SOS Racisme n’a-t-elle vraiment pas déclaré ses comptes depuis 15 ans ?
Auteur : Nicolas Turcev, journaliste
Relecteur : Etienne Merle, journaliste
Liens d’intérêts ou fonctions politiques déclarés des intervenants à l’article : aucun
Secrétariat de rédaction : Nicolas Turcev, journaliste
Source : L’Incorrect, le 25 juin 2026
Une « enquête » du média d’extrême droite L’Incorrect affirme que l’association de lutte contre les discriminations ne remplit pas ses obligations légales depuis 2010. La structure a pourtant déposé les comptes de ses exercices 2020 et 2023, après un hiatus de dix ans.
L’Incorrect s’est planté. Le 25 juin 2026, le média d’extrême droite a publié une « enquête » consacrée à SOS Racisme. Le journal y épingle le manque de transparence financière de l’association de lutte contre les discriminations, qui n’aurait pas publié ses comptes depuis 2010, contrairement à ses obligations légales.
Le droit prévoit en effet que toute association qui perçoit plus de 153 000 euros de subventions des autorités administratives (gouvernement, collectivités, etc.) au cours de son exercice comptable doit déposer ses comptes pour publication au Journal officiel.
Or, le siège parisien de SOS Racisme reçoit chaque année depuis 2010 des subventions supérieures à ce seuil, d’après les annexes aux projets de loi de finance compilées par Les Surligneurs. L’association doit donc en théorie faire certifier ses comptes annuellement, puis les faire paraître.
Mais contrairement à ce qu’affirme L’Incorrect, qui pointe du doigt un manquement qui dure depuis 15 ans, les comptes annuels des exercices 2020 et 2023 de l’association apparaissent au Journal officiel. Le bilan de l’année 2025 a, lui, été publié le 26 juin 2026, soit le lendemain de la parution de l’article du magazine conservateur.
Un trou de dix ans
En revanche, SOS Racisme n’a déposé aucun de ses comptes pour les années 2010 à 2019, en apparente infraction avec ses obligations. Contactée, l’association reconnaît la situation : « Il n’y a aucune raison particulière à [l’absence de dépôt de ces comptes]. Sauf peut-être le surcroit de travail que nous a donné l’extrême droite […] dans les années 2010 », justifie SOS Racisme, qui souligne que « de nombreuses structures » sont concernées.
L’obligation de publication des comptes par les associations et fondations est en effet loin d’être unanimement respectée. Seules 39% d’entre elles se trouvaient en conformité en 2015 et 2016, selon un rapport de l’Inspection générale des affaires sociales.
SOS Racisme assure pour sa part que « les comptes annuels de l’association sont établis par un expert-comptable, validés par un commissaire au compte et votés par une Assemblée générale. Ils sont ensuite communiqués à tous nos financeurs publics qui contrôlent l’utilisation que fait l’association des fonds versés. Sans une telle communication, il est d’ailleurs impossible de percevoir des subventions publiques. »
Le droit prévoit en effet que toute association recevant une subvention de l’État doit communiquer ses comptes au ministère qui la finance. Le budget de la structure fait ainsi partie des pièces justificatives à joindre obligatoirement au formulaire de demande de financement par l’État.
Le ministère de la Justice, qui a régulièrement versé des subventions à SOS Racisme entre 2014 et 2019, confirme aux Surligneurs que ses services ont bien reçu les comptes certifiés de l’association au cours de cette période.
Après avoir reçu nos questions, L’Incorrect a mis à jour son article en bas de page en reconnaissant que l’association avait bien déposé ses comptes en 2020 et 2023, mais n’a pas répondu à notre sollicitation.
Mise à jour le 6 juillet à 11h avec la réponse du ministère de la Justice.
