil. Il peut, en revanche, proposer de participer à la modification en cours de ce règlement pour l’améliorer.

Kevser Taspinar, le 16 janvier 2017

Arnaud Montebourg souhaite porter à Bruxelles la possibilité “d’interdire unilatéralement la commercialisation en France de tout produit contrevenant aux règles environnementales et sanitaires édictées par la représentation nationale”

France Soir, 12 janvier 2017

Les traités européens prévoient déjà des clauses de sauvegarde pour tout produit d’importation contrevenant aux règles environnementales et sanitaires, y compris celles édictées par le Parlement français. C’est l’article 36 du Traité sur le fonctionnement de l’Union européenne. Même s’agissant des normes européennes que la France trouverait trop laxistes par rapport à nos exigences nationales, l’article 114 du même traité permet des dérogations.

Cette clause a pu être mise en œuvre lors de la crise de la vache folle (embargo sur le bœuf britannique dans les années 1990) et à propos des cultures OGM. Très régulièrement des produits sont interdits au motif qu’ils ne respectent pas notre réglementation. Le problème n’est pas l’interdiction elle-même mais le respect de cette interdiction.

La Cour de justice de l’Union européenne admet également que le principe de précaution justifie des interdictions d’importation. Cela dit ces possibilités ne sauraient être utilisées sans preuves tangibles de la dangerosité d’un produit, ni dans le but de faire du protectionnisme.

Tous les outils existent donc déjà.

J. P. M., le 16 janvier 2017

Manuel Valls souhaite “taxer lourdement les produits entrant sur le marché intérieur ne respectant pas les règles sociales et environnementales”

programme de Manuel Valls

Il y a contradiction. Les produits « entrant sur le marché intérieur ne respectant pas les règles sociales et environnementales » n’auraient jamais dû y entrer. C’est le travail des douanes, entre autres services de l’État, d’empêcher l’entrée de ces produits. Toute marchandise entrée sur notre territoire sans respecter nos normes ne peut être vendue sous peine d’amende voire de prison. Son commerce est illégal, donc elle ne peut être taxée.

C’est comme si M. Valls voulait taxer le commerce de drogue, la vente de faux sacs de luxe, l’activité de mère porteuse ou l’esclavage.

Taxer une marchandise revient à la reconnaître comme conforme à nos normes, peu importe qu’elle soit dangereuse ou pas d’ailleurs. Les cigarettes sont lourdement taxées, mais elles sont conformes à nos normes sociales et environnementales.

Mettre en œuvre une telle proposition reviendrait à mettre en danger nos concitoyens tout en les taxant lourdement.

J.P.M., le 16 janvier 2017

Florian Philippot sur les OGM : “On ne peut pas interdire les OGM si on est dans le cadre de l’Union européenne”

Le grand rendez-vous – Europe 1, le 1er janvier 2017

Florian Philippot, lors d’une émission de radio, a affirmé que la France ne pouvait pas interdire les organismes génétiquement modifiés (OGM) dans le cadre de l’Union européenne. Or il faut distinguer entre la culture des OGM et leur commercialisation.

L’Etat français est compétent pour interdire ou restreindre la culture des OGM sur son territoire. Cette faculté résulte d’une directive du Parlement européen et du Conseil du 11 mars 2015. Elle a été transposée par la loi du 2 décembre 2015, elle est donc directement applicable en droit français. Cette interdiction peut intervenir à tout moment (au cours de la procédure d’autorisation ou après que l’autorisation a été accordée) et pour de multiples raisons non limitées à des risques environnementaux ou pour la santé.

En revanche, concernant la commercialisation des OGM, la France est tenue par les décisions prises à l’échelle de l’Union européenne par la majorité des pays ou, à défaut d’accord, par la Commission. La Commission européenne a tenté d’aligner le régime d’interdiction de la commercialisation des OGM sur celui de la culture en conférant le dernier mot aux États membres mais le Parlement européen a rejeté cette proposition le 28 octobre 2016 par 577 votes contre 75 (38 abstentions). Pour rappel, le Parlement européen est la représentation des citoyens de l’Union, élu au suffrage universel direct.

