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Crédit : CC BY-SA 4.0 - Chabe01

Périphérique parisien : l’augmentation ponctuelle de particules fines ne démontre pas l’inutilité de la limitation à 50 km/h

Création : 27 mars 2025

Auteur : Nicolas Turcev, journaliste

Relecteur : Etienne Merle, journaliste

Liens d’intérêts ou fonctions politiques déclarés des intervenants à l’article : aucun

Secrétariat de rédaction : Clara Robert-Motta, journaliste

Source : Telegram, le 23 mars 2025

Plusieurs internautes affirment qu’un pic de pollution enregistré en février 2025 témoigne de l’échec de la mesure. En réalité, il est encore trop tôt pour tirer des conclusions.

Six mois après la limitation à 50 km/h sur le périphérique parisien, ses détracteurs tentent toujours de déceler les failles du dispositif. Plusieurs d’entre eux se sont saisis des résultats d’une nouvelle étude publiée début mars par l’Atelier parisien d’urbanisme (Apur) pour pourfendre la mesure, entrée en vigueur en octobre 2024.

« +46 % de particules fines sur le boulevard périphérique de paris en comparaison février 24/25 ! », s’exclame un internaute, qui relaie les conclusions du rapport de l’Apur. Sur la période d’octobre 2024 à février 2025, l’organisme recense plusieurs indicateurs, dont le bruit, le taux d’embouteillage et la pollution, afin de tirer un premier bilan de la limitation de vitesse sur le périphérique.

Le taux de pollution aux particules fines (PM10) bondit en effet de 46 % entre février 2024 et février 2025 selon le rapport, qui s’appuie sur les données d’Airparif, l’organisme de surveillance de la qualité de l’air en Île-de-France. « Encore une belle escroquerie […] toutes ces mesures pseudo-écologiques », écrivent en conséquence plusieurs utilisateurs, qui relaient la publication d’une chaîne Telegram connue pour diffuser de fausses informations.

L’influence de la météo

Le bilan de l’Apur atteste-t-il vraiment d’une « escroquerie » ? La mairie de Paris a bel et bien justifié la limitation de vitesse sur le périphérique en promettant une amélioration de la qualité de l’air pour les riverains. Une augmentation de la densité de particules fines PM10, dangereuses pour la santé, irait manifestement à l’encontre de cet objectif.

Mais une simple analyse du tableau de données de l’Apur relayé par les internautes montre que la hausse de PM10 relevée en février 2025 correspond à un pic isolé, et non à une tendance. En réalité, d’octobre 2024 à février 2025, la pollution aux particules fines sur le périphérique baisse de 6 % par rapport à la même période un an plus tôt. Le mois d’octobre 2024, au cours duquel la limitation est entrée en vigueur, enregistre même une chute de 36 % de PM10.

Comment expliquer ces variations drastiques d’un mois sur l’autre ? « Les niveaux de pollution de particules fines dépendent évidemment des émissions de polluants, mais aussi et surtout de la météo, avance Antoine Trouche, ingénieur chez Airparif. En fonction du vent, de la pluie, etc., il y aura soit une dispersion de la pollution, soit une concentration à l’endroit où elle est émise. »

À Paris, le mois de février 2024 a été sensiblement plus venteux et pluvieux que celui de février 2025, ce qui favorise la dispersion des polluants. Mais il a surtout été beaucoup plus chaud. L’écart moyen de température entre les deux périodes est de 3,8°C (en février 2024, la température moyenne a été de 9,7°C tandis qu’en février 2025, elle était à 5,9°C), selon les relevés de l’association Infoclimat effectués dans la capitale. Au niveau national, le mois de février 2024 se situe au second rang des plus doux mois observés depuis un siècle.

Or, « les particules fines sont émises par le trafic routier, mais aussi par d’autres activités, dont typiquement le chauffage au bois », rappelle Antoine Trouche. « Si l’hiver est plus froid, il va y avoir plus de sollicitations du chauffage, et donc plus d’émissions de particules fines. » Il semble donc plausible que la forte variation de densité de particules fines relevée par les internautes soit due aux contingences météorologiques.

Un bilan en fin d’année

Et l’impact de la limitation de vitesse sur le périphérique dans tout ça ? « Il est pour l’instant impossible en l’état de statuer sur les conséquences de la baisse de vitesse le long du boulevard périphérique pour la qualité de l’air, affirme Antoine Trouche d’Airparif. Il nous faut plus de recul pour pouvoir isoler ce qui est lié à cette mesure des effets de la météo. »

L’organisme francilien publiera un bilan d’ici à la fin de l’année qui devrait permettre d’évaluer l’impact des politiques publiques sur la pollution de l’air autour du périphérique. Moins que la variation de vitesse, dont l’impact sur la pollution de l’air est « limité », l’enjeu de cette étude sera de déterminer si les mesures prises par la mairie de Paris « réduisent le nombre de véhicules en circulation » en poussant les usagers à se tourner vers d’autres moyens de transport, explique Antoine Trouche.

Outre la limitation à 50 km/h, la collectivité parisienne a récemment mis en place une voie de covoiturage réservée aux véhicules transportant au moins deux personnes. Entré en vigueur le 3 mars 2025 à titre expérimental, le dispositif prévoit une amende de 135 euros pour les contrevenants. Les premières sanctions seront émises à partir du 1er mai 2025.