PSG-Arsenal : attention à cette vidéo d’un feu d’artifice qui n’a rien à voir avec la nuit du sacre parisien
Autrice : Clara Robert-Motta, journaliste
Relecteur : Nicolas Turcev, journaliste
Liens d’intérêts ou fonctions politiques déclarés des intervenants à l’article : aucun
Secrétariat de rédaction : Clara Robert-Motta, journaliste
Source : Compte X, le 31 mai 2026
Une vidéo montrant une personne tirer des feux d’artifice en rafale est utilisée pour illustrer des violences commises lors de la nuit du 30 au 31 mai, après la victoire du PSG contre Arsenal en Ligue des champions. La vidéo montre en réalité des manifestants géorgiens, en décembre 2024.
Après que le Paris-Saint-Germain a remporté pour la deuxième fois consécutive la Ligue des champions après des tirs au but contre Arsenal, ce samedi 30 mai 2026, Paris a fait la fête. La liesse s’est emparée de nombreuses rues de la capitale et s’est déversée sur les Champs-Élysées.
Jusqu’à déborder par endroits. Des vidéos montrant des véhicules incendiés ont circulé dans la soirée. Dans d’autres clips, il est possible de voir des feux d’artifice tirés à l’horizontale lors de scènes chaotiques d’affrontements entre policiers et jeunes hommes, noyés sous les gaz lacrymogènes. Deux enseignes ont également été dégradées dans le centre de Paris.
Si certaines des vidéos présentant les troubles qui ont agité la capitale sont authentiques, plusieurs d’entre elles n’ayant rien à voir avec le match entre Paris et Arsenal, ou bien même avec la France, se sont frayés un passage sur les réseaux sociaux.
C’est le cas d’une vidéo particulièrement impressionnante, utilisée dans des compilations de scènes de violences supposées avoir été filmées dans la nuit du 30 au 31 mai, comme ici ou ici.
On y voit une silhouette habillée de noir utiliser un assemblage de feux d’artifice à l’horizontale contre une cible située hors champ. Les nombreux projectiles fusent du tube de lancement vers leur objectif dans une salve continue, tandis que des personnes traversent la scène et d’autres semblent encourager le tireur.
Une publication cumulant 1,2 million de vues qui partage la vidéo demande : « C’est quoi ce bordel à Paris ? ». Un autre internaute s’en prend aux supporters : « Honte à eux ! Le PSG a gagné, mais la France a perdu sa dignité ! », écrit-il en légende d’une vidéo qui mélange la vidéo du tir continu à d’autres extraits.
À quelques centaines de kilomètres de la capitale
Pourtant, cette scène se déroule bien loin des rues parisiennes et des célébrations footballistiques. Une recherche d’image inversée permet de retrouver facilement le clip original qui a été publié le 1er décembre 2024 par Paper Kartuli, « journal local centré sur Tbilissi et la Géorgie », fondé par des journalistes indépendants russes, comme il se présente.
Dans une publication Instagram parue le 31 mai 2026, le média relate la mauvaise utilisation de leur vidéo pour illustrer les violences commises à Paris, la nuit de la victoire du PSG contre Arsenal. « Le photojournaliste Fyodor Khudokormov a filmé cette vidéo à Tbilissi lors des manifestations de masse de décembre 2024. Celles-ci ont débuté après l’annonce par le gouvernement géorgien de la suspension de l’intégration à l’UE », écrit Paper Kartuli en russe.
Pendant plusieurs semaines, des milliers de manifestants géorgiens pro-Union européenne s’étaient réunis, après que les élections législatives – dénoncées comme truquées par l’opposition – ont été remportées par le parti gouvernemental. Lequel a ensuite décidé de repousser l’adhésion de Tbilissi à l’Union européenne.
La répression de ces manifestations avait été largement critiquée par la communauté internationale. La BBC avait notamment révélé que les autorités géorgiennes auraient utilisé une arme chimique datant de la Première Guerre mondiale contre les manifestants. Les experts des Nations unies avaient dénoncé des violations des droits humains.
Partage par un député français
La scène de la « mitraillette » de feux d’artifice n’a donc aucun rapport avec les festivités qui ont suivi la victoire du PSG en Ligue des champions.
Le démenti du média et les notes de la communauté sur X seront arrivés un peu trop tard pour un député du Rassemblement national, Jérôme Buisson, qui avait repartagé la vidéo en s’énervant : « C’est une arme de guerre ! ‘un orgue de Staline’ qui tire pour tuer. Voire (sic) la police répliquer ne choquerait pas grand monde #PSG #Violence », peut-on lire sur une capture d’écran du post devenu inaccessible.
Après que des internautes lui ont pointé son erreur, le député de l’Ain a en effet supprimé sa publication : « Ok erreur de ma part. ça arrive calmez vous et fêtez dignement la victoire du psg ! », a tenté de tempérer le député.
L’erreur, venant d’un élu de la République, même supprimée quelques heures plus tard, a tout de même trompé d’autres internautes qui ont repartagé cette vidéo comme une preuve de la transformation de supporters en casseurs.
En France, dans la nuit du 30 au 31 mai, 890 personnes auraient été interpellées et 256 placées en garde à vue, selon le ministre de l’Intérieur. Plusieurs ont été présentées devant les juges en comparution immédiate, « pratiquement exclusivement [pour] des violences contre les forces de l’ordre ».