L’État français peut tout à fait interdire la culture des OGM sur son territoire. En revanche la décision d’interdiction de la commercialisation des OGM doit se prendre au niveau de l’Union européenne.

Lauriane Tanguy, le 13 janvier 2017

Arnaud Montebourg sur les déficits publics : “L’objectif des 3% n’est pour moi pas un objectif politique”

débat de la primaire de la gauche, 12 janvier 2017, 53’90’’

Ainsi, Arnaud Montebourg souhaite s’affranchir de l’objectif de 3% de déficit public.

Pour commencer, il faut rappeler que l’interdiction faite pour un État membre d’avoir un déficit public supérieur à 3% du PIB est prévue par le Protocole n° 12 annexé au TFUE, et ce depuis 1992.

Il est vrai que cet objectif a souvent été remisé aux côtés des obligations peu contraignantes. Or, la situation a profondément changé depuis 2011 et l’adoption d’une série de six actes législatifs par l’Union, qui renforcent les mesures correctives pour contraindre l’État membre à revenir « dans les clous ». Il faut compter aussi sur les mesures préventives, renforcées par deux actes législatifs en 2013 (règlements 472/2013 et 473/2013). Les États membres se sont également imposé la création d’une autorité indépendante chargée de rendre des avis sur la situation des finances publiques, d’où la création par la loi organique du 18 décembre 2012 du Haut Conseil des Finances publiques.

Les contraintes ont donc profondément changé depuis 2011, faisant que désormais l’objectif de 3% de déficit est pris au sérieux (la France est passée d’un déficit public nominal de 5,2% en 2011 à une prévision autour de 3% en 2017).

Arnaud Montebourg peut certes dire que respecter les 3% de déficit public n’est pas un « objectif politique », mais en tant que Président de la République, il se heurtera à de sérieuses difficultés juridiques, l’état du droit ayant profondément changé depuis 2011, qu’on s’en félicite ou non. Dura lex, sed lex…

V. C., le 13 janvier 2017

Arnaud Montebourg sur l’objectif de 3% de déficit public : “[Il a été] désavoué par les Français, en 2005 lorsqu’ils ont voté non, et il n’y avait pas de mandat pour que nous l’acceptions de nouveau”

débat de la primaire de la gauche, 12 janvier 2017, 54’05’’

Pour Arnaud Montebourg, l’objectif de ne pas dépasser 3% de déficit public a été « désavoué par les Français » lors du référendum perdu de 2005 sur le Traité établissant une Constitution pour l’Europe, et il n’y « pas de mandat » pour l’imposer.

Il faut peut-être rappeler que cet objectif de 3% de déficit public est apparu dans le Traité de Maastricht, adopté par référendum en France en 1992. Il était contenu dans le Protocole n° 5 annexé au Traité. Il a été par la suite réaffirmé et complété par une résolution du Conseil européen d’Amsterdam du 17 juin 1997, au sein duquel siège le Président de la République, élu au suffrage universel direct.

Certes, le Traité établissant une Constitution pour l’Europe a été rejeté par référendum en 2005, mais le candidat Nicolas Sarkozy avait promis dans son programme en 2007 de faire adopter un nouveau traité par la voie parlementaire. Ce fut chose faite, lorsque le Parlement français autorisa la ratification du Traité de Lisbonne le 13 février 2008. Son mandat, en tant que Président de la République, pouvait difficilement être plus clair. Faut-il ajouter que François Hollande a été élu en 2012 sur la promesse de ramener le déficit public en dessous de 3% du PIB dès 2013 ?

Qu’on considère que l’objectif de réduction des déficits publics est une bonne ou une mauvaise chose, Arnaud Montebourg ne peut pas dire qu’il n’y a pas de mandat des Français pour faire appliquer l’objectif des 3% de déficit public.

