Non, rien ne prouve que la crème solaire peut provoquer un cancer de la peau
Autrice : Maiwen Furic, journaliste
Relecteur : Etienne Merle, journaliste
Liens d’intérêts ou fonctions politiques déclarés des intervenants à l’article : aucun
Secrétariat de rédaction : Etienne Merle, journaliste
Source : Compte Facebook, le 1er juin 2026
Après des années de sensibilisation sur l’importance de son application, la crème solaire serait en réalité responsable du cancer de la peau, à en croire de nombreux internautes. Cette affirmation revient chaque année avant l’été. Elle est pourtant fausse, et dangereuse.
À l’approche des beaux jours, une vieille rengaine refait surface sur les réseaux sociaux : le bouclier serait devenu l’arme, et la crème solaire provoquerait les cancers contre lesquels elle prétend nous protéger.
Il faut dire que le produit accompagne les vacanciers depuis près d’un siècle. Elle est vendue au grand public – dans sa première formule bien éloignée de celle d’aujourd’hui – depuis les années 1930, alors que les Français prennent leurs premiers congés payés et se prélassent sur les plages. Alors une question revient chaque année sur les réseaux sociaux : « Comment est-ce qu’ils faisaient avant la crème solaire ? Il n’y avait pas plus de cancer que maintenant. »
Certains affirment même qu’il y en aurait plus. « Depuis l’introduction de la crème solaire en 1940, le mélanome a augmenté de plus de 200 % », peut-on lire sur différentes publications.
Des internautes semblent même s’être faits « lanceur d’alertes » sur le sujet, comme cet homme dont la vidéo devient virale chaque année. Il y affirme que le produit ne serait en réalité que du pétrole, et serait donc très toxique pour le corps. Et justement l’application de cette crème solaire empêcherait « le corps de bien absorber les bienfaits du soleil ». Il ajoute que cela revient à faire « frire votre peau ».
Des théories en tout genre, qui visent à décourager les gens de mettre une protection solaire, sont massivement relayées chaque année… et mettent en danger la santé de ceux qui y adhéreraient.
Un nombre de cancers de la peau qui augmente
« Il n’y a absolument aucune preuve que la crème solaire cause le cancer de la peau. Cette affirmation est fausse, n’a aucun fondement scientifique et, pire encore, elle met en danger la santé publique », affirme Deborah S. Sarnoff, docteure et présidente de la Fondation américaine contre le cancer de la peau.
Les chiffres régulièrement partagés selon lesquels les mélanomes ont augmenté depuis l’arrivée de la crème solaire sont trompeurs – à noter qu’un mélanome peut-être bénin et donc non cancerogène. Certes, il y a plus de cancers de la peau qui sont diagnostiqués sur les dernières décennies. En France, par exemple, entre 1990 et 2023, le nombre de nouveaux cas de cancers de la peau a été multiplié par trois, selon les données de Santé Publique France.
Mais cette forte augmentation ne signifie pas nécessairement que le risque a augmenté dans les mêmes proportions. Les spécialistes soulignent notamment le rôle d’un diagnostic plus précoce et, pour certains stades très précoces, d’un phénomène de surdiagnostic. L’Organisation mondiale de la santé estime que l’augmentation des cancers cutanés observée depuis plusieurs décennies s’explique principalement par l’évolution des comportements. « Les activités de plein air toujours plus nombreuses et les mauvaises habitudes en matière de bains de soleil entraînent souvent une exposition excessive aux UV », rappelle l’organisation.
Cela ne remet toutefois pas en cause le fait que l’exposition aux UV demeure le principal facteur de risque connu du mélanome.
« Le risque encouru est bien plus grand si on ne met pas de crème solaire »
Les scientifiques ne se sont pas amusés à développer des gammes de crèmes solaires avec différents indices de protection uniquement pour le plaisir du marketing et les bénéfices que cela pourrait rapporter.
Le rayonnement ultraviolet émis par le soleil est classé comme cancérogène certain pour l’homme par le Centre international de recherche sur le cancer (CIRC). Une exposition excessive aux UV peut provoquer des coups de soleil, accélérer le vieillissement de la peau et augmenter le risque de cancers cutanés.
Et contrairement à une idée reçue, les dommages causés par les UV ne commencent pas uniquement avec un coup de soleil important : une altération visible de la peau après une exposition au soleil témoigne déjà d’une atteinte.
Lors de cette exposition au soleil, ce sont les UVA et UVB qui sont dangereux pour la peau. Et comme l’explique la Ligue contre le cancer sur son site suisse : « L’organisme ne répare pas toutes les cellules endommagées par les rayons UV. Celles-ci peuvent alors muter, se multiplier de façon incontrôlée et ainsi engendrer un cancer de la peau. »
Le lien entre exposition aux UV et cancers cutanés étant bien établi, reste à vérifier l’affirmation inverse souvent relayée sur les réseaux sociaux : les crèmes solaires protégeraient-elles réellement la peau ou pourraient-elles au contraire favoriser les cancers ?
Une efficacité reconnue
L’efficacité de la crème solaire n’est pas une affirmation sortie du chapeau. Frédéric Renard, dermatologue-vénérologue et membre du syndicat national des dermatologues-vénérologues (SNDV) assurait aux Surligneurs, dans un précédent article sur le sujet que « le risque encouru est bien plus grand si on ne met pas de crème solaire. Il n’y a pas de débat, et dire le contraire est un mensonge honteux, sans aucune base scientifique. »
Pour autant, certains composants utilisés dans les crèmes solaires font régulièrement l’objet de critiques. Une étude publiée en 2021 affirme que l’octocrylène, indispensable à la protection, pourrait se dégrader au fil du temps en un composé perturbateur hormonal et est ainsi soupçonné d’être cancérogène. En 2023, l’Agence nationale de sécurité sanitaire alertait sur le sujet et demandait le retrait du composé des crèmes solaires.
Adopter les bons gestes
Si le nombre de cancers cutanés diagnostiqués continue d’augmenter, cela ne signifie pas pour autant que la protection solaire est inefficace : la crème ne constitue qu’un élément parmi d’autres pour limiter l’exposition aux UV.
L’académie américaine de dermatologie recommande généralement d’utiliser une protection d’au moins SPF 30, couvrant à la fois les UVA et les UVB, et de renouveler l’application toutes les deux heures ainsi qu’après chaque baignade ou « une activité physique intense ». Les chercheurs britanniques rappellent également que la meilleure protection reste d’éviter les expositions prolongées au soleil, notamment aux heures les plus chaudes.
Au-delà de la crème solaire, la Ligue contre le cancer recommande de ne pas s’exposer « pendant les heures où le soleil est le plus intense », soit entre 12h00 et 16h00 en métropole.
En cas d’exposition il est recommandé de porter des vêtements qui permettent de filtrer ces rayons ultraviolets. Prudence également sur l’eau ou en altitude. À la montagne en hiver, dans le froid, ou avec le vent en mer on ne s’attend peut-être pas nécessairement à prendre un coup de soleil. Pourtant, la réverbération sur l’eau ou encore l’altitude facilitent l’exposition.
