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Image d'un Be-200. Source : Wikimedia Commons Be-200.lifting

Pourquoi la France ne fait pas appel au Be-200, bombardier d’eau russe, dans la lutte contre les incendies

Création : 31 juillet 2026

Auteur : Antoine Mauvy, journaliste

Relecteur : Etienne Merle, journaliste

Liens d’intérêts ou fonctions politiques déclarés des intervenants à l’article : aucun

Secrétariat de rédaction : Antoine Mauvy, journaliste

Source : Compte Facebook, le 27 juillet 2026

Révolté, un internaute accuse Emmanuel Macron et le gouvernement de n’avoir « aucune considération ni aucun respect pour les Français », pour avoir annulé l’achat de « 16 Canadairs » et refusé l’idée d’un prêt de Be-200, des bombardiers d’eau russes, dans le cadre de la lutte contre les incendies. Ces informations sont fausses ou trompeuses.

Alors que près de 120 000 hectares ont déjà été brûlés depuis le début de l’année 2026, Emmanuel Macron aurait fait « annuler » l’achat de « 16 Canadairs ». C’est en tout cas ce qu’affirme un internaute sur Facebook.

Des voix s’élèvent pour critiquer le manque de moyens consacrés à la lutte contre les incendies, et l’internaute semble avoir trouvé la solution idéale : demander de l’aide à la Russie.

Moscou dispose d’un appareil qu’il présente comme particulièrement efficace : le Be-200, capable d’avaler 12 000 litres d’eau en quelques secondes, contre environ 6 000 litres pour les Canadairs CL-415 utilisés par la France. « Hélas la France (Macron), est trop fière pour demander le prêt de ces appareils à la Russie », soutient-il. Et d’ajouter : « [Emmanuel Macron] préfère engraisser ce voleur, corrompu, menteur de Zelensky que de demander à Poutine », ponctue-t-il, sans retenue.

Les incendies ont déjà fait de nombreuses victimes, à l’image des 220 000 personnes évacuées en Gironde ou des quatre pompiers morts en luttant contre les flammes. Cette situation inédite, liée au dérèglement climatique, peut mettre les nerfs à vif.

Pour autant, les informations avancées par l’internaute sont fausses ou trompeuses. D’abord, « l’annulation de la commande de 16 Canadairs » est impossible… puisque cette dernière n’existe pas. Ensuite, le bombardier Be-200, présenté sur les réseaux sociaux comme une solution alternative, a fait l’objet, en 2011, de tests qui n’ont pas convaincu les autorités françaises, alors qu’elles envisageaient son acquisition.

Une commande européenne groupée

Depuis les départs de flammes, les partis politiques s’accusent mutuellement d’avoir contribué, par leurs décisions, à l’impréparation face aux incendies. Dans ce contexte, il peut être difficile de démêler l’invective du fait.

Ce que l’on sait, c’est que l’Union européenne a réalisé une commande groupée de Canadairs à l’été 2024, comme le rapporte une note de la commission des finances du Sénat. Au total, 22 appareils ont été achetés et douze d’entre eux serviront à la flotte permanente de rescEU. Il s’agit de la réserve stratégique de protection civile de l’Union européenne, mobilisable lorsque les capacités nationales et les aides volontaires des États membres ne suffisent plus.

Les dix Canadairs restants seront partagés entre plusieurs pays européens, dont la France, qui recevra deux DHC-515 en février 2028. Ils viendront compléter la flotte française, composée de douze Canadair CL-415 et de huit Dash 8 Q400-MR, qui peuvent larguer jusqu’à 10 000 litres d’eau, mais doivent se poser pour être rechargés. Les secours français disposent également d’hélicoptères bombardiers d’eau et d’Air Tractor, des avions légers pouvant larguer jusqu’à 3 000 litres d’eau.

Malgré nos recherches, nous n’avons trouvé aucune trace de l’annulation de l’achat de « 16 Canadairs » par la France. Ce chiffre a sans doute été inventé par l’internaute. En revanche, le budget consacré à l’achat de deux Canadairs a bien été annulé en 2024 par le gouvernement de Gabriel Attal, comme Les Surligneurs l’ont déjà documenté.

Ce n’est pas la seule erreur dans la publication partagée. En effet, l’internaute soutient que la France aurait pu demander un « prêt » à la Russie pour prêter main-forte aux pompiers qui luttent contre les flammes.

Un test non concluant du BE-200

Certes, comme l’ont expliqué nos confrères de La Voix du Nord, en juin 2011, le service départemental d’incendie et de secours des Alpes-Maritimes (SDIS 06) avait publié un communiqué de presse expliquant que le Be-200 allait être testé par les secouristes français en vue d’une éventuelle acquisition.

Mais ce test se serait révélé négatif, à en croire les informations publiées sur le blog de Frédéric Marsaly, journaliste spécialisé dans l’aéronautique. La France aurait ainsi fait le choix de ne pas passer commande auprès de la Russie, notamment en raison de « la consommation de carburant », jugée « élevée » et obligeant à « limiter la charge utile au profit du carburant pour disposer d’une autonomie convenable », écrit le journaliste.

Et pour cause : en 2011, au moment de ces essais, les relations franco-russes étaient nettement moins tendues qu’elles ne le sont aujourd’hui. La même année, Nicolas Sarkozy affirmait même que les relations entre les deux pays étaient « au beau fixe », tandis que la France finalisait la vente à la Russie de porte-hélicoptères Mistral.

Les tensions actuelles, aggravées par l’invasion de l’Ukraine et les sanctions adoptées contre Moscou, ne sont sans doute pas de nature à favoriser l’achat d’un appareil russe par la France. Pour autant, ne pas mentionner la décision prise en 2011 sans rappeler que celle-ci aurait d’abord reposé sur des considérations techniques et opérationnelles revient à présenter une explication incomplète et donc trompeuse.