V. C., le 13 janvier 2017

Marine Le Pen sur la gratuité des transports en Ile de France pour les étrangers en situation irrégulière : “faire prendre en charge la gratuité des transports pour les clandestins en Ile-de-France […] ça m’apparaît injuste”

Le grand jury – RTL, LCI et Le Figaro, le 11 décembre 2016

Lors d’une émission de radio, Marine Le Pen a réaffirmé sa volonté de supprimer la gratuité des transports d’Ile de France pour les étrangers en situation irrégulière.

En premier lieu les immigrés sans papiers n’ont jamais bénéficié de la gratuité des transports en Ile de France mais seulement d’une réduction de 75% au titre du forfait régional solidarité transport. Ce dernier était accordé aux personnes bénéficiant de l’aide médicale d’état (AME), c’est à dire les personnes en situation irrégulière sur le territoire depuis au moins 3 mois et dont les revenus sont inférieurs à 721 euros pour une personne seule.

En second lieu cette facilité tarifaire accordée aux étrangers en situation irrégulière a été abrogée par une délibération du Conseil Régional d’Ile de France du 21 janvier 2016, votée sous l’impulsion de Valérie Pécresse (Les Républicains) par les élus de la droite et du front national. Cette décision est entrée en vigueur le 1er mars 2016.

Enfin des réductions tarifaires continuent de s’appliquer à certaines catégories de personnes démunies, notamment les allocataires du revenu de solidarité active (RSA) ou les chômeurs cumulant l’allocation de solidarité spécifique (ASS) et la couverture maladie universelle (CMU).

La gratuité des transports en Ile de France pour les étrangers en situation irrégulière n’a jamais existé telle quelle et les réductions dont ils pouvaient bénéficier ont déjà été supprimées par une décision du Conseil Régional d’Ile de France en janvier 2016.

Lauriane Tanguy, le 12 janvier 2017

François Fillon à propos des demandeurs d’asile : “[Ils] seront placés en rétention administrative pendant l’examen de leur demande, de manière que leur éloignement soit garanti en cas de rejet de leur demande”

Discours de Nice, 11 janvier 2017

François Fillon vise ici « ceux des demandeurs d’asile dont la demande apparaîtra manifestement infondée ou qui sont originaires de pays réputés sûrs ».

Le placement en rétention est juridiquement une mesure d’éloignement. Or, la loi du 29 juillet 2015 sur le droit d’asile, transposant la directive dite « Procédures », a consacré le droit au maintien sur le territoire du demandeur d’asile le temps de l’instruction de sa demande.
Même pour ceux des étrangers qui présenteraient une demande d’asile alors qu’ils sont déjà en rétention, la loi a supprimé (en réaction à la jurisprudence de la Cour de justice de l’Union européenne et pour se mettre en conformité avec la directive dite « Accueil ») tout caractère automatique du maintien en rétention.

Il n’est pas possible de placer de manière systématique un demandeur d’asile en rétention sur le fondement d’une demande qui apparaitrait « infondée » (et la loi a retiré la compétence d’appréciation qu’avaient les Préfets sur ce point pour la confier à l’OFPRA qui décide de la procédure applicable) ou de ce qu’il vient d’un pays dit « sûr ». La directive « Accueil », sous le contrôle étroit de la CJUE, ne l’envisage qu’en dernier ressort, par exemple lorsque l’étranger représenterait une menace grave pour la sécurité nationale ou l’ordre public (CJUE 15 février 2016, C‑601/15 PPU).

Sauf à réformer la loi et à « détransposer » (décidément ! [lien]) plusieurs directives de l’Union européenne, ce projet est juridiquement très infaisable.

Caroline Lantero, le 11 janvier 2017

François Fillon sur la renégociation des accords de Schengen : “Nous avons besoin d’un corps de garde-frontières et de garde-côtes pour surveiller nos frontières”

Twitter, 11 janvier 2017

François Fillon déplore « les accords de Schengen qui ne permettent pas de lutter contre les arrivées massives que nous connaissons aujourd’hui », et propose donc la création d’un « corps de garde-frontières et de garde-côtes » pour protéger les frontières de l’Union.

Mais il arrive sans doute un peu tard… car ce corps existe déjà. Proposé par la Commission européenne en décembre 2015, puis annoncé par son président, Jean-Claude Juncker, le 9 septembre 2016, le projet a été concrétisé par un acte législatif adopté par le Parlement européen et le Conseil, le règlement 2016/1624 du 14 septembre 2016. Le « corps européen de garde-frontières et de garde-côtes » est entré en activité le 6 octobre 2016. Sa mission est de s’assurer du respect du droit de l’Union à ses frontières extérieures, et d’aider les États membres aux opérations de retour des ressortissants d’États tiers en situation irrégulière. Comme l’avait indiqué la Commission européenne, il était devenu nécessaire de « revenir à l’esprit de Schengen ».

François Fillon propose la création d’un corps qui existe déjà, le « corps européen de garde-frontières et de garde-côtes », entré en fonction il y a peu, le 6 octobre 2016.

V. C., le 11 janvier 2017

Benoît Hamon sur l’article 49.3 de la Constitution, propose “un ‘49.3 citoyen’ à travers la possibilité, pour les électeurs, d’obliger le Parlement à soumettre à un référendum une loi votée par le Parlement”

RTL, le 9 janvier 2017

Rendre le pouvoir au citoyen, ce serait donc diminuer celui du Parlement ?

Benoît Hamon propose que ce référendum puisse être initié “dès lors que 450 000 électeurs, c’est-à-dire 1 % du corps électoral, signent une pétition encadrée par la loi”.

L’actuel article 49.3 permet au pouvoir exécutif de contraindre le pouvoir législatif à voter des lois dont il ne veut pas. Or c’est le Parlement qui représente le peuple, pas le gouvernement, d’où les critiques. Donc, permettre au peuple de censurer le Parlement à travers un « 49.3 citoyen », c’est permettre au peuple de s’autocensurer : cela réduit encore plus les prérogatives du Parlement, dans un contexte d’exécutif déjà surpuissant. C’est l’inverse du résultat recherché.
Par ailleurs ce « 49.3 citoyen » s’analyse comme un recours populaire contre une loi votée. Ce recours s’ajouterait aux saisines directe et indirecte du Conseil constitutionnel. La loi deviendra bientôt aussi facile à contester qu’un arrêté ministériel. La loi est donc dévalorisée, ce qui bénéficiera encore à l’exécutif.
Enfin, si le référendum échoue, la loi votée entrerait en vigueur. Mais cela n’écarterait pas les autres recours, comme la question prioritaire de constitutionnalité, qui pourra aboutir à la censure par un juge d’une loi agréée par le peuple…

Il y a erreur de cible : M. Hamon a-t-il voulu protéger le Parlement contre l’exécutif ? La simple suppression du 49.3 suffisait. A-t-il voulu redonner du pouvoir au citoyen ? L’instrument le plus approprié serait alors le référendum d’initiative populaire.

Jean-Paul Markus, le 10 janvier 2017

Arnaud Montebourg sur la directive “travailleurs détachés”, propose “une suspension unilatérale”

Libération, 7 janvier 2017

On ne va pas lui en vouloir. Arnaud Montebourg ne pouvait pas nous avoir lu lorsqu’il a proposé, le 7 janvier, une « suspension unilatérale » de la directive sur les travailleurs détachés, car Les Surligneurs n’existaient pas encore.

Pour rappel, nous avions déjà dit après une déclaration comparable de Manuel Valls que si c’est (difficilement) faisable, cela expose la France à de sérieuses difficultés (recours en manquement devant la Cour de justice de l’Union européenne, mise en cause de la reponsabilité de la France devant le juge administratif, application directe ou indirecte de certaines dispositions de la directive).
Nous ajouterons, pour être bien clairs, que l’article 88-1 de la Constitution a été interprété par le Conseil constitutionnel en ce sens qu’il pose une obligation constitutionnelle de transposition des directives. Ainsi, si une loi vient à « détransposer » une directive, il y a tout à parier que le Conseil constitutionnel la censurera avant même qu’elle entre en vigueur.

Comme nous l’avions déjà dit pour Manuel Valls, Arnaud Montebourg ne peut pas dire aussi facilement qu’il suspendra la directive sur les travailleurs détachés. Il faudrait pour cela réviser la Constitution, et sans doute sortir de l’Union européenne… Sa proposition prend alors une toute autre dimension. – V. C.

V. C., le 10 janvier 2017

Florian Philippot à propos de la réévaluation de l’aide au retour : “Les Roumains traversent la frontière et ils reviennent trois heures après, [la réévaluation va créer un] appel d’air”

France 5 « C à Vous », 28 novembre 2016, minute 14’18”

Une allocation forfaitaire de 650 € est attribuée en tant qu’aide au retour des ressortissants de pays tiers, et de 50 € pour les ressortissants d’États membres de l’Union européenne. L’arrêté de 2015 prévoit que cette allocation peut à titre exceptionnel être majorée de 350 € maximum (art. 1er alinéa 5). L’arrêté du 9 novembre 2016 réévalue le montant maximum de la majoration à 1850 euros.
Or, tout d’abord, cette réévaluation n’est possible que pour les demandes présentées jusqu’au 31 décembre 2016. Ensuite, l’allocation ne peut être attribuée qu’une seule fois, quelle que soit l’origine du bénéficiaire (art. 1er alinéa 6). Enfin, l’arrêté de 2016 exclut de cette revalorisation les ressortissants d’États membres de l’Union européenne, dont la Roumanie.

Florian Philippot ne peut dire que l’arrêté créerait un « appel d’air », a fortiori pour les Roumains, non concernés par l’arrêté de réévaluation, car l’attribution de l’aide est très encadrée. Le journaliste Patrick Cohen l’invite d’ailleurs à clarifier son propos.

Djamila Mrad, le 3 janvier 2017

Manuel Valls sur les travailleurs détachés : “il faudra dire que la France n’applique plus cette directive”

RTL, 3 juillet 2016

Le Premier ministre avait menacé de ne plus appliquer la directive encadrant le statut des travailleurs détachés d’un État membre de l’Union en France, si la Commission européenne ne proposait pas une révision de cette directive.

La directive dont parle le Premier ministre date de 1996, et a été transposée en France par quatre décrets et une loi à partir de 2000. Depuis, ce n’est plus la directive, mais ces textes de droit français qui sont appliqués. Peut-être parlait-il de cette directive de 2014 qui renforce le contrôle des travailleurs détachés ? Elle aussi a déjà transposée par une loi de 2014.
La seule possibilité serait d’abroger les actes pris pour leur transposition. Dans un tel cas, un double risque se présenterait : d’une part tout individu lésé par ces abrogations pourrait demander au juge français l’application des dispositions des directives (et ensuite engager la responsabilité de l’État pour violation du droit de l’Union), et d’autre part, la Commission européenne pourrait initier une procédure de recours en manquement.

Manuel Valls ne peut pas vraiment dire que la France pourrait ne plus appliquer une directive.

V.C., le 3 janvier 2017

Florian Philippot sur le regroupement familial : “La Cour européenne des droits de l’Homme nous interdit de suspendre le regroupement familial !”

RMC, 28 novembre 2016

Il est vrai que la Cour européenne des droits de l’homme reconnaît le droit à un ressortissant d’un pays tiers de mener une vie familiale normale, au titre de l’article 8 de la Convention européenne des droits de l’homme, même si elle admet des limites.
Or, même sans CEDH, il faudrait se débarrasser de bien d’autres obstacles pour remettre en cause le droit au regroupement familial. Le Conseil constitutionnel l’a constitutionnalisé en 1993, en admettant aussi des restrictions. Le Conseil d’État en a fait un principe général du droit en 1978, avant même que la France reconnaisse le droit d’un justiciable de saisir la Cour européenne. Le Conseil d’État déduisait ce droit d’un ensemble de sources, dont l’alinéa 10 du Préambule de la Constitution de 1946 et implicitement de la Charte sociale européenne.
Certains y voient même une conséquence de la conception de la famille au sens du Code civil et du Code de la famille alors en vigueur.

Si Florian Philippot veut revenir sur le droit au regroupement familial il ne suffira pas de dénoncer la CEDH, il faudra encore réviser la Constitution française, notamment le Préambule de 1946, auquel renvoie le Préambule de 1958.

V. C., le 3 janvier 2017

Arnaud Montebourg sur les marchés publics « made in France » : “que 80 % de la commande publique et des marchés publics soient pour nos PME made in France”

Le Parisien, 18 décembre 2016

En l’état du droit une telle promesse serait irréalisable.
Au plan international, l’accès aux marchés publics relève d’accords conclus dans le cadre de l’OMC, or seule l’UE est habilitée à négocier au nom des États membres au sein de cette instance.
Au plan européen, le principe de libre circulation des marchandises et des services s’est décliné en une directive du 26 février 2014 ouvrant les marchés publics français aux entreprises européennes – et inversement – en fonction de seuils fondés sur les montants de ces marchés. Il faudrait donc renégocier ces textes, comme le rappelaient d’ailleurs les services mêmes du ministre Montebourg dans une réponse écrite du 21 août 2014.
Au plan national, réserver 80% des marchés aux PME créerait une discrimination au détriment des autres entreprises, contraire à la liberté d’accès à la commande publique et à l’égalité de traitement des candidats (C.C., n° 2003-473 DC du 26 juin 2003).

M. Montebourg s’engagerait à convaincre les 28 États membres de modifier toute la législation européenne sur les marchés – et donc nos entreprises perdraient toute chance d’obtenir les marchés des autres États puisqu’ils seraient réservés à 80 % à leur propres PME.

Jean-Paul Markus, le 28 décembre 2016

Emmanuel Macron sur l’apprentissage : “Il faut un Erasmus de l’apprentissage”

Twitter, 13 décembre 2016

Lors d’un rassemblement à Bordeaux, Emmanuel Macron a fait une proposition en matière d’apprentissage : un « Erasmus de l’apprentissage », du nom de ce programme à succès de l’Union européenne, qui consiste à permettre à un étudiant de suivre une partie de son parcours universitaire dans un autre État membre de l’Union, voire dans un pays tiers.
Le problème c’est qu’un « Erasmus de l’apprentissage » existe déjà, c’est Euroapprentissage, géré par l’agence Erasmus+, qui gère la mobilité des apprentis. Le programme Erasmus dans son ensemble, dont la partie relative à l’apprentissage, est prévu par un acte législatif de l’Union, un règlement de 2013. Le programme prévoit la possibilité d’effectuer un stage ou une formation professionnelle dans un autre État d’une durée de 2 semaines à 12 mois.

Emmanuel Macron évoque une idée qui existe déjà, le programme Erasmus+ prévoyant la mobilité pour un stage ou une formation professionnelle.

V. C., le 28 décembre 2016

François Fillon sur l’adoption plénière : “L’adoption plénière est contraire à la CEDH”

Débat de la primaire de la droite et du centre, 24 novembre 2016

François Fillon a soutenu, lors du débat télévisé de la primaire de la droit et du centre, que la législation actuelle sur l’adoption plénière est contraire au droit de la filiation consacré par la Convention européenne des droits de l’homme car le nom des parents biologiques n’est pas mentionné sur le livret de famille. Le droit à la filiation n’est pas consacré directement par la CEDH mais résulte de l’interprétation de la Cour européenne des droits de l’homme de l’article 8 relatif droit à la vie familiale et droit au respect de la vie privée.
Si la Cour a estimé que le respect de la vie privée exige que chacun puisse établir son identité et donc établir sa filiation, elle a pour l’instant limité l’utilisation de ce mécanisme dans les cas où des enfants nés de GPA à l’étranger se voyaient refuser l’accès à la nationalité française. En outre elle ne s’est opposée ni au mécanisme de l’accouchement sous X, ni à l’adoption plénière telle que prévue par la législation française.

Non, l’adoption plénière n’est pas contraire au droit à la filiation tel qu’entendu par la Convention européenne des droits de l’homme.

Lauriane Tanguy, le 26 décembre 2016

Jean-Luc Mélenchon sur la mission de la sonde Rosetta : “Adieu à .Rosetta. Dernière mission interplanétaire française. Depuis : rien !”

Twitter, 30 septembre 2016

    Jean-Luc Mélenchon a écrit sur son compte Twitter au moment où la mission de la sonde Rosetta touchait à sa fin, qu’elle était la « dernière mission interplanétaire française ». Doublement faux.
    D’abord, la sonde Rosetta est une mission de l’Agence spatiale européenne (ESA) née en 1993. L’ESA est une organisation intergouvernementale issue d’une convention du 30 mai 1975. Elle réunit 22 États, dont 2 (la Norvège et la Suisse) ne sont pas membres de l’UE. Son siège est à Paris. Ensuite, ce n’est pas la dernière : le 19 octobre prochain, la sonde et l’atterrisseur de la mission ExoMars, de l’ESA, en route depuis mars 2016, intercepteront la planète rouge.

    Non, Rosetta n’est pas une mission française, mais une mission européenne. Et elle n’est pas la dernière, la suivante étant déjà en route vers Mars.

    V. C., le 26 décembre 2016

    Marine Le Pen contre la gratuité de la scolarisation des enfants d’étrangers : “Demander une participation aux étrangers pour la scolarisation de leurs enfants en France est une mesure qui ne me choque pas”

    Ouest-France, 8 décembre 2016.

    En droit français, il n’existe pas de principe général de gratuité des services publics. Mais rien n’empêche le législateur de l’instituer au cas par cas. Cette possibilité ne peut concerner que les services publics administratifs dits obligatoires, c’est-à-dire ceux que les collectivités publiques sont légalement tenues d’assurer. S’il s’agit en revanche de services facultatifs, alors, il n’existe aucun obstacle de principe qui interdise de subordonner les prestations de ces services au versement d’une redevance.
    En ce qui concerne la scolarisation : l’enseignement public est, en France, un « service public administratif obligatoire ». Le principe de gratuité de l’enseignement primaire public a ainsi été posé dès la fin du XIXe siècle par la loi du 16 juin 1881 établissant la gratuité absolue de l’enseignement primaire dans les écoles publiques. La gratuité a été étendue à l’enseignement secondaire par la loi du 31 mai 1933. L’enseignement dispensé dans les écoles et les établissements publics est donc gratuit, comme le précise le Code de l’éducation.
    La gratuité est un dérivé du principe d’égalité de tous devant les services publics, ce dernier s’énonce aux articles 1er de la Déclaration des droits de l’Homme et 1er de notre Constitution. Le Conseil constitutionnel l’a reconnu  comme un « principe de valeur constitutionnelle » et le Conseil d’Etat, quant à lui, comme un principe général du droit.

    Subordonner la scolarité obligatoire des enfants étrangers (en situation irrégulière ou non) âgés de six à seize ans à une contribution financière serait pour le moins anticonstitutionnel.

    Raphaël Matta-Duvignau, le 25 décembre 2016

    Marine Le Pen sur les enfants d’étrangers en situation irrégulière : “Plus de scolarisation des clandestins.”

    Ouest-France, 8 décembre 2016

    Cette position de principe ne peut résister à l’état du droit positif.
    En 1792, dans son Rapport sur l’instruction publique, Condorcet affirmait que tous les citoyens devaient avoir accès à l’instruction. Les lois de Jules Ferry de 1881 et 1882 mettent en place un enseignement primaire obligatoire, laïque et gratuit. Sa reconnaissance constitutionnelle n’est intervenue qu’en 1946 avec le préambule de la Constitution de la IVe République (art. 13). Actuellement, le Code de l’éducation (art. L111-2) dispose que tout enfant a droit à une formation scolaire. La République reconnaît ainsi aux étrangers, même en situation irrégulière, le droit à la scolarisation : tout enfant mineur entre six et seize ans, étranger ou non, présent et résidant sur le territoire national a le droit d’être scolarisé, sans considération de la régularité du séjour de ses parents ni de ses propres conditions d’entrée.

    Pour inscrire leurs enfants à l’école, les parents doivent simplement apporter la preuve de l’identité de l’enfant, de leur domicile et du respect des obligations de vaccination de l’enfant. Par ailleurs, une circulaire ministérielle du 20 mars 2002 précise qu’il n’appartient pas à l’éducation nationale de contrôler la régularité du séjour des enfants ou de leurs parents.

    Par ailleurs, la France a ratifié de nombreuses conventions internationales consacrant le droit – fondamental – à l’éducation : on nommera notamment la Convention relative aux droits de l’enfant (art. 2, 9, 28 et 29) et la Convention européenne des droits de l’Homme (art. 2 du premier protocole additionnel).

    En l’état actuel de l’ordonnancement juridique et compte tenu des obligations conventionnelles, il paraît difficile d’envisager d’interdire aux enfants mineurs de six à seize ans, même séjournant irrégulièrement sur le territoire national, d’être scolarisés.

    Raphaël Matta-Duvignau, le 25 décembre 2016

    François Fillon sur les droits fondamentaux : “Les droits fondamentaux sont ceux contenus dans la Constitution”

    Débat de la primaire de la droite et du centre, 23 novembre 2016

    Certes, la Constitution de la Ve République contient plusieurs sources de droits fondamentaux : la Déclaration des droits de l’homme et du citoyen de 1789, le Préambule de la Constitution de 1946 et la Charte de l’environnement de 2004.
    Or, certains droits fondamentaux sont dégagés par le Conseil constitutionnel, comme les Principes fondamentaux reconnus par les lois de la République, dont la catégorie est certes prévue par le Préambule de la Constitution de 1946, mais qui sont identifiés par le juge, comme la liberté d’association.
    II ne faut pas oublier non plus la Convention européenne des droits de l’homme, ni la Charte des droits fondamentaux de l’Union européenne, ni encore les principes généraux du droit dégagés par le juge français et de l’Union européenne. Ces libertés sont garanties par le juge au profit des individus qui les invoquent.

    On trouve des droits fondamentaux en dehors de la Constitution, comme dans les textes internationaux ou de l’Union européenne, ou dans les décisions du juge.

    Lauriane Tanguy, le 25 décembre 2016

    François Fillon sur l’adoption plénière des couples de même sexe : “La règle serait ainsi posée que la filiation ne peut être établie de manière exclusive qu’à l’égard de deux parents de sexes différents”

    Programme Fillon 2017

    Le candidat à l’élection présidentielle de 2017, voudrait revenir sur la loi Taubira de 2013 qui permettait le mariage et l’adoption des couples de même sexe. S’il ne souhaite pas revenir sur le mariage, il prévoit en revanche de supprimer l’adoption plénière à l’encontre, spécifiquement, des couples homosexuels.
    Or, la Convention européenne des droits de l’Homme, que la France à ratifiée dés 1974 proscrit en son article 14, l’interdiction des discriminations des personnes sur le fondement de leur orientation sexuelle. Ce que la Cour européenne confirme dans son Arrêt X contre Autriche du 19 fevrier 2013. Cette interdiction se rattache, en l’espèce, à l’article 8 de cette même Convention sur le droit à une vie privée et familiale.

    Non, François Fillon ne pourra pas interdire la filiation exclusive aux parents de même sexe en cas d’adoption, car il exposerait la France à un risque de sanction par la Cour européenne des droits de l’homme.

    Kevser Taspinar, le 25 décembre 2